La lutte contre la grippe dans les hôpitaux stagne

SantéLas de se battre pour que le personnel de santé se vaccine contre la grippe, l’OFSP a revu ses ambitions à la baisse. Les Alémaniques sont particulièrement réfractaires.

Aux HUG et au CHUV, le port du masque est obligatoire pour les visiteurs et le personnel soignant non vacciné en période d’épidémie.

Aux HUG et au CHUV, le port du masque est obligatoire pour les visiteurs et le personnel soignant non vacciné en période d’épidémie. Image: Jean-Christophe Bott/Keystone

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Si l’on en croit les statistiques des années précédentes, il y a de fortes chances que l’épidémie de grippe saisonnière débute ces prochains jours, du moins si le froid se décide enfin à arriver. Le passage du virus se résume à un mauvais moment pour la majorité d’entre nous, mais il peut s’avérer fatal pour les personnes vulnérables. Ainsi dans les hôpitaux, où les patients sont déjà affaiblis par la maladie ou la vieillesse, sa propagation devient particulièrement dangereuse.

L’Office fédéral de la santé (OFSP) encourage l’ensemble de la population à se faire vacciner, et en particulier les personnes en contact avec des malades. L’OFSP vise le personnel soignant, que le contact avec les malades transforme parfois en véritable incubateur du virus. Et ce d’autant plus qu’il a tendance à s’oublier: selon une étude à laquelle se réfère l’OFSP, «77% du personnel de santé continue à travailler malgré un syndrome grippal pour ne pas surcharger leurs collègues. Cela peut être à l’origine d’épidémies nosocomiales de grippe ( ndlr.: contractée à l’hôpital). Durant une telle épidémie, le taux d’infection peut atteindre 50% chez les patients du service touché et 59% chez le personnel qui soigne les patients atteints de grippe.»

L’OFSP, qui a fait de la lutte contre la grippe nosocomiale l’une de ses priorités, avait fixé un objectif de 50% de vaccination dans sa stratégie de prévention de la grippe saisonnière 2008-2012.

«Les résultats sont décevants»

Quelques années plus tard, la Confédération a dû revoir ses ambitions à la baisse. Dans la version 2015-2018 de la stratégie de prévention, l’objectif a carrément disparu, et pour cause: «Les résultats sont décevants (…)», peut-on lire dans le bilan de 2012. La campagne de lutte aurait même été «contre-productive», selon les propres constats du rapport: de fait, les chiffres ont baissé dans l’intervalle, passant de 25% à 22%.

«La situation est urgente. Nous tentons sous diverses formes de donner du poids à cette problématique. Mais l’OFSP n’a pas la compétence pour fixer lui-même des objectifs aux hôpitaux», résume sa porte-parole, Mona Neidhart.

Röstigraben hospitalier

On distingue un Röstigraben dans les pratiques. Aux HUG et au CHUV, le port du masque est obligatoire pour les visiteurs et le personnel soignant non vacciné en période d’épidémie. Genève applique les mesures les plus strictes du pays et sanctionne les employés qui ne suivent pas ces directives. Le taux de vaccination du personnel genevois est d’ailleurs le plus haut de Suisse (65% des médecins et 41% des infirmières). Le CHUV présente également une bonne moyenne (53% et 33%).

Dans les hôpitaux alémaniques, le port du masque n’est pas obligatoire ou seulement en cas de symptômes grippaux. Une mesure insuffisante, selon les spécialistes de l’OFSP, qui rappellent que le virus est présent vingt-quatre à quarante-huit heures avant l’apparition des premiers symptômes et peut donc être transmis.

Taux très bas outre-Sarine

De manière générale, les Alémaniques sont bien plus réfractaires aux vaccins que les Romands. Dans les hôpitaux aussi. A Zurich par exemple, le taux de vaccination stagne depuis une dizaine d’années (40% et 15%). Cette différence culturelle se ressent particulièrement en Suisse centrale. A Lucerne, seulement 9,9% du personnel de soins a accepté la piqûre en 2015 (48% des médecins). «Les personnes opposées à la vaccination évoquent des doutes sur son efficacité et son utilité, des effets secondaires possibles ou considèrent que la grippe est inoffensive», explique Marco Rossi, médecin-chef du service d’infectiologie de l’Hôpital cantonal de Lucerne.

Quelques changements sont toutefois dans l’air. L’Hôpital cantonal de Lucerne a décidé de systématiquement rechercher des cas de contamination à l’hôpital lors de la prochaine saison de grippe. Celui de Saint-Gall a également lancé un projet qui vise à «mieux détecter les cas et à élaborer les mesures préventives appropriées».


Un phénomène qui reste difficile à chiffrer

L’an passé, les HUG ont identifié à Genève 24 décès liés à une grippe nosocomiale, soit contractée entre leurs murs. Le CHUV dénombre quant à lui une cinquantaine de cas diagnostiqués en cours d’hospitalisation, «heureusement sans gravité», selon Chloé Ruch, du Département de la communication de l’hôpital vaudois. «Il ne s’agit cependant pas du résultat d’une surveillance systématique. Le test de la grippe n’a sans doute pas été effectué dans tous les cas, en particulier si les symptômes étaient modérés.»

Difficile d’établir des statistiques au niveau national. En Suisse alémanique, parmi les hôpitaux cantonaux interrogés – à savoir ceux de Berne, de Zurich, de Saint-Gall, de Bâle et de Lucerne –, seul l’Hôpital de l’Ile (BE) identifie 18 cas de grippe pour la saison passée. Non pas que les Alémaniques ne connaissent pas ce problème, mais ils abordent la thématique différemment. «Les chiffres sont connus à l’interne. Il est difficile de déterminer si un patient a été infecté par le virus à l’extérieur ou à l’intérieur, explique Martina Pletscher, porte-parole de l’Hôpital universitaire de Zurich. Les hôpitaux suisses recensent chacun les cas avec des définitions et une intensité différentes. Les chiffres ne sont donc pas comparables et leur publication n’a, de notre point de vue, que peu de sens.»

L’OFSP juge au contraire que de tels chiffres permettraient aux hôpitaux de mieux prendre la mesure du problème et d’agir en conséquence.

Créé: 28.12.2015, 06h56

Chère et dangereuse

Contamination L’intensité et la sévérité d’une épidémie de grippe varient d’une année à l’autre. Entre 5% et 20% de la population sont contaminés. On dénombre entre 112'000 et 275'000 consultations médicales liées au virus. Les enfants sont les plus touchés, mais ils développent rarement des complications.

Personnes à risque Les personnes de 65 ans et plus, les femmes enceintes et les malades chroniques font partie des personnes à risque, pour lesquelles la grippe peut entraîner des complications, principalement la pneumonie. L’OFSP recommande, à elles et à leur entourage, la vaccination.

Complications Selon l’intensité de l’épidémie et l’efficacité du vaccin, on dénombre entre 1000 et 5000 hospitalisations pour des complications liées à la grippe, et jusqu’à 1500 décès, principalement des personnes âgées. Il faut également ajouter la perte de qualité de vie et d’autonomie, surtout chez les personnes âgées.

Coût Le coût annuel direct de la grippe saisonnière est estimé à quelque 100 millions de francs. Et quelque 100 millions de francs supplémentaires liés à l’absentéisme provoqué par la maladie.

Pic En 2014, la Suisse a connu une des plus fortes et longues épidémies de grippe de ces dernières années: 276'000 personnes ont consulté.

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