Le Maison PDC subit un nouveau coup de tonnerre

PolitiqueAprès les défaites électorales, les départs rapprochés à la centrale, une élue démissionne et attaque la ligne du président Pfister

Barbara Schmid-Federer, Béatrice Wertli et Laura Curau

Barbara Schmid-Federer, Béatrice Wertli et Laura Curau Image: KEYSTONE/DR

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Sale temps pour le PDC. Les orages se succèdent à un peu plus d’un an des élections fédérales. Jeudi, c’est l’interview d’une conseillère nationale zurichoise qui a frappé comme un éclair. Barbara Schmid-Federer annonce sa démission du Conseil national et en profite au passage pour critiquer frontalement le président du PDC, Gerhard Pfister. «Je l’apprécie personnellement. Mais je ne peux pas cacher que la ligne actuelle du PDC rend ma vie politique plus difficile», déclare-t-elle au «Tages-Anzeiger».


L'édito: Le docteur Pfister va-t-il tuer le malade?


Qu’est-ce que cela veut dire exactement? La conseillère nationale, qui appartient à l’aile gauche du parti, trouve en fait que son parti dérive trop à droite. «Au début des années 2000, le PDC avait dans son programme de parti une orientation sociale-libérale. Aujourd’hui, la direction du parti veut récupérer des voix dans ses bastions historiques et, pour ce faire, mène une politique bourgeoise-conservatrice.» Elle estime qu’un tel tournant n’apportera pas le succès pour les prochaines élections. Elle n’apprécie pas du tout le discours de Pfister sur l’islam «qui désécurise beaucoup de musulmans dans notre parti».

«Je ne peux pas cacher que la ligne actuelle du PDC rend ma vie politique plus difficile»

Barbara Schmid n’est pas isolée dans sa critique. Bertrand Buchs, le président du PDC genevois, renchérit: «Pfister est très proche de l’UDC et il est obnubilé par l’islam. Mais ce n’est pas en copiant l’UDC qu’on va redresser le PDC. Il faut plutôt défendre des valeurs comme le bien public, la solidarité et la subsidiarité. C’est ce que nous faisons à Genève avec un certain succès».

«Gros malaise»

Bertrand Buchs se dit aussi préoccupé par les départs au secrétariat suisse du PDC. Après la démission de la secrétaire générale Béatrice Wertli pour raisons personnelles, c’est au tour de la responsable des campagnes politiques Laura Curau de donner son sac. «On ne peut pas nier qu’il y a un gros malaise à la centrale du PDC à un an des élections fédérales. Heureusement que le parti s’est rallié à l’initiative fédérale sur le frein aux coûts de la santé qui nous permettra d’avoir un sujet fort pour la campagne 2019.»

Gros malaise au PDC? Le président Gerhard Pfister n’a pas trouvé le temps de nous répondre jeudi. Mais son nouveau vice-président, Charles Juillard, joue les pompiers de service. «C’est une tempête dans un verre d’eau», dit-il en substance sur les départs au secrétariat. «Il y a eu 5 ou 6 départs à la direction du Parti socialiste. L’UDC n’a toujours pas de secrétaire général. Et pourtant on n’en fait pas tout un foin. Il y a toujours des mouvements dans toute organisation humaine.» Selon lui, il est tout naturel que Beatrice Wertli, qui s’est beaucoup engagée durant des années pour le parti, souhaite changer d’activité.

Concernant les attaques de Barbara Schmid à l’encontre de Gerhard Pfister, c’est en revanche l’incompréhension. «S’agit-il d’un règlement de comptes personnel? Je ne sais pas. Je m’étonne en tout cas de la critique sur la ligne du parti. La direction, Gerhard Pfister en tête qu’on dépeint parfois comme conservateur borné, a contribué activement à la réactivation du Groupe chrétien-social. Ce qui me réjouit.»

Tout va donc bien dans le meilleur des mondes PDC? «Évidemment non, répond Juillard. Les résultats électoraux ne sont pas satisfaisants. Mais le PDC aura toujours une aile plus conservatrice et libérale, et une autre plus sociale et solidaire.»

Chez les conservateurs du parti, on ne veut pas se focaliser sur la démission de Barbara Schmid-Federer. En revanche, on juge néfaste de remettre constamment en cause la ligne du parti. «Si nous voulons être crédibles, il faut adopter une position claire et s’y tenir, estime le conseiller aux États haut-valaisan Beat Rieder. Il faut arrêter de toujours faire des compromis, le plus souvent à gauche, au nom de la cohésion nationale. Le parti a décidé de fixer notre ligne au centre droit.»

Message brouillé

Beat Rieder demande aussi une attention bien plus grande pour les bastions historiques du PDC, où le parti dominait la vie politique. «Il faut regarder les résultats des élections sur trente ans. Ce sont dans les cantons conservateurs, où nous avions plus de 30 ou 40% des voix, que nous avons beaucoup perdu. Il faut regagner cet électorat. Il est illusoire de penser qu’avec des thèmes sociaux nous allons pouvoir gagner à Berne ou à Zurich, dans des cantons où le PDC fait depuis des décennies entre 0,4 et 5% des voix.» Comment cette clarification se traduit-elle sur des thèmes? «Si une section minoritaire d’une ville demande par exemple un débat sur l’adhésion de la Suisse à l’UE, on ne devrait même pas en discuter. Cela brouille notre message car nous sommes contre l’adhésion et pour les bilatérales. Ou si on discute des redevances hydrauliques, il devrait être évident que les intérêts des bastions PDC doivent passer au premier plan.»

La querelle des anciens et des modernes n’est pas près de s’éteindre au PDC. Mais les différences idéologiques ne sauraient masquer le fait que les deux tendances continuent à vouloir vivre sous le même toit. Une dissidence aurait de toute façon des conséquences dramatiques et accentuerait le déclin du parti (lire encadré). Et puis, il y a des déclarations étonnantes de respect mutuel. Comme celle de Bertrand Buchs, tenant de la ligne sociale du parti. Quand on lui demande si Gerhard Pfister doit rester à la tête du PDC et renoncer au Conseil fédéral vu les turbulences, le Genevois répond tout à trac: «Qui voulez-vous mettre au Conseil fédéral à la place de Doris Leuthard? Il n’y a que Pfister comme candidat valable. Il a une vraie envergure intellectuelle.»

Créé: 03.05.2018, 19h48

La descente aux enfers du PDC

Depuis des décennies, le PDC accumule des revers électoraux. Si on prend les élections au Conseil national, le recul est spectaculaire. En 1979, le PDC obtenait encore 21,3% des voix. Il marquait à la culotte les deux autres grands partis de l’époque, le PLR et le PS, qui engrangeaient chacun autour des 24%.

Aujourd’hui, le PDC est à la traîne. Il a reculé à 11,6% des voix. Loin derrière le PS (18,8%) ou le PLR (16,4%). Ce dernier est un crève-cœur pour le PDC. Le PLR, parti fondateur de la Suisse, a perdu certes lui aussi beaucoup de plumes. Mais à la différence du PDC, il se porte mieux depuis 2015. On le voit aux dernières élections fédérales et aussi aux dernières élections dans les cantons. Le PLR est celui qui gagne le plus de sièges alors que le PDC est celui qui en perd le plus de tous les partis.

Seule consolation pour le PDC, il reste le parti le plus fort du Conseil des États, l’une des deux Chambres fédérales. Cela lui permet de jouer un rôle pivot important dans la politique suisse. Reste à savoir jusqu’à quand le PDC pourra conserver cet avantage.

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