Maïtena Biraben chatouille Paris

Ils font briller la Suisse à l’étranger (6/6)L’animatrice franco-suisse a quitté Genève il y a près de vingt ans pour partir à la conquête de la télé française. Zoom sur une enfant prodigue de Suisse romande qui a fait du chemin.

L’animatrice revient sur la RTS le temps d’un été, mais sa vie est désormais à Paris.

L’animatrice revient sur la RTS le temps d’un été, mais sa vie est désormais à Paris. Image: RTS

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«Aïe! Tu vas interviewer Maïtena Biraben? Tu t’es bien préparée? Il paraît qu’elle n’est pas facile…» Gloups. La dame a quitté l’antenne romande depuis plus de vingt ans mais l’univers feutré des médias est impitoyable. Faut-il enfiler un gilet pare-balles? Venir en armure? Sacrifier un poulet aux dieux de l’interview? On se renseigne discrètement. Les infiltrés sont unanimes: «Elle a un sacré caractère»; «C’est une femme qui sait ce qu’elle veut»; «Elle t’aime ou elle ne t’aime pas, il n’y a pas d’entre-deux»… Bref, rien de bien effrayant pour quiconque fraye quotidiennement avec les ego surdimensionnés de l’audiovisuel et de la presse. On décide donc d’y aller la fleur au stylo, un drapeau blanc et quelques blagues sous le coude, histoire d’amadouer la prétendue sorcière du PAF (paysage audiovisuel français).

La bête féroce paraît nettement plus grande qu’à l’écran et dégage une étrange impression de force et d’énergie brute. Mais point de bave fulminante, point de crocs apparents. Rien de coupant qui vous saute à la gorge. Juste un sourire de bienvenue. Comme on pouvait s’y attendre, Maïtena Biraben ne mord pas. On pressent néanmoins qu’elle n’accorde ni sa confiance ni ses amabilités au premier clampin qui passe, fût-il journaliste et sympathique. Maïtena Biraben a l’affinité méritante.

Diminuée ce jour-là par un douloureux mal de dos, la princesse des plateaux reste stoïque, quand d’autres dans la même situation passeraient leur temps à grogner. Rapidement, au gré des échanges, elle apparaît fidèle à l’image qu’elle donne au public: à la fois naturelle, passionnée, franche, exigeante, sincère, vive, coriace, démonstrative, épicurienne et fière. Un mélange complexe mais follement télégénique. «J’ai hérité ce fort caractère de mes parents. Je suis sans filtre, cash, spontanée, je ne joue pas. Du coup, certains considèrent que je suis rude», explique-t-elle pour justifier cette réputation qui lui colle au curriculum vitae.

Après avoir vécu, l’an passé, une saison tourmentée dans l’écurie Bolloré (ndlr: le nouveau patron de Canal+), la dame s’est octroyé cet été un bref retour en terre helvétique, à la fois pour goûter au repos du guerrier et pour proposer au public romand un magazine estival sur RTS1. Son dernier bébé télévisuel s’intitule Ecran total. Le pitch? Une série de grands entretiens – l’un de ses exercices préférés – de personnalités hors du commun et bien dans leur époque. Mais pour parvenir à l’attirer de nouveau en Suisse, la RTS a dû montrer patte blanche. «La conversation a duré quelques mois. Je voulais absolument que ce soit bien, novateur, créatif, sinon je n’y serais pas allée. C’était ma principale condition. Je veux pouvoir être fière de cette émission.» Il faut dire que l’ex-présentatrice de feu la TSR revient de loin.

Elle attrape le virus suisse sur le tard. A 21 ans, un amoureux helvète fraîchement épousé et une nouvelle nationalité en poche, elle devient presque par hasard vedette de la télé romande. «En 1991, le pays fêtait les 700 ans de la Confédération. Pour moi, ça a été une immersion totale. Pendant un an et demi, j’ai parcouru la Suisse en long, en large et en travers, dans un bus spécialement affrété pour l’occasion par la radio. A la fin, je parlais toutes les langues, j’ai rencontré des gens aux quatre coins du pays, c’était une expérience extraordinaire et fondatrice!» Pour cette étudiante en histoire, c’est le coup de foudre. «J’ai immédiatement aimé ce pays. Pour moi, ce moment où l’on devient adulte et où l’on commence à s’assumer sera pour toujours associé à la Suisse. Mes références demeurent la Coop et la Migros, je fête l’Escalade tous les ans, mes enfants sont Suisses et je suis Suissesse… En revanche, je n’ai jamais étudié la vente à Lausanne, contrairement à ce qui est indiqué sur Wikipédia.» A l’évocation de son passé genevois, son visage s’éclaire. Et quand Maïtena Biraben vous accorde un sourire, c’est tout son être qui semble faire de même. Ses yeux pétillent, ses pommettes se font coquines, ses traits s’illuminent. Elle n’est plus que joie, franche et sincère. Elle a la blague en embuscade: «Il y a deux façons de devenir Helvète: travailler dans la finance ou épouser un Suisse. J’ai choisi la seconde option», s’amuse-t-elle.

Après cette enrichissante épopée par-delà la barrière de rösti, la pétillante animatrice est rapidement repérée par la TSR. On lui confie durant plusieurs mois les rênes de l’émission devenue culte Ça colle et c’est piquant. Elle y côtoie notamment une humoriste qui grimpe, une certaine Marie-Thérèse Porchet née Bertholet, avant de se faire littéralement capturer par Thierry Ardisson. A Paris, l’homme aux lunettes noires lui ouvre les portes des studios de M6, France 2 et France 3. Mais elle se fait réellement un nom dans le milieu dès 2001, lorsqu’elle présente Les Maternelles sur France 5. Un 7 d’or de la meilleure émission éducative plus tard, la Romande d’adoption entre dans la ligue enviée des animateurs préférés des Français.

Et puis c’est Canal+, dès 2008. Elle s’échauffe sur La Matinale avant de chevaucher un monstre, en septembre 2015: Le Grand Journal, l’émission phare de la chaîne cryptée. Et c’est la descente aux enfers. L’audience chute, elle tient bon. «J’ai le dos large et je n’ai pas peur de me battre…» s’amuse-t-elle. Peine perdue. Vincent Bolloré la licencie en juin 2016 pour «faute grave». Depuis, elle attend son passage aux Prud’hommes, le 1er mars 2018, pour enfin raconter sa version des faits.

Son retour, temporaire, dans ce qui a été «sa» ville, elle le savoure comme un bonbon. «Longtemps, je me suis sentie comme une passagère clandestine, pas à ma place, dans ce qui était pourtant mon chez-moi. C’est très agréable de retravailler ici, c’est une reconnexion, mais ma vie est désormais à Paris.»

«Ecran Total», présenté par Maïtena Biraben. Sur RTS1, tous les mardis à 22 h 55. A retrouver sur www.rts.ch

(24 heures)

Créé: 16.07.2017, 11h13

Bio express

1967 Naissance à Epinay-sur-Seine. Elle passe son enfance dans les Landes.

1989 Débuts à la Radio suisse romande.

1995 Maïtena Biraben présente «Oh, les filles!» puis «Ça colle et c’est piquant», sur la TSR.

1997 Repérée par Therry Ardisson, elle arrive en France, d’abord sur M6, puis France 2 et France 3, avant de présenter «Les Maternelles» sur France 5, de 2001 à 2004.

2004 Arrivée à Canal Plus, pour l’émission Nous ne sommes pas des anges, puis en 2008, «La Matinale».

2015 Elle succès à Antoine de Caunes à la tête du Grand Journal. Elle est licenciée en juin 2016.

2017 Série d’émissions estivales pour la RTS, «Ecran total». Elle sort également un livre de cuisine, Légumes, ils vont vous surprendre, en collaboration avec le chef Pierre Etchemaïté, aux Editions Marabout

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