En mal de reconnaissance, les infirmiers se rebiffent

SoinsUne initiative populaire demandera plus d’autonomie pour le personnel soignant.

Aujourd’hui, les soins infirmiers ne peuvent être prodigués sans ordonnance du médecin.

Aujourd’hui, les soins infirmiers ne peuvent être prodigués sans ordonnance du médecin. Image: BSIP

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Ils en ont assez d’attendre. Assez des «oui, mais». L’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) prévoit de lancer une initiative populaire pour donner plus d’autonomie au personnel soignant. A l’heure actuelle, celui-ci ne peut donner des soins que si un médecin a délivré une ordonnance. Sans cela, les caisses maladie ne remboursent pas les prestations. Pour l’ASI, cette contrainte complique sérieusement la tâche des professionnels qui savent pourtant très bien ce qu’ils font.

C’est donc bien une question de reconnaissance: «Nous sommes déjà dans une situation où, dans certains lieux de soins, des patients sont pris en charge par des infirmiers dans la durée et voient le médecin seulement lors des rendez-vous planifiés. Avoir toujours besoin d’une signature pour faire notre travail nous complique la tâche, réduit notre réactivité face aux situations complexes et rend la profession moins attrayante. Cette situation n’est pas juste», estime Helena Zaugg, présidente de l’ASI.

Oui sous conditions

Corriger cette injustice est pourtant à l’agenda politique depuis 2011. La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N) a d’ail­leurs décidé de soutenir une initiative parlementaire qui vise à définir un certain nombre de soins que les infirmiers pourraient prodiguer en toute autonomie. Mais il y a un «mais». La CSSS-N a amendé la proposition pour l’assortir de mesures d’accompagnement. D’abord, les infirmiers auraient l’obligation de contracter avec les différentes caisses maladie pour que les soins soient remboursés. Ensuite, l’expérience serait soumise à une phase de test de six ans.

«Ce sont des soupapes de sécurité pour tenir compte des craintes exprimées lors de la mise en consultation de la proposition, surtout par les cantons», justifie le conseiller national Ignazio Cassis (PLR/TI), qui préside la CSSS-N. Le soupçon principal est qu’une plus grande liberté de prescrire incitera à multiplier les prestations et fera exploser les coûts de l’assurance-maladie. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé le Conseil fédéral à s’opposer à l’idée. La CSSS-N n’est pas allée aussi loin, mais elle a voulu mettre un frein entre les mains des caisses maladie. «Imaginons que les coûts se mettent à doubler. L’idée est de donner aux assureurs la possibilité de ne pas contracter avec de nouveaux soignants», explique Ignazio Cassis.

Pas acceptable

Pour Helena Zaugg, cette limitation n’est pas acceptable, et pas seulement pour les infirmiers: «Si un patient veut les prestations d’un soignant et que celui-ci n’a pas pu contracter avec son assureur, il devra se tourner vers quelqu’un d’autre.»

Qu’en pense le reste du corps médical? Généralement opposée à la liberté de contracter pour les assureurs maladie, la Fédération des médecins suisses (FMH) voit d’un bon œil les demandes des infirmiers. Selon son président, Jürg Schlup, pour la sécurité des patients, il faudra avant tout éviter que certaines prestations ne soient de la responsabilité à la fois des médecins et des infirmiers.

Des patients encore frileux

Les envies d’autonomie des infirmiers pourraient tout de même se heurter aux réticences de médecins jaloux de leurs prérogatives. Mais il ne faut pas oublier les patients. Vice-président de l’association Médecins de famille Suisse, le Dr François Héritier a testé dans son cabinet une délégation accrue du suivi des patients à une infirmière. S’il soutient le principe, au bout d’une année, son constat est en demi-teinte: «Il arrive que des patients acceptent d’être confiés à l’infirmière pour un ou deux rendez-vous pour nous faire plaisir. Mais à la consultation suivante, ils demandent le médecin.» Il n’en précise pas moins que l’acceptation est meilleure lorsque le suivi du patient est confié à une infirmière dès le début.

Reste que les mentalités pourraient évoluer sous la pression de la nécessité. La pénurie de médecins menace déjà, mais elle touche aussi le personnel soignant. Pour l’ASI, il faut à tout prix revaloriser la profession d’infirmière pour attirer du sang neuf. En lançant son initiative, elle en appellera au soutien populaire dans ce combat.

Créé: 18.04.2016, 07h02

«Il faudra des compétences étendues»

Avec sa proposition d’initiative, l’ASI ne demande pas plus de compétences pour les infirmières, mais plus d’autonomie. Selon Jacques Chapuis, directeur de l’Institut et Haute Ecole de la santé La Source, à Lausanne, partout en Suisse, leur formation leur permet d’ailleurs déjà d’assumer seules une bonne partie des tâches qu’elles accomplissent aujourd’hui encore sur ordonnance.

Mais l’élargissement de leurs compétences est un débat qui devra bien arriver tôt ou tard. La formation en soins infirmiers a déjà beaucoup évolué, avec des masters et des doctorats. Et pour Jacques Chapuis, les politiques de santé cantonales mettront à l’avenir toujours plus l’accent sur le maintien à domicile des patients. Alors que les médecins de famille partent à la retraite et manquent de relève, cela nécessitera des infirmiers formés pour assurer le suivi des malades chroniques, et donc une adaptation du cadre légal. «Il faudra des compétences étendues permettant de prescrire des traitements et des examens, mais dans un cadre précis de délégation médicale», préconise Jacques Chapuis.

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