Maladies non transmissibles: l'OFSP critiquée

PréventionPour Santésuisse, la prévention doit être financée par la Confédération et les cantons.

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La Stratégie nationale de prévention des maladies non transmissibles, telles que le cancer, le diabète ou les démences, est rejetée par l'économie et les assureurs. Trop vague et vraisemblablement trop chère. Même les milieux de la santé ne sont pas convaincus.

Le projet de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), soumis en consultation jusqu'à cette semaine, vise à mieux cadrer la prévention et assurer une meilleure coordination entre les acteurs et les ressources.

L'idée est de diminuer le nombre de personnes qui souffrent de maladies non transmissibles (MNT) grâce à un dépistage et à des traitements précoces. Selon les chiffres 2011, les coûts pour les MNT avoisinent 52 milliards de francs en Suisse, soit 80% des coûts totaux directs de la santé.

Pas à la charge de l'assurance maladie

Les plus virulents à monter au créneau sont les assureurs. Une de leur faîtière santésuisse doute de l'efficacité des mesures envisagées et se demande combien elles vont coûter. Pas question de financer autant d'incertitudes avec les primes des assurés.

Pour elle, la prévention relève des pouvoirs publics et doit être financée par la Confédération et les cantons. «Les prestations de prévention n'incombent actuellement à l'assurance de soins obligatoire que dans un cadre réglementaire étroitement défini.»

Le Centre patronal qualifie lui le projet d'«acharnement préventif» de l'Etat visant à imposer des normes de conduite à tout un chacun. «On ne peut s'empêcher de se demander si la Stratégie MNT ne serait pas une nouvelle tentative de passer outre le refus -pourtant judicieux- du Conseil des Etats d'entrer en matière sur la loi sur la prévention en décembre 2011», selon l'organisation.

Financement à revoir

L'Alliance pour la santé en Suisse, plaque tournante entre associations de spécialistes, politique et économie, réfute en bloc ces critiques. «Il ne s'agit pas de mettre la population sous tutelle», déclare Ursula Zybach, présidente de Santé publique Suisse et co-présidente de l'Alliance.

Il faut certes renforcer la responsabilité individuelle. Mais cette solution n'est réaliste que pour les gens en bonne santé. «Pour ceux qui perdent leur travail, les personnes qui ont des difficultés de lecture ou de calcul ou les marginaux, cette voie est souvent trop difficile. Et ce sont ces gens qui coûtent cher», argumente-t-elle.

Une stratégie nationale pour la prévention est plus urgente que jamais, estime Ursula Zybach. Mais il faut revoir son financement sans quoi la stratégie MNT risque de finir au fond des tiroirs. A l'instar de ce qui s'est passé pour les stratégies contre le cancer ou la démence, qui, faute d'argent supplémentaire, sont restées confinées au bénévolat ou à quelques organisations bien dotées financièrement.

Prévention

Interrogé, l'OFSP précise en effet qu'il est prévu de mettre en place la stratégie avec les budgets existants. «S'il devait s'avérer que des moyens supplémentaires sont nécessaires, cela sera examiné en temps voulu.»

Ursula Zybach évoque quelques pistes pour dégager des moyens financiers: on pourrait par exemple répartir l'argent des programmes de l'OFSP selon d'autres priorités. Revoir à la hausse le montant de 2,40 francs que chaque assuré verse par année en faveur de la prévention est aussi à envisager.

La Fédération suisse des médecins (FMH) considère également que l'aspect financier est le plus délicat du projet. «Il s'agit de chercher des solutions pour garantir le financement à venir. Cela implique entre autres de remettre en question ce qui existe et de discuter les nouvelles idées sans aucun parti pris», a esquissé Jacqueline Wettstein, porte-parole.

Mieux cibler les jeunes

La FMH se montre sinon très favorable au projet. Selon elle, il devrait toutefois mieux cibler les enfants et les jeunes, notamment en matière de lutte contre l'obésité. Comme l'Alliance pour la santé en Suisse, elle est d'avis que la stratégie devrait aussi englober des facteurs sociaux.

Les organisations s'occupant des malades chroniques voient le concept d'un bon oeil. Leur faîtière GELIKO appelle elle aussi à tirer au clair la question du financement. Elle préconise en outre une analyse des lacunes de la législation en la matière à l'échelon fédéral et cantonal.

A partir de novembre, le rapport de synthèse sur la consultation sera mis en ligne sur le site Internet de l'OFSP. Le projet remanié sera présenté au Conseil fédéral au printemps 2016. La mise en œuvre est agendée à partir de 2017.

(ats/nxp)

Créé: 30.09.2015, 12h23

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