«Plus de marché pour mieux maîtriser les coûts de la santé»

InterviewOle Wiesinger, CEO du groupe Hirslanden - 16 cliniques dans 11 cantons - plaide pour davantage de concurrence entre hôpitaux publics et cliniques privées

Le patronOle Wiesinger, PDG de Hirslanden, exploite 16 cliniques dans 11 cantons suisses.

Le patronOle Wiesinger, PDG de Hirslanden, exploite 16 cliniques dans 11 cantons suisses. Image: Dominic Favre

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Les coûts de la santé s’envolent à nouveau pour l’assurance-maladie obligatoire (LAMal), s’est alarmé le conseiller fédéral Alain Berset il y a deux semaines. Ole Wiesinger, PDG du groupe Hirslanden, qui exploite 16 cliniques dans 11 cantons, croit au marché pour mieux maîtriser les coûts. Entretien.

Comme patron de cliniques privées, vous sentez-vous aussi responsable de la hausse des coûts de la santé?

Non, bien au contraire. Nous pensons comme des entrepreneurs, nous sommes flexibles, rapides et efficients. Nous apportons notre pierre à l’édifice de la prise en charge médicale de base en Suisse.

Le nouveau financement hospitalier, depuis 2012, n’a-t-il pas beaucoup profité aux cliniques?

Nos cliniques n’ont pas profité du nouveau financement hospitalier autant que vous le suggérez. Notre rythme de croissance est régulier depuis vingt ans, il n’a pas connu d’évolution brusque, ni à la hausse, ni à la baisse, après 2012.

Cette réforme n’a-t-elle pas libéré l’offre? Les investissements ont partout fleuri, créant des surcapacités. A la fin, ça augmente la facture, et donc les primes?

Je ne crois pas que l’on puisse parler de surinvestissement. Il y a une phase d’ajustement. Le modèle est bon. A terme, les offres non rentables vont se réguler d’elles-mêmes. La conséquence de la concurrence accrue voulue par le législateur, c’est justement l’assainissement du marché. Mais on sait que fermer un hôpital non rentable, c’est impopulaire.

Hirslanden veut que ses cliniques soient reconnues sur les listes LAMal des cantons. Cherchez-vous des relais de croissance car la clientèle privée, nantie d’assurances complémentaires, recule?

Dans beaucoup de cantons, nos cliniques ont toujours fait partie de l’offre hospitalière de base. A Zurich, à Genève et sur Vaud, où historiquement les cliniques n’étaient pas connues pour offrir les soins de base, nous soignons aussi aujourd’hui des quotas de patients sous le régime de la LAMal. Dans ces cantons, la coexistence de nos deux offres, privée et de base, fonctionne sans problème. Cela dit, en moyenne, 23% des Suisses sont assurés en privé. Ce taux est stable, ce qui ne nous pose pas de problèmes.

Vaud et Genève freinent l’appétit public des cliniques. Une déception?

Non. D’ailleurs, nous y avons beaucoup investi. Pour l’avenir, c’est sûr, nous favorisons une pleine reconnaissance de nos cliniques sur les listes LAMal de ces deux cantons. Nous en discutons, et nous nous adaptons à leurs décisions.

Vous n’investissez que dans les domaines lucratifs de la médecine. Vous laissez aux hôpitaux publics les activités non rentables, non?

Quinze de nos seize cliniques figurent sur les listes hospitalières cantonales et remplissent les conditions des mandats de prestations. Cela démontre que nous sommes en mesure de traiter tous les patients de manière efficace et économique. A la Clinique Cecil, à Lausanne, nous avons, à la demande du Canton, ouvert un centre d’urgence accessible en permanence.

Si Hirslanden devait exploiter l’étage de médecine interne du CHUV, vous ne le feriez pas avec une marge brute de rentabilité de 20%…

Dans tous les hôpitaux, il y a des financements croisés entre activités rentables et non rentables. Il n’en irait pas autrement. Notez que dans notre Clinique Cecil, à Lausanne, nous assumons une large palette de prestations en médecine interne. Hirslanden applique une logique industrielle à la santé, en optimisant les domaines non médicaux: nous rationalisons les coûts administratifs et logistiques, les achats. Une des clés de notre réussite.

La santé est-elle une industrie comme les autres?

Absolument. Mais seulement à la condition que l’humain, et sa prise en charge médicale, restent au centre. Pour le reste, on peut faire des économies d’échelle. La standardisation et la centralisation sont au cœur de notre travail. Il y a des gisements d’économies, en millions de francs.

Les petits hôpitaux pourraient-ils aussi beaucoup économiser, s’ils mutualisaient leur gestion?

Bien sûr. Pourquoi les pouvoirs publics ne l’exigent-ils pas? Pour maîtriser les coûts, évoluer seul, c’est sans avenir.

En poussant à la concurrence tous les acteurs de la santé, la LAMal crée un climat peu propice aux coopérations, non?

La concurrence doit porter sur la qualité des prestations médicales. Mais pas sur l’exploitation des hôpitaux. Si on a pour objectif de coopérer, on arrive toujours à trouver des solutions. La LAMal introduit, par ailleurs, une nécessité de se concentrer sur les forces des hôpitaux: tous ne peuvent désormais plus tout faire. Cela favorise la coopération.

Les cantons participent à la facture hospitalière, c’est donc logique qu’ils fixent les conditions et défendent leurs hôpitaux. Qui paie commande, non?

Les cantons ont trop de casquettes. Ils sont payeurs de prestations, ils exploitent des hôpitaux, et il leur est demandé de réguler l’offre de manière équitable. Ce cumul des tâches crée des conflits d’intérêts. La confusion des rôles est malsaine.

Vaud favorise ses hôpitaux publics et freine l’offre avec des enveloppes budgétaires. Sa facture hospitalière augmente deux fois moins vite qu’en moyenne nationale, a constaté l’Office fédéral de la santé publique.

Nous avons vu les chiffres présentés par le conseiller fédéral Alain Berset, sans avoir pu vérifier les détails. Par exemple, lors de cette comparaison, le subventionnement des hôpitaux publics a-t-il été pris en compte? Nous sommes convaincus qu’une orientation marché de la santé est plus adéquate pour maîtriser les coûts.

Mais ce marché ne fonctionne pas! Les prix sont fixés d’avance, sans lien avec l’offre et la demande. Tout est remboursé à un prix garanti.

L’absence de saine concurrence entre les acteurs est la première explication au fait que le marché ne fonctionne pas. Les hôpitaux publics et privés ne sont toujours pas traités à égalité. Une piste urgente: confier le financement hospitalier à un seul payeur, par exemple les assureurs, comme pour la médecine ambulatoire. Ensuite, les tarifs doivent être remodelés, pour favoriser, là où c’est possible, les interventions ambulatoires, qui occasionnent moins de coûts qu’un séjour hospitalier.

Le patient n’est jamais le consommateur éclairé et informé, que la théorie du marché postule.

Le patient veut le meilleur, et il se laisse moins imposer ce qui lui déplaît. Il est en général mieux informé que par le passé.

La propension à multiplier les actes superflus mais rentables n’est-elle pas plus marquée dans les cliniques, parce que celles-ci poursuivent des objectifs élevés de rentabilité?

Attention, là, vous diabolisez les cliniques privées sans fondement. Ce n’est pas correct. Nous sommes, bien évidemment, aussi soumis aux critères professionnels qui fixent les règles d’efficacité et d’adéquation, ainsi que la rentabilité d’un traitement ou d’un geste médical.

Genoux, hanches: on opère plus souvent des patients assurés en privé qu’en public pour le même diagnostic. Des études le prouvent.

Je connais ces études. Mon argument contre leurs conclusions est que les assurés en privé sont souvent mieux informés, et donc plus exigeants. Malheureusement, l’étude ne donne aucune indication en ce qui concerne l’ambulatoire. Dès lors, sa pertinence statistique est discutable.

N’est-ce pas problématique de placer le profit au cœur de la démarche de soins?

Absolument pas. Il n’y a rien de répréhensible à chercher l’efficience pour offrir des prestations de qualité au meilleur prix. Ou à faire du bénéfice pour le réinvestir dans des équipements innovants. Hirslanden réinvestit 10% de son chiffre d’affaires chaque année. Et nous ne bénéficions d’aucune subvention de l’Etat.

Votre salaire est d’environ 1 million par an. N’est-ce pas difficile de le justifier, dans un système de santé où les coûts sont largement répartis entre tous les assurés?

La rémunération des dirigeants en Suisse fait débat, c’est émotionnel et c’est normal. Je me limiterai à vous dire que mon salaire correspond aux standards de l’industrie pour des responsabilités bien déterminées. Il ne rétribue pas seulement mon activité de PDG du Groupe Hirslanden, mais aussi mon rôle de membre de la direction au sein de la maison mère.

Créé: 16.09.2016, 10h36

L’hospitalisation sous le régime de la loi sur l’assurance-maladie

Financement hospitalier

En 2012, le financement des séjours hospitaliers change. Le but est de traiter sur un pied d’égalité les hôpitaux publics et les cliniques privées traitant des patients sous le régime de l’assurance obligatoire des soins (LAMal). Des forfaits par prestation, journaliers et liés aux diagnostics, s’imposent pour tous
les séjours stationnaires.

Liste hospitalière LAMal

Depuis 2012, les cantons doivent planifier l’offre en soins hospitaliers de base. Ils le font en répertoriant les établissements, hôpitaux publics et cliniques privées, qui garantiront ces prestations aux conditions qu’ils imposent. Cette planification engage le Canton à payer la facture à hauteur
de 55%, le solde est payé par les assurés via leur prime (assurance de base).

Libre choix du patient

Le patient a un libre choix de l’hôpital dans tout le pays, à condition que l’établissement retenu a été répertorié sur une liste cantonale LAMal. L’étendue de ce libre choix est controversée, des recours sont pendants devant la justice. Il en va de la participation d’un Canton à la facture d’un séjour hospitalier extra-cantonal pour un de ses ressortissants.

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