Passer au contenu principal

A la Matte, la vie s’écoule plus lentement qu’à Berne

L’ascenseur urbain fait office de jonction entre une vieille ville très animée et un quartier de la Matte plus paisible.
L’ascenseur urbain fait office de jonction entre une vieille ville très animée et un quartier de la Matte plus paisible.
DR

Le Bernois en quête de dépaysement n’a pas besoin de s’évader à des kilomètres de son cocon. Il peut aussi rejoindre le quartier de la Matte, 32 mètres plus bas que la vieille ville. Avec le Mattenlift, le voyage prend quinze secondes et coûte 1 fr. 20. Ce Senkeltram – tram qui descend verticalement, comme le désignent avec humour les autochtones – n’est pas seulement un ascenseur urbain mythique, imaginé il y a 115 ans par Alexandre Gustave Eiffel, le constructeur de la tour éponyme. Il est surtout la liaison entre les haut et bas de la ville fédérale. Deux univers bien distincts. «Ici, nous ne sommes pas Bernois, mais habitants de la Matte, clame le plus sérieusement du monde un sexagénaire rencontré au bord de l’Aar, à quelques centaines de mètres du Marzili, très prisé des baigneurs. Nous avons notre propre mentalité. Le temps y est plus long, les gens se saluent, se connaissent.»

La zone est effectivement moins agitée, plus intimiste que le reste de la cité. Le long du petit canal traversant la Matte, touristes et citadins ne se bousculent pas comme aux alentours de la gare ou de la place Fédérale. Seuls cinq cafés et une épicerie se présentent au chaland. Pas l’ombre d’un food truck, d’une boulangerie ou d’une boutique de confection. En trois heures de déambulation, nous ne croisons qu’une dizaine de badauds. Et pas davantage de véhicules. Alors qu’en haut les voitures se battent avec les trams et les bus qui s’entremêlent. La Matte est définitivement reposante.

Pourtant, jusqu’au milieu du XXe siècle, l’endroit était un haut lieu industriel. Les chocolats Lindt y ont vu le jour, aux côtés d’un moulin, de fabriques de meubles ou de textiles. «Les patriciens ne descendaient jamais à la Matte. Cela sentait trop mauvais. Ils faisaient par contre laver leur linge ici», raconte Beatrice Gyger-Lang, guide pour l’Office du tourisme de Berne. La blanchisserie qu’elle évoque a cessé ses activités. Désormais, le local est loué pour des fêtes ou des réunions. Le rez-de-chaussée de la minicentrale hydroélectrique de la Matte a subi le même sort, depuis que la production de courant se concentre au sous-sol de l’imposant bâtiment.

Pas le repère des bobos

Passer une soirée sympa dans une usine désaffectée, voilà qui doit ravir les bobos. Avec son atelier de publicité, son magasin bio et son restaurant grec, l’ancienne zone industrielle se serait-elle muée en repère de bourgeois bohèmes? Pas sûr.

«Les gens qui vivent ici sont issus de différents milieux. Il y a des jeunes et des vieux, des riches et des pauvres. Cette mixité est une richesse», analyse Res Margot dans un dialecte bernois coloré. Avec sa casquette, ses sandales et sa veste bleue, ce sexagénaire est une figure de la Matte. Dans son atelier musical, il pose un regard objectif sur ce qu’il considère comme «un coin de paradis en mutation». «L’individualisme gagne toujours plus de terrain, même si la solidarité et le goût de l’échange n’ont pas disparu. Je vais par exemple souvent boire un café avec une jeune de 19 ans. Dans la haute ville, ce ne serait certainement pas envisageable. Tout est plus simple chez nous. Mais je ne pense pas que notre quartier soit bobo. Il n’est pas assez branché pour cela.»

Ruth, son épouse, chante en Mattenenglisch (lire ci-dessous). Elle complète les propos de son mari: «Comme partout, les indigènes déménagent et de nouveaux habitants les remplacent. Conserver une identité ne va pas de soi. Avec les déplacements de population, des bobos viennent bien sûr s’installer, mais de là à dire qu’ils caractérisent le quartier, il y a un pas que je ne franchirais pas.»

Casanova au bord de l’Aar

Quelques centaines de personnes séjournent aujourd’hui dans les anciennes bâtisses ouvrières à colombages. Beaucoup de bénéficiaires de logements sociaux, des familles surtout. «Car les maisons sont spacieuses, elles abritaient autrefois des foyers de vingt personnes. Et les loyers sont plus abordables qu’au centre-ville, affirme Res Margot. Les parents apprécient aussi la petite école et la proximité avec la nature.»

Une nature constituée notamment des eaux de l’Aar, jadis aménagées en bains publics. Les résidents de la classe ouvrière venaient y faire leur toilette. L’or bleu a aussi participé au développement économique du quartier, en faisant le succès de la centrale hydroélectrique, du port et du moulin. Mais l’eau a aussi causé quelques déconvenues à la Matte. Jusqu’en 2005, l’Aar sortait régulièrement de son lit et inondait tout le secteur. Les bains publics étaient le terrain de jeu des prostituées, qui y accompagnaient leurs clients. Parmi eux, un certain Casanova. «En 1760, l’artiste et aventurier a pris plusieurs bains avec des filles de joie, glisse Beatrice Gyger-Lang. Aujourd’hui, le quartier est mieux fréquenté. Depuis trois ans et la fermeture de quelques bars alternatifs, on n’y voit même plus de drogués.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.