Le médecin genevois révoqué sort de son silence

ScandaleReconnu coupable d'avoir falsifié une étude scientifique, le professeur admet une faute. Mais conteste toute malversation.

Une enquête menée par l’Université, rendue en mai, a décelé une fraude scientifique.

Une enquête menée par l’Université, rendue en mai, a décelé une fraude scientifique.

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Fait rarissime, un médecin adjoint, professeur associé, a été révoqué par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Université de Genève (UNIGE). Et cela après qu’une procédure interne l’a reconnu coupable d’avoir falsifié les résultats d’une étude scientifique (voir notre article de jeudi). Explications.

«A la suite d’une plainte à l’interne d’une collaboratrice, une enquête menée par l’Université, rendue en mai, a décelé une fraude scientifique. C’est très grave», explique Henri Bounameaux, doyen de la Faculté de médecine. Raison pour laquelle l’article a été retiré de la revue «British Journal of Psychiatry» et l’intéressé révoqué en juillet. L’enquête n’a pas décelé d’autres falsifications de ce collaborateur en poste durant dix-neuf ans à Genève ni de complicité à l’interne.

Ces faits, le professeur mis en cause les reconnaît. «Les données biologiques utilisées dans cette recherche sont fausses, indique-t-il depuis son domicile de l’Hérault en France. Une partie de ces données n’ont pas été produites, mais inventées.» Par qui? Il répond sans plus de précision: «Je suis responsable.» L’étude en question devait déterminer si les traumatismes vécus dans l’enfance modifient l’ADN chez les personnes souffrant de troubles bipolaires. Les résultats ont été manipulés pour servir la démonstration. Cette corrélation a pu être établie avec les personnes borderline, par le même professeur, dans deux études qui, elles, n’ont pas été remises en cause.

Par ailleurs, le médecin est prévenu de gestion déloyale, faux dans les titres, escroquerie, suite à des plaintes déposées en décembre 2013 par les HUG et l’UNIGE. Leur avocat, Me Grégoire Mangeat, déclare que «les malversations ont été découvertes à l’occasion de la mise en place de mesures d’économie au sein du département du professeur mis en cause». Et de préciser que «des mesures importantes de blocage des biens du prévenu ont été immédiatement obtenues, notamment en France». Le préjudice s’élève à 1,7 million de francs.

Le problème? «Il était propriétaire de la structure qui nous fournissait les analyses cliniques et nous facturait des prestations qui étaient financées par ailleurs», affirme Henri Bounameaux. Le prévenu, lui, assure ne pas avoir détourné de l’argent à des fins personnelles. «Mais j’ai eu la maladresse de ne pas avoir officialisé le mode de fonctionnement de l’association que je présidais et qui gérait des évaluations cliniques fournies aux HUG.» Cette association a travaillé durant une quinzaine d’années avec Genève. «Mes supérieurs m’ont questionné à ce sujet il y a longtemps, sans que cela ne pose problème», s’étonne-t-il.

Son domicile a été perquisitionné en juin. «Une procédure simplifiée est possible. Je n’ai pas encore pris de décision, mais j’aimerais tourner la page rapidement.» La procureure Rita Sethi-Karam, chargée du dossier, indique que «des propositions de négociation sont à l’examen».

Créé: 26.09.2014, 07h27

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