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Les médias alémaniques plombent les Romands

Moret, de Quattro ou Maudet n’auraient quasi aucune chance face à Cassis pour la succession. Des élus fédéraux de tout bord estiment en revanche que les jeux sont loin d’être faits.

Le Genevois Pierre Maudet et la Vaudoise Isabelle Moret divisent outre-Sarine.
Le Genevois Pierre Maudet et la Vaudoise Isabelle Moret divisent outre-Sarine.
KEYSTONE/Aude Haenni

Circulez, braves gens, il n’y a plus rien à voir. Pour la plupart des médias alémaniques, les jeux pour la succession au Conseil fédéral sont déjà faits. Le conseiller national tessinois Ignazio Cassis s’assoira dans le fauteuil de Didier Burkhalter le 20 septembre prochain sous les applaudissements de l’Assemblée fédérale. La conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret, le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet et, plus rarement citée, la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro sont condamnés à faire peu ou prou de la figuration.

Objet politique non identifié

A peine Pierre Maudet s’est-il déclaré vendredi dernier que la Radio alémanique lui a taillé un costard en décrétant qu’il n’avait aucune chance d’être élu. Pourquoi? Parce qu’il est «schräg» (littéralement «de travers»). En fait on lui reproche d’être une sorte d’opni (objet politique non identifié) qui ne respecte pas les canons de la Berne fédérale. D’un côté, il se montre autoritaire et mène une politique sécuritaire. D’un autre côté, il régularise des clandestins et fait les yeux doux à l’UE. Circonstance aggravante, le Genevois a la langue trop pendue. Le journaliste Philippe Burkhardt raconte avoir été stupéfait par une conférence de presse où Maudet qualifiait le conseiller fédéral Ueli Maurer de «plus grand risque pour la sécurité de la Suisse» et le Conseil fédéral de «gouvernement de beau temps». Tous les médias ne sont pas aussi critiques mais le ton est le même: on a affaire à un outsider rafraîchissant mais dont les chances sont faibles.

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La conseillère nationale Isabelle Moret bénéficie d’une plus grande considération… de par son sexe. Car, depuis l’annonce de la démission prochaine de Doris Leuthard, les médias s’émeuvent de la raréfaction de la gent féminine au gouvernement. Simonetta Sommaruga pourrait se retrouver la dernière des Mohicanes au Conseil fédéral. Une perspective qui horripile les médias d’outre-Sarine. Philipp Loser, dans le Tages-Anzeiger et le Bund de lundi, déplore que le genre ne soit pas un argument aussi puissant que le critère régionaliste. Car, dans les médias alémaniques, la grande tare d’Isabelle Moret, c’est qu’elle vit dans le mauvais canton. Vaud a en effet déjà un conseiller fédéral en la personne de l’UDC Guy Parmelin. Ce serait donc un «affront» fait au Tessin de lui refuser le siège qu’il attend depuis 1999 pour récompenser un canton déjà pourvu.

Le Tessin? Les commentateurs alémaniques sortent les violons pour rappeler que la Suisse italienne se doit d’être représentée au gouvernement pour respecter la Constitution et le principe de la représentation appropriée des régions linguistiques. «Sans le Tessin, la Suisse ne serait pas la Suisse. Et donc n’existerait pas», écrit carrément le chroniqueur vedette inamovible de SonntagsBlick, Frank A. Meyer. Et il n’y a pas que les journaux de boulevard pour soutenir le Tessin. La NZZ roule depuis un bon moment pour Ignazio Cassis, «qui fait tout juste» dans cette campagne.

Alors les dés sont-ils jetés? Loin de là car ce ne sont pas les journalistes qui votent mais les 246 élus de l’Assemblée fédérale. Alors, certes, on trouve aussi des politiciens alémaniques comme le conseiller national Kurt Fluri (PLR/SO) ou le président du PDC Gerhard Pfister pour penser que l’affaire est pliée en faveur de Cassis. Mais d’autres ne partagent pas du tout cet avis.

Dossier européen

«Les Romands ont aussi leur chance», estime l’UDC Adrian Amstutz, chef du plus grand groupe de l’Assemblée avec ses 70 sièges. Les déclarations tonitruantes de Maudet sur son conseiller fédéral Ueli Maurer ne le font même pas frémir. «Vous savez, chaque politicien peut dire une bêtise une fois ou l’autre. Et un élu peut, avec le temps, s’améliorer. Ce qui est important, c’est de savoir pour quoi il s’engage à présent.» L’UDC va ainsi passer au scanner les candidats sur leur position dans le dossier européen. Et notamment sur le fameux accord institutionnel avec l’UE qu’elle dénonce sans relâche comme une soumission aux juges étrangers.

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A gauche, le conseiller national Cédric Wermuth (PS/AG), qui parle un excellent français, connaît bien les candidats romands. «Pierre Maudet est le plus connu du public en raison de certaines prises de position dans les médias sur la sécurité ou l’opération «Papyrus». Il est perçu comme un libéral classique, ayant le sens de l’Etat, qui n’existe pratiquement plus chez nous. Isabelle Moret n’est pas très connue car les dossiers sur la santé et le social sont défendus ici par d’autres personnes au PLR. Quant à Jacqueline de Quattro, elle est inconnue.» Wermuth estime que le Tessin a commis une erreur en présentant la candidature unique de Cassis, sans femme sur son ticket. «Cela favorise bien évidemment Isabelle Moret. Mais Pierre Maudet a une carte à jouer concernant l’ouverture de la Suisse.»

«Les candidats vont être interrogés, analysés. L’élection se joue en quelques minutes. Tout est possible. Rappelez-vous de Guy Parmelin»

Au cœur de la Suisse, à Uri, le conseiller aux Etats PDC Isidor Baumann ne se laisse pas plomber par la chape tessinoise mise sur cette élection. «Aucun canton ne peut exiger un siège de droit. Je rappelle qu’Uri n’a encore jamais eu de conseiller fédéral. Non, ce qui compte, c’est d’élire le meilleur. La compétence à servir les intérêts du pays doit primer.» Du miel aux oreilles de Moret et de Maudet, qui font campagne sur ce thème. Pour Baumann, le jeu ne fait que commencer. «Les candidats vont être interrogés, analysés. L’élection se joue en quelques minutes. Tout est possible. Rappelez-vous de l’élection de Guy Parmelin lors de la succession d’Eveline Widmer-Schlumpf. Qui avait parié sur lui au début?»

La campagne va donc se poursuivre. L’occasion pour le Teletext alémanique de se familiariser avec les Romands. Vendredi, il a annoncé la candidature d’un certain «Pierre Modet»…

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