«Les médias en ligne ont droit à une part de la redevance»

NumériqueEn pleine campagne sur «No-billag», la Commission fédérale des médias propose d’octroyer une aide publique à l’offre digitale.

François Besençon est un des membres de la Commission fédérale des médias.

François Besençon est un des membres de la Commission fédérale des médias. Image: Keystone

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Alors que l’initiative «No Billag» veut supprimer la redevance, la Commission fédérale des médias (COFEM) propose de l’élargir à de nouveaux bénéficiaires: les contenus numériques. Face à une presse en crise, c’est donc une aide directe qui est évoquée pour soutenir l’offre en ligne, tous médias confondus. François Besençon est membre de la COFEM et président de Communication Suisse, la faîtière de la branche de la publicité. Interview.

Pourquoi faut-il élargir la redevance à l’offre digitale?

C’est là où se trouve le public. Il faut adapter la redevance et sa répartition à la consommation et à la demande des utilisateurs. La COFEM estime que les médias qui participent de manière significative à la formation de l’opinion publique, au débat social et la diversité culturelle devraient pouvoir bénéficier de ce soutien public. À l’heure où, pour beaucoup, les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information et les «fake news» prolifèrent, les médias n’ont jamais été aussi nécessaires.

La redevance est limitée à la radio et à la télévision. Vous proposez une révolution!

On est déjà en train de passer d’une redevance radio-TV à une redevance média. Le système n’est pas là pour protéger des acteurs existants, il est là pour soutenir la mission fondamentale des médias dans un monde en pleine évolution.

Tous les médias auraient-ils droit à ce soutien?

Il n’y a pas d’argent public sans obligation. Les télévisions et radios régionales reçoivent, pour la plupart, une part de la redevance et il existe un cahier des charges bien précis. Ce modèle est transposable pour l’offre digitale.

Quel serait le rôle de la SSR?

Elle joue un rôle central. C’est un acteur clef sur lequel il faut s’appuyer pour favoriser la transformation numérique de la branche. C’est son mandat qui doit être adapté à la réalité numérique. Demain, la consommation média se fera à la demande et sur Internet.

La SSR doit-elle devenir un fournisseur de contenus pour les autres médias?

Pas du tout. Centraliser une production de contenus pour la redistribuer ensuite constitue un risque pour la diversité. Par contre, la coopération avec les autres médias et l’échange de contenus doivent être renforcés.

Les quasi 90% de la redevance reviennent à la SSR. Faut-il revoir la répartition ou augmenter le montant pour servir les médias en ligne?

Le montant alloué à chaque acteur est dépendant du mandat donné. La répartition doit donc évoluer en fonction de l’évolution des mandats.

Les éditeurs sont réticents face à une aide, ils craignent pour leur indépendance. Les avis ont-ils changé?

Personne ne serait contraint de toucher ce soutien. Il y a quelques années, l’idée d’une aide directe suscitait de fortes réticences, justement pour cette question d’indépendance. Aujourd’hui, ce n’est plus un tabou. Le séisme provoqué par la disparition de L’Hebdo a joué un rôle important. On a conscience que les médias ne sont plus finançables par leur modèle d’affaires historique: l’utilisateur et la publicité.

Le financement par la pub est-il illusoire pour l’offre digitale?

Pas seulement pour l’offre digitale. Le journalisme en général n’est plus finançable par la publicité. Avant, les annonceurs avaient besoin d’un contenu éditorial pour toucher leur cible. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce divorce du couple publicité et contenu éditorial est à l’origine de la crise que traverse la presse. Si on veut éviter un appauvrissement du journalisme de qualité, il faut mettre en place des mesures. Ce sursaut peut venir d’un soutien direct par le biais d’une répartition de la redevance, dont tous les formats seraient éligibles.

Certains éditeurs qui font des bénéfices pourraient toucher un soutien étatique. Cela ne pose-t-il pas de problème?

Faut-il aider uniquement ceux qui perdent? C’est un problème éternel. Le risque est que les éditeurs réduisent leur offre pour maintenir leur rentabilité.

Votre idée n’est-elle pas à contre-courant? La campagne «No Billag» montre que les gens ne veulent payer que ce qu’ils consomment.

Les gens consomment la SSR! Elle totalise un tiers de l’audience TV, et deux tiers de l’audience radio. Sans ce succès, la redevance ne serait pas légitime. Reste à savoir comment et sous quelle forme on la prélève. C’est comme pour la vignette autoroutière. Faut-il régler au kilomètre ou au forfait? La COFEM estime que le système actuel est celui qui assure le mieux la qualité du paysage médiatique. Et c’est dans cette optique que nous voulons élargir sa répartition vers l’offre numérique.

Comment lutter contre les «fake news»?

Je suis sceptique à l’idée de contrôler, de punir ou d’interdire les contenus. Par contre, la COFEM est unanime à penser qu’une formation aux médias est indispensable. Cette initiation doit se faire à l’école. Comment lire une information, trier les sources, quantifier la crédibilité d’une nouvelle en fonction de son émetteur, c’est essentiel. Je m’aperçois que les jeunes font mieux le tri dans un fil d’actualité d’un réseau social que d’autres générations. Ils sont nés avec ces outils et savent reconnaître ce qui est digne d’intérêt et de confiance. (24 heures)

Créé: 23.01.2018, 07h35

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