Le métier de disquaire est en voie de raréfaction

Suisse romandeCette année, aucun nouvel apprenti ne sera formé dans la branche. Le marché du disque n’est pourtant pas moribond.

Laurent Sambo et Michel Pavillard, disquaires militants à Genève, se battent contre le téléchargement.

Laurent Sambo et Michel Pavillard, disquaires militants à Genève, se battent contre le téléchargement. Image: GEORGES CABRERA

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Le cru 2015 d’apprentis disquaires sera le dernier. La formation spécialisée périclite en Suisse romande. La branche Musique, confiée à l’association Suissemusic par l’Ecole professionnelle de commerce de Lausanne, ne sera pas reconduite l’année prochaine. Daniel Claro est l’ultime «survivant» de la formation romande de disquaire: «Je suis à peu près le seul musicien de toute l’école, mais on s’y habitue. J’espère pouvoir travailler dans ce milieu que j’aime, mais je ne sais pas si le métier va perdurer.»

Le manque d’élèves apprentis a conduit à fermer la formation en Suisse romande. «A ma connaissance, nous sommes deux disquaires pros officiels encore en circulation, les autres sont des passionnés formés sur le tas», explique Laurent Sambo, professeur au sein de Suissemusic, et professionnel dans la vente de disques au magasin Plain Chant, à Genève.

Nouvelle recrue sur le marché du travail, Lula Lotrecchiano a fait son apprentissage à la maison Foetisch de Lausanne. La Vaudoise de 19 ans a validé un apprentissage de trois ans et une année d’expérience professionnelle au sein de l’enseigne genevoise O’CD, à Plainpalais. «Quand j’étais petite, je voulais être vétérinaire. Puis mon père m’a donné le goût de la musique, et c’est devenu une vocation, se souvient Lula. J’envisage de rester le plus longtemps possible dans ce milieu, et même de me diversifier dans d’autres supports, voire dans l’univers du cinéma.» De belles ambitions pour une jeune femme qui regrette que l’offre et la demande d’emplois de disquaire s’enlisent. L’apprentissage est ignoré par la jeunesse, et la grande distribution de musique ne cherche pas prioritairement cette spécialisation.

Structures de passionnés

La mort du disque? Laurent Sambo s’y refuse catégoriquement. Sa petite boutique, rue du Stand, à Genève, prospère. Son collègue, Michel Pavillard, se veut optimiste: «En Suisse, les disquaires indépendants s’en sortent. Ce sont les petites structures de passionnés avec peu d’employés qui tournent.» Même si les ventes n’ont pas décollé cette année, les deux associés dédramatisent: «Les discothèques municipales ont réduit leurs commandes et certaines ont même fermé. Le vrai problème est qu’on est dans une culture qui valorise l’écrit et peu l’art oral. Les aides de l’Etat vont plus vers les libraires que les disquaires.» Un désamour qui dure, et qui n’a pas aidé le disque à sortir de la crise dans les années 2000.

Pourtant, les deux amoureux de la musique entrevoient sereinement l’avenir. Sur le long terme, le marché n’est pas près de disparaître. Les mélomanes continuent d’arpenter les rangées de CD et de vinyles des disquaires à la recherche de petits trésors. «Beaucoup de gens nous disent qu’ils ne téléchargent plus.» Malgré l’hyper-concurrence des sites de vente en ligne et des grandes chaînes, les gens achètent encore chez les disquaires. «C’est redevenu très attractif de se réapproprier physiquement son disque», assure Laurent Sambo. Un constat partagé par Antonino Fortunato, gérant de Transfert Music, à Yverdon-les-Bains. «Cela fait trente ans que je vends des vinyles et des CD, et je peux vous assurer que les jeunes se rendent compte que le son téléchargé est de moins bonne qualité», explique le passionné.

Des disques moins chers

Plus surprenant encore, les jeunes ne désertent pas ces commerces. Le prix du disque ayant baissé – en moyenne 20 fr. –, un élan de popularité est né dans la nouvelle génération. «La musique est décloisonnée, elle se démocratise», s’enthousiasme Laurent Sambo, qui voit une nouvelle demande émerger, en quête de styles musicaux divers et variés. «Le seul véritable risque, c’est que les gens oublient que notre activité survit», conclut-il fatalement. On le croyait moribond, le disque renaît de ses cendres. (24 heures)

Créé: 17.08.2015, 20h54

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