Les mâles PDC ont blousé les femmes sur les salaires

Loi sur l'égalitéL’analyse des revenus dans les entreprises a été renvoyée fissa en commission. Un revers pour Simonetta Sommaruga.

La «trignolette» orchestrée par des sénateurs PDC s'est soldée par une défaite pour la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

La «trignolette» orchestrée par des sénateurs PDC s'est soldée par une défaite pour la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Image: Keystone

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Les femmes devront encore attendre un moment avant que le parlement fédéral ne décide de mesures concrètes pour faire reculer la discrimination salariale avec les hommes. Le Conseil des États a réussi l’exploit d’entrer en matière sur un projet et de le renvoyer immédiatement en commission car jugé insatisfaisant. Cette «trignolette» a été orchestrée par des sénateurs PDC. Elle a provoqué la colère des femmes de gauche et du PDC. C’est aussi une défaite pour la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui avale une couleuvre supplémentaire. Récit d’un débat haut en couleur avec chausse-trappe de dernière minute.

C’est Anne Seydoux-Christe (PDC/JU), la rapporteuse de la commission, qui ouvre les feux. Solennelle, elle rappelle que le principe de l’égalité salariale entre femmes et hommes est inscrit dans la Constitution depuis 1981. Or on est encore loin du compte. «La part de différence salariale inexplicable est de 585 francs par mois dans le privé et de 608 francs dans le secteur public. Selon Travail.Suisse, ce sont ainsi 7 milliards par an qui manquent cruellement dans le porte-monnaie des femmes.»

Fort de ce constat, le Conseil fédéral a présenté un projet de loi pour obliger les entreprises de plus de 50 personnes à analyser tous les quatre ans leurs salaires. L’étude doit être attestée par un tiers et les résultats communiqués au personnel. En commission des États, le projet a été adouci dans la mesure où cela ne concerne plus que les entreprises de plus de 100 personnes. La loi a été aussi limitée à douze ans. Ces concessions n’ébranlent pas du tout la droite. Hans Wicki (PLR/NW) mène la révolte. L’égalité salariale, il est certes pour. «Quelle entreprise prendrait le risque de discriminer les femmes et de s’attirer ainsi les foudres du public?» A l’entendre aucune. Le problème, selon lui, c’est que l’inégalité n’est pas prouvée. «La différence salariale peut s’expliquer par un manque de compétences linguistiques, d’expérience ou de formation, etc.»

Travail et famille
Andrea Caroni (PLR/AR) estime qu’on se trompe de problème. «Le vrai fossé n’est pas entre hommes et femmes, mais entre celles qui ont des enfants et celles qui n’en ont pas. Une entreprise va récompenser une personne plus disponible pour faire des heures supplémentaires ou travailler le soir. C’est à cela qu’il faut s’attaquer en conciliant mieux travail et famille.» Pour Olivier Français (PLR/VD), le projet proposé n’est pas crédible. «La Confédération, les cantons et les communes, où les inégalités salariales perdurent, devraient d’abord montrer l’exemple au lieu de créer une usine à gaz bureaucratique pour les privés.» Un avis partagé par l’UDC, qui note que, sans aucune mesure étatique, les écarts salariaux ont été réduits de moitié en vingt ans.

Faut-il laisser le temps continuer à faire son œuvre? «Non, répond Anita Fetz (PS/BS). Il y a désormais un seuil incompressible à cause d’une distorsion de la réalité. Les entreprises discriminent sans s’en rendre compte.» À l’appui de ses dires, elle cite le test de John et Jane mené dans plusieurs pays. Un même CV a été envoyé pour une offre d’embauche. À chaque fois, c’est John qui est le plus souvent sélectionné.

«Cela fait près de quarante ans qu’on attend que l’égalité soit réalisée»

«Cela fait près de quarante ans qu’on attend que l’égalité soit réalisée», enchaîne Géraldine Savary (PS/VD). «Il est temps que les entreprises fassent ce petit pas qui représente un grand pas pour la population.» Liliane Maury Pasquier (PS/GE) se dit prête à se rallier à ce «compromis tiède»: seules deux entreprises sur cent et un travailleur sur deux sont concernés par l’analyse des salaires. Surprise: le plus virulent se révèle être un homme PLR en la personne de Raphaël Comte. Il juge honteuse la discrimination actuelle et scandaleuse la passivité des élus. «Les femmes en ont marre de devoir faire des efforts pour l’AVS alors qu’elles sont sacrifiées sur le marché du travail.» Et de prédire un naufrage de la prochaine réforme des retraites si le problème de l’égalité salariale n’est pas réglé.

Au vote, l’entrée en matière est acceptée par 25 voix contre 19. Pourtant le projet de loi ne sera ni discuté ni voté. Des sénateurs mâles PDC, emmenés par Konrad Graber et Pirmin Bischof, demandent un retour immédiat du projet en commission. Selon eux, il faut étudier des solutions alternatives, comme une simple déclaration volontaire des entreprises. Et il faut surtout que l’État montre l’exemple avant de faire la leçon au privé. Anne Seydoux-Christe fusille ses deux collègues de parti. «Les actions volontaires n’ont rien donné. Votre proposition, dont j’ai pris connaissance ce matin, est une manœuvre dilatoire scandaleuse!»

La ministre Simonetta Sommaruga sent que les choses tournent, mal mais n’arrive pas à trouver l’argument qui tue. L’assemblée bascule et approuve le renvoi par le score de 25 à 19. La gauche féminine, politique et syndicale explose de colère. Les deux PDC rient sous cape. Candidats potentiels à la succession Leuthard au Conseil fédéral, ils se sont attiré les bonnes grâces du PLR et de l’UDC sur un thème symbolique. Ils n’ont cure d’avoir froissé la gauche. Celle-ci a déjà annoncé qu’elle voulait une candidate femme PDC…

Créé: 28.02.2018, 21h31

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«La différence salariale peut s’expliquer par un manque de compétences linguistiques, d’expérience ou de formation, etc.», énumère Hans Wicki (PLR/NW)






«Il y a désormais un seuil incompressible à cause d’une distorsion de la réalité. Les entreprises discriminent sans s’en rendre compte», relève Anita Fetz (PS/BS)






«Les femmes en ont marre de devoir faire des efforts pour l’AVS alors qu’elles sont sacrifiées sur le marché du travail», rappelle Raphaël Comte (PLR/NE)

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