Une mobilisation record terrasse l’initiative de l’UDC

Renvoi des criminels étrangersLa gauche, la droite hors UDC et une myriade d’associations ou d’anonymes ont infligé une sévère défaite au parti de Blocher.

La joie règne dans le camp des opposants à l’initiative à l’heure de la proclamation des résultats du scrutin.

La joie règne dans le camp des opposants à l’initiative à l’heure de la proclamation des résultats du scrutin. Image: Keystone

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«Il y a des claques qui font tellement plaisir.» En une phrase, le président du PDC, Christophe Darbellay, a résumé le sentiment dominant dimanche à propos du rejet très sec de l’initiative UDC sur le renvoi des étrangers criminels. Le non se dessinait selon les derniers sondages, mais personne n’aurait parié à Berne sur un refus aussi massif (58,9%). Il n’y a pas eu de suspense. Dès les premiers résultats connus, la déroute de l’UDC était consommée. Ce qui a provoqué une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux. D’abord ceux qui poussent des ouf de soulagement, puis ceux qui règlent leurs comptes avec le parti honni et enfin ceux, les plus nombreux, qui manient l’humour en détournant à qui mieux mieux la célèbre affiche des moutons. «Aujourd’hui, en Suisse, on est heureusement bien loin du Silence des agneaux!» rigole Jean Christophe Schwaab. Le conseiller national (PS/VD) se garde bien cependant de transformer Christoph Blocher en Hannibal Lecter.

Forte participation

Au-delà du résultat, ce qui frappe dans cette votation, c’est le taux record de participation: 63,1%. On n’atteint pas, certes, les hauteurs du vote sur l’EEE, en 1992, avec ses 78,7%, ni celles sur la suppression de l’armée (69,2%). Mais c’est nettement plus que d’habitude. Cette forte mobilisation s’explique par l’irruption de la société civile dans le débat. Aux côtés des partis, des juges et des syndicats sont venus se greffer une myriade d’associations, des Eglises, des artistes et des anonymes. «Des milliers et des milliers de personnes se sont engagées pour le non ces dernières semaines. Des gens normaux comme vous et moi», commente Mark Balsiger, politologue et conseiller en entreprise. On ajoutera que les médias ont également donné un coup de pouce au non. Selon le monitoring des votations réalisé par l’Université de Zurich, la tonalité des articles dans la presse pendant la campagne était très largement négative à l’égard de l’initiative. Et particulièrement en Suisse romande.

2010 à l’envers

Quand on regarde la carte des résultats des cantons suisses, on voit un renversement complet de tendance par rapport à la première initiative de renvoi, en 2010. A l’époque, 52,8% des citoyens avaient dit oui et seuls six cantons avaient refusé l’initiative. Hier, le non à l’initiative approche les 60% et seuls quelques cantons disent oui, dont le Tessin et plusieurs cantons de la Suisse primitive. A l’inverse, Vaud se révèle le champion du non avec 66,6%, suivi un peu plus loin par Genève (64,5%). Un rejet plus net qu’en 2010.

A l’UDC, c’est bien sûr la soupe à la grimace. «C’est une grosse déception pour le parti, reconnaît la conseillère nationale Céline Amaudruz (GE). Mais nous étions seuls face à tous et nos opposants ont brandi des cas bagatelles grotesques menant à l’expulsion, comme le vol d’une pomme.» Le président du parti, Toni Brunner, demande maintenant que le contre-projet du parlement soit appliqué avec sévérité. «Il faut qu’il y ait au minimum 4000 expulsions d’étrangers criminels par année.»

«Il faut qu’il y ait au minimum 4000 expulsions d’étrangers criminels par année»

A gauche, c’est Noël avant l’heure. Pour le conseiller aux Etats Hans Stöckli (PS/BE), un des fers de lance du non, il s’agit d’une votation historique. «L’UDC perd sur les étrangers, son thème de prédilection.» Christian Levrat, président du PS, ne cache pas sa joie. «La société civile s’est mobilisée pour défendre clairement l’Etat de droit, la protection des minorités et l’humanité face à la xénophobie et aux tendances totalitaires de l’UDC.» Le rejet de l’initiative représente aussi une épine de moins dans le pied du Conseil fédéral dans ses relations tendues avec l’Union européenne.

Félicitations allemandes

En Allemagne, le ministre de la Justice, Heiko Maas, adresse même ses félicitations appuyées à notre pays: «Les Suisses montrent de façon impressionnante qu’il y a bien une différence entre des propos du Café du Commerce et l’opinion du peuple.» Philipp Müller, président du PLR, demande désormais que la loi sur l’expulsion des étrangers criminels, concoctée avec une clause de rigueur par le parlement, entre en vigueur le plus vite possible. Le Conseil fédéral en décidera ce vendredi.

Créé: 28.02.2016, 22h48

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