Comment Mossack Fonseca a vécu les «Panama Papers»

«Panama Papers»Une nouvelle fuite de données permet de comprendre comment le cabinet panaméen a tenté de réagir à la publication des Panama Papers. Récit.

La nouvelle fuite de données permet de voir de l’intérieur comment Mossack Fonseca a réagi aux «Panama Papers».

La nouvelle fuite de données permet de voir de l’intérieur comment Mossack Fonseca a réagi aux «Panama Papers». Image: Keystone

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Le 4 mars 2016, le cabinet Mossack Fonseca apprend que l’ensemble des données concernant ses clients ont atterri chez des journalistes. Plus de 11,5 millions de courriels, de contrats, de relevés bancaires concernant des personnes en quête d’une absolue discrétion. Le cabinet reçoit une liste de questions du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ): Mossack Fonseca a-t-elle aidé ses clients à blanchir de l’argent? À frauder le fisc? À contourner des sanctions internationales?


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Le jour même, la société panaméenne envoie un e-mail à l’interne: il est désormais interdit d’accepter comme clients des personnes politiquement exposées. Une mesure qui aurait dû être prise bien des années auparavant. Mossack Fonseca compte parmi ses clients, parfois sans le savoir, des oligarques, des proches de dictateurs, des personnes faisant l’objet de sanctions ou des politiciens de haut rang.


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Dans le courant du mois de mars, plusieurs journalistes se rendent au siège de la société pour tenter d’obtenir des réponses. Mossack Fonseca écrit au procureur de Panama pour lui demander d’ouvrir une procédure, d’interroger et d’arrêter les reporters. Sans succès. Le cabinet édicte des instructions internes sur l’attitude à adopter devant les médias. Face à un comportement agressif, un pistolet électrique peut être utilisé, mais seulement en cas d’urgence

Trois semaines plus tard, c’est le raz-de-marée. Dimanche 3 avril à 20 h, heure suisse, une centaine de médias, dont «24 heures» et la «Tribune de Genève», commencent à publier leurs enquêtes. Barack Obama et Vladimir Poutine s’expriment sur le sujet, tout comme des institutions telles que l’ONU, l’OCDE, l’Union européenne et même le Vatican. Des citoyens descendent dans les rues de plusieurs pays. Au total, plus de 5000 articles différents seront publiés sur la base des Panama Papers. Autant d’histoires où Mossack Fonseca est dans la ligne de mire.

Au sein du cabinet, le feu brûle de toutes parts. Des journalistes du monde entier, des autorités, des clients, des banques: tous veulent des explications. Plusieurs succursales du cabinet sont perquisitionnées.

Du jour au lendemain, la priorité n’est plus de créer des sociétés écrans dans des paradis fiscaux. Les employés se mettent à travailler d’arrache-pied à une autre mission: trouver qui sont leurs clients. Durant des mois, Mossack Fonseca va frénétiquement envoyer des demandes aux banques, aux avocats et autres fiduciaires – c’est-à-dire les professionnels engagés par les personnes souhaitant enregistrer discrètement une société offshore – pour combler les lacunes de leurs dossiers. Deux mois plus tard, Mossack Fonseca était toujours incapable d’identifier les propriétaires de 70% des sociétés qu’elle a enregistrées aux îles Vierges britanniques, le pays où elle est le plus active.

Ces intermédiaires réagissent avec un mélange de panique et d’agacement, souligné par le recours aux majuscules. «LE CLIENT A DISPARU! JE NE LE TROUVE PLUS!!!!!!» écrit une gestionnaire de fortune suisse. «Ça devient grotesque», s’énerve un avocat américain à propos des demandes très rapprochées de Mossack Fonseca pour prouver l’identité des détenteurs de deux sociétés. «NOUS NE POUVONS PAS RETOURNER le jour d’après pour demander d’autres papiers. NOUS PASSONS POUR DES PUTAINS D’AMATEURS. C’est opération Mickey Mouse.»

Et comme Mossack Fonseca ne parvient pas toujours à indiquer les détenteurs des sociétés, les autorités se tournent vers les bénéficiaires qui sont parfois priés de prouver qu’une société leur appartient bien. Le président ukrainien Petro Porochenko se retrouve à envoyer à Panama la copie d’une facture d’électricité pour prouver son lieu de résidence.

Automates à excuses

Mossack Fonseca n’en finit pas de tenter de rassurer ses clients sur le fait qu’elle prend très au sérieux la confidentialité. Les employés sont devenus des automates à excuses. Avec un succès mitigé. De nombreux clients quittent le navire qui coule. L’un écrit, de nouveau en majuscule: «VOTRE ENTREPRISE N’EST PAS FIABLE, NI CRÉDIBLE---------BYE BYE.»

Le procureur général du Panama présente le cabinet comme «une organisation criminelle qui s’est spécialisée dans la dissimulation de fortune d’origine douteuse». Les deux fondateurs, Jürgen Mossak et Ramon Fonseca, seront arrêtés et accusés de blanchiment. Ils passeront plusieurs mois en prison avant d’être libérés sous caution. Mossack Fonseca décide finalement, au début de cette année, de fermer boutique. Dans un courriel à ses clients, elle leur signale qu’ils peuvent changer de prestataire. Des dizaines de concurrents offrent des services similaires.

Créé: 20.06.2018, 19h00

Nouvelle fuite

En avril 2016, une centaine de médias publiaient une série d’articles basés sur les «Panama Papers», gigantesque fuite de données – plus de 11,5 millions de documents – du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca.

Aujourd’hui, 1,2 million de nouveaux documents provenant de la même société, mais datant d’après la publication des «Panama Papers», sont parvenus à la «Süddeutsche Zeitung», qui les a partagés avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses partenaires.

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