La naturalisation de l’imam qui a béni le Gothard est contestée

ReligionBekim Alimi veut devenir Suisse. Mais sa demande suscite des résistances. Certains lui reprochent de tenir un double discours.

Le catholique Vikar Roger, l’imam Bekim Alimi et le protestant Peter Vogelsanger à l’inauguration du stade de Schaffhouse.

Le catholique Vikar Roger, l’imam Bekim Alimi et le protestant Peter Vogelsanger à l’inauguration du stade de Schaffhouse. Image: Keystone

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«Un homme peut-il battre sa femme? Une fille musulmane peut-elle faire du vélo?» C’est avec un sentiment d’humiliation que Bekim Alimi dit avoir répondu, mardi, aux douze questions que lui a posées une parlementaire de Wil, à Saint-Gall. Cet Albanais de Macédoine, 45 ans, est imam et candidat au passeport suisse. Outre-Sarine, il s’est forgé une image de progressiste, voix médiatique d’un islam ouvert et critique de l’extrémisme. Ce n’est pas un hasard si c’est lui qui avait été désigné pour bénir le tunnel du Gothard, en 2016, lors d’une cérémonie interconfessionnelle.

Mais dans sa commune, certains reprochent à Bekim Alimi de présenter un double visage. Un citoyen en particulier est résolu à lui barrer le chemin dans une procédure de naturalisation qui fait des vagues en Suisse orientale.

Soupçons de liens douteux
En 2015, lorsqu’il dépose sa demande, l’imam engagé fait figure de candidat parfait. C’est l’avis du Conseil de naturalisation de Wil, qui estime qu’il remplit toutes les conditions. Un ancien élu UDC au parlement local, critique affirmé de l’islam, voit les choses différemment. Comme le lui permet une spécificité du droit saint-gallois, il dépose une opposition fondée sur les liens douteux qu’entretiendrait Bekim Alimi avec les milieux radicaux.

Les accusations ne sont pas nouvelles et entachent la réputation du prétendant au passeport suisse. Un député libéral-radical tessinois et Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, les avaient soulevées avant l’inauguration du tunnel du Gothard. En cause, notamment, une photo de l’imam en compagnie du prédicateur salafiste Shefqet Krasniqi et une autre avec Nicolas Blancho, sulfureux président du Conseil central islamique. Bekim Alimi reconnaît les avoir rencontrés lors d’un événement officiel au Kosovo réunissant des centaines de personnes. Mais cela ne signifie en rien qu’il épouse leur idéologie. Il réfute les autres soupçons, notamment son appartenance aux Frères musulmans ou sa proximité avec un imam antisémite. «Je rejette toute forme d’intégrisme», insiste-t-il.

«Tout dans mon parcours prouve mon attachement à l’intégration des musulmans et mon respect des valeurs suisses»

Le Conseil de naturalisation de Wil cherche à clarifier la situation auprès de la police cantonale, du Secrétariat d’État aux migrations et du Service de renseignement. Leur réponse: Bekim Alimi ne représente pas un danger pour la sécurité du pays, rien ne prouve les accusations. Campé sur ses positions, l’ancien élu UDC refuse toutefois de retirer son opposition. Dans ces cas-là, c’est au parlement communal de décider. C’est la première fois depuis l’entrée en vigueur du nouveau droit cantonal sur les naturalisations, il y a huit ans, qu’il est appelé à trancher, rapporte la Ville.

«Tout dans mon parcours prouve mon attachement à l’intégration des musulmans et mon respect des valeurs suisses, se défend Bekim Alimi. Je me sens citoyen de ce pays.» À Wil, où près de 20% des 23'500 habitants sont musulmans, il dirige la mosquée albanaise, qui compte près de 650 familles membres. En 2004, il instaure le prêche du vendredi en allemand pour assurer la compréhension. ll donne des cours de religion à l’école. Et s’engage en faveur du dialogue interreligieux. Après la votation contre les minarets, il ne fait pas de résistance et laisse tomber l’un des projets de tour qui avait incité l’UDC à lancer son initiative.

Questionnaire polémique
Pas de quoi convaincre la Vert’libérale Erika Häusermann. C’est cette membre du Législatif qui a envoyé par écrit un catalogue de questions à Bekim Alimi. Élaboré avec l’aide de Saïda Keller-Mes­sahli, le document suscite la controverse. «En tant que modèle pour toute une communauté, un imam est tenu à des exigences plus élevées. Nous devons être certains qu’il respecte nos valeurs, en particulier envers les femmes», justifie Erika Häusermann.

Bekim Alimi juge le questionnaire «tendancieux et simpliste», mais se plie à l’exercice. Oui, un musulman peut avoir des amis juifs ou chrétiens; oui, un musulman peut changer de religion; non, les femmes ne sont pas obligées de se voiler pour fréquenter sa mosquée, répond-il notamment.

«Ses déclarations sont très bonnes et claires. Elles l’obligent à devoir s’y tenir»

Erika Häusermann se montre satisfaite. «Ses déclarations sont très bonnes et claires. Elles l’obligent à devoir s’y tenir.» La Saint-Galloise reste pourtant persuadée que le candidat à la bourgeoisie de Wil n’est pas celui qu’il prétend. Elle demeure opposée à sa naturalisation.

Porte-parole de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse, Pascal Gemperli critique vertement la démarche de l’élue. «C’est scandaleux. Les questions montrent une méconnaissance crasse de la réalité et une suspicion récurrente. Bekim Alimi est quelqu’un d’exemplaire dans son engagement pour l’intégration à qui l’on fait un procès d’intention. Il a clairement répondu à un questionnaire qui verse, selon moi, dans la théorie du complot.»

Qu’en penseront les membres du parlement, le 5 avril? De l’avis même d’Erika Häusermann, Bekim Alimi a toutes ses chances. «Il faut de très bonnes raisons pour refuser sa demande, sinon la décision sera cassée par le Canton. Or il n’y en a pas, commente le municipal Dario Sulzer. Je m’attends à un débat factuel et raisonné.» L’imam se trouvera dans la tribune des spectateurs pour y assister. Il espère quitter le parlement en tant que citoyen suisse.

Créé: 25.03.2018, 18h31

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