Nicolas Bideau: «La recherche, c'est le parent pauvre de la visibilité»

ScienceA l'international, c'est sur l'innovation que la Confédération met l'accent dans sa communication, rappelle Nicolas Bideau, le directeur de Présence Suisse. Interview.

À l’étranger, ici à Las Vegas, Nicolas Bideau vante beaucoup la tech suisse.

À l’étranger, ici à Las Vegas, Nicolas Bideau vante beaucoup la tech suisse. Image: DFAE - PRÉSENCE SUISSE

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Directeur de Présence Suisse, l’organe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) qui promeut l’image du pays aux quatre coins du monde, Nicolas Bideau ne vante pas seulement les montres et le chocolat, «qui se débrouillent bien tout seuls», mais met l’accent sur l’innovation et la recherche suisses. En témoigne la campagne d’envergure SwissTech, qui a récemment emmené une quarantaine de start-up du pays à la grand-messe de la tech (Consumer Electronics Show), à Las Vegas.


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On attend énormément de la recherche. Or c’est souvent dans son budget que l’on taille, la laissant comme le parent pauvre. N’est-ce pas un peu paradoxal?
Parent pauvre, il faut le dire vite! Je rappelle que 3,4% du produit intérieur brut est dévolu à la recherche et à l’innovation. Dans le monde, il n’y a qu’Israël et la Corée du Sud où le pourcentage est plus élevé. Chez nous, il y a certes parfois des coupes, mais elles ne concernent pas que la recherche, elles touchent de nombreux secteurs. La recherche n’est pas le parent pauvre des budgets, mais de la visibilité. Ce point est sous-estimé, mais il est capital.

Ce ne serait donc qu’un problème d’image?
Pas uniquement, mais il s’agit d’une donnée essentielle. L’Office fédéral de l’énergie consent par exemple de gros investissements dans l’innovation, mais ils ne sont pas vus. Il nous manque des stars type Google, Amazon ou Facebook, qui captent la lumière, et, à la fin, les investissements. Nos start-up ont besoin de visibilité, en plus des mannes fédérales.

Vous êtes responsable de l’image de la Suisse à l’étranger. Hors de nos frontières, nous perçoit-on uniquement comme les pays des vaches?
Non, mais faire parvenir à modifier la perception est un travail de longue haleine. À ce titre, je me réjouis que nos efforts commencent à porter leurs fruits, notamment grâce à notre campagne SwissTech. Nous l’avons lancée lors du dernier salon consacré à l’innovation technologique de Paris, VivaTech, mais elle a vraiment explosé au dernier salon de la tech Las Vegas (CES), où nous avons mis le paquet.

Quel message y avez-vous fait passer?
Je leur lançais: «Vous connaissez notre chocolat et nos banques, découvrez nos technologies (rires).» Ce message est très bien passé. Le Pavillon suisse a bien fonctionné, on a senti une grosse envie, des Américains notamment, de découvrir nos produits hi-tech. Comme celui de la start-up Wecheer: un ouvre-bouteille connecté. Des responsables d’Amazon ont tenu à le découvrir, ils ont adoré. Nos drones ont aussi fait sensation. Au final, le CES a permis à nos entreprises de signer des contrats et nous a donné une belle visibilité. En creux, il s’agit aussi de démontrer que l’Union européenne aurait beaucoup à gagner en continuant à miser sur la Suisse, un moteur de l’innovation en Europe. (24 heures)

Créé: 09.02.2019, 08h19

Succession: le nouveau président du Conseil des EPF très attendu

Souvent surnommé le conseil d’administration des Écoles polytechniques fédérales, le Conseil des EPF représente un organe hautement stratégique en ce qu’il est en relation directe avec les autorités fédérales, en particulier avec Guy Parmelin, ministre en charge du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Une situation privilégiée – par rapport aux universités cantonales qui dépendent des gouvernements cantonaux – qui lui permet de présenter ses vues, ses craintes et, surtout, ses souhaits au plus haut sommet de l’État. Or il ne s’acquitterait pas de cette tâche de la meilleure des façons, dénonce le conseiller national Fathi Derder (PLR/VD), qui vise en particulier Fritz Schiesser, président du Conseil des EPF depuis janvier 2008. «Fritz Schiesser demande le minimum en commission et il ne l’obtient pas. En face, les paysans demandent le maximum et ils l’obtiennent. Comme président du Conseil des EPF, il devrait se remettre en question», tonne l’élu vaudois, chantre de l’innovation et ardent défenseur de la place technologique suisse.

Loin des micros, ils sont plusieurs à penser comme Fathi Derder. Et tous se mettent à rêver d’un responsable plus combatif. Loin d’un vœu pieux, la présidence de l’ancien conseiller aux États arrivant à son terme. Fritz Schiesser prendra sa retraite en avril. Son poste de président est donc mis au concours. «Il faudra rouvrir le chantier sur la manière de faire du lobby avec le renouvellement du Conseil des EPF. Je me suis souvent demandé à quoi servait ce Conseil. La succession Schiesser est pour moi un enjeu majeur. Le bilan qu’il laisse n’est à mon sens pas loin d’être catastrophique», enchaîne Fathi Derder.

Pour succéder à Fritz Schiesser, d’aucuns rêvent de Patrick Aebischer et louent son charisme et ses talents de porteur de projets. «Lui saurait convaincre», lancent ses partisans. Interrogé, le principal intéressé décline. «Je ne suis pas candidat, indique d’emblée l’ancien président de l’EPFL. J’ai désormais un autre travail, je suis un investisseur et il faut quelqu’un de jeune à la tête du Conseil des EPF.» Et Patrick Aebischer de brosser le portrait du candidat idéal: «Fritz Schiesser est un administrateur un peu en retrait. Il faut quelqu’un qui aime et qui sache s’exprimer publiquement. Une personne au bénéfice d’une formation scientifique, qui ait aussi bien la confiance des chercheurs que des politiques.» L’appel est lancé.

Emmanuel Borloz

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