Le Nobel de chimie à un professeur lausannois

SuèdeLe professeur de l'Université de Lausanne Jacques Dubochet été récompensé avec deux autres chercheurs spécialistes des biomolécules.

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Le prix Nobel de chimie a été attribué à Jacques Dubochet, 76 ans, ancien chercheur de l'Université de Lausanne, à Joachim Frank (Etats-Unis) et Richard Henderson (Grande-Bretagne). Ils ont été récompensés pour leurs travaux en cryo-microscopie électronique.

«Le sentiment qui s'impose aujourd'hui est celui d'une très grande reconnaissance. Ils sont sympas à Stockholm.(...) Mais je ne suis pas tout seul, c'est un effort collectif. C'est un travail fait il y a 30 ans», a déclaré à Lausanne le prix Nobel Jacques Dubochet en milieu de journée dans une salle de l'Université de Lausanne (UNIL).

Cette méthode révolutionnaire d'observation des molécules «a fait entrer la biochimie dans une nouvelle ère», souligne l'Académie royale des sciences dans un communiqué. «Le prix cette année récompense une méthode rafraîchissante d'imagerie des molécules de la vie», a annoncé Göran Hansson, le secrétaire général de l'Académie royale des sciences qui décerne le prix.

Grâce à cette méthode, «les chercheurs peuvent désormais produire (...) des structures tridimensionnelles de biomolécules», a justifié le jury Nobel. Ils peuvent ainsi «visualiser des processus qu'ils n'avaient jamais vus auparavant, ce qui est décisif tant pour la compréhension fondamentale de la chimie de la vie que pour le développement de médicaments».

La cryo-microscopie électronique permet d'étudier des échantillons biologiques sans attenter à leurs propriétés, comme cela se produit avec des colorants ou les faisceaux d'électrons dégagés par les rayons X. En microscopie électronique conventionnelle, les échantillons - la plupart du temps constitués d'une grande quantité d'eau - doivent en effet être déshydratées, et donc altérées.

De façon à obtenir la meilleure image possible, il est par ailleurs fréquent d'utiliser des colorants ou des sels qui là encore perturbent l'observation.

Né à Aigle (VD)

Jusqu'aux années 1980, lorsque Jacques Dubochet et ses équipes inventent la cryo-microscopie électronique: grossièrement, il s'agit de congeler l'échantillon pour qu'il conserve son état originel. La technologie moderne permet en outre de reconstruire l'échantillon biologique (virus, bactérie, etc) en 3D.

Jacques Dubochet est né en 1942 à Aigle (VD). Après un doctorat en biophysique à Genève et Bâle, il est nommé professeur à l'UNIL en 1987, où il a exercé jusqu'en 2007. Joachim Frank est né en 1940 à Siegen, en Allemagne, et Richard Henderson en 1945 à Edimbourg.

Premier dyslexique officiel

Devant la presse accourue sur le campus, le prix Nobel a brièvement dit quelques mots sur sa carrière et ses découvertes. Il a passé en revue les autres scientifiques qui ont permis les découvertes récompensées aujourd'hui. «Ce prix scientifique c'est un problème parce qu'il se fixe sur une personne, mais c'est le travail d'une collectivité», a insisté Jacques Dubochet, 75 ans, en parlant aussi de sa famille. Concernant sa personne, il a donné quelques éléments biographiques, en particulier sur sa dyslexie détectée par un responsable scolaire.

«Et ainsi j'ai été le premier dyslexique reconnu du canton. Ce qui m'a valu de faire tout le collège en étant de plus en plus mauvais, devenant de plus en plus misérable dans tous les domaines et en utilisant ça comme un terrible oreiller de paresse», a raconté Jacques Dubochet, ajoutant: «Ca c'était mon CV». Pour 1968, le prix Nobel de chimie 2017 a inscrit sur son CV «Très important». Interrogé par l'ats à ce sujet, il a donné des explications.

«Nous étions en train de faire la révolution avec cette jeune dame (présente dans l'auditoire) qui est devenue ensuite municipale à Bussigny (VD) et qui était horriblement gauchiste et moi qui étais écologiste à l'époque». «Il faut dire que dans ma jeunesse, j'étais un peu asocial. J'avais beaucoup de peine avec le monde. Il m'a fallu longtemps..., chaque dix ans je trouve que ça va mieux. Maintenant ça va pas mal», a expliqué Jacques Dubochet.

Il s'agit du troisième prix décerné cette année après le Nobel de médecine, qui est allé lundi aux Américains Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young, spécialistes de l'horloge biologique. Le Nobel de physique, lui, a été attribué mardi aux Américains Rainer Weiss, Barry C. Barish et Kip S. Thorne pour leur travail sur les ondes gravitationnelles.

La saison des Nobel se poursuivra jeudi par l'annonce du prix Nobel de littérature avant le Nobel de la paix, vendredi. Le prix de chimie 2017, doté de 9 millions de couronnes suédoises (plus d'un million de francs), sera partagé entre les trois lauréats.

«Fière de la Suisse»

«Nous sommes tous très fiers, personnellement je suis incroyablement heureuse, c'est un jour de fête, c'est un jour magnifique», a souligné de son côté la rectrice de l'Université de Lausanne Nouria Hernandez. «C'est extraordinaire, c'est bien mérité pour Jacques Dubochet et nous allons préparer maintenant le prochain (Prix Nobel)», a-t-elle ajouté avec un immense sourire.

Le prix Nobel a été félicité à de nombreuses reprises. La présidente de la Confédération Doris Leuthard s'est réjouie de l'attribution du prix Nobel de chimie au chercheur suisse. Cette distinction la rend fière de la Suisse, a-t-elle écrit sur Twitter.

«Je félicite Jacques Dubochet pour son prix Nobel de chimie. Cette distinction est l'expression de votre remarquable travail de recherche et me rend fière de la Suisse», a tweeté la ministre. Ce prix montre que «nous sommes, à juste titre, champion du monde de l'innovation», a déclaré à l'ats la présidente. Pour elle, cette distinction est également un signe que la Suisse a été bien inspirée d'investir continuellement dans la recherche fondamentale. Cette dernière est importante pour la capacité d'innovation et pour la place économique suisse.

«Nous ne devons pas nous laisser distancer», a-t-elle toutefois prévenu. Des efforts sont nécessaires en particulier dans le passage de la recherche fondamentale à la recherche appliquée. Pour les entreprises, les risques d'investissement sont élevés, car des résultats concrets ne sont pas encore visibles. La valeur de la recherche ne se mesure pas toujours tout de suite en termes financiers, a-t-elle conclu.

Bal des félicitations Le conseiller fédéral en charge de la recherche Johann Schneider-Ammann a aussi présenté ses félicitations à l'ancien chercheur de l'Université de Lausanne via le réseau social, de même que le conseiller national socialiste vaudois Roger Nordmann, qui n'a pas manqué de souligner l'affiliation du vainqueur au PS. Le Conseil d'Etat vaudois, l'Université de Genève et l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont également pris part au bal des félicitations.

Economiesuisse a également félicité le lauréat du prix Nobel de chimie sur Twitter. La faîtière en a profité pour rappeler l'importance de la recherche pour l'économie. L'association économique a souligné que la Suisse devrait mettre suffisamment de moyens à disposition de la recherche. Elle a aussi mentionné qu'en 2015, le secteur privé a investi 15,7 milliards de francs dans la recherche en Suisse.

Les félicitations de l'EPFL

(ats/nxp)

Créé: 04.10.2017, 11h54

28 Suisses récompensés

La liste des Suisses lauréats du prix Nobel s'allonge: le professeur vaudois Jacques Dubochet est le 28e Suisse récompensé par cette distinction. Au total, huit helvètes ont reçu un prix Nobel de chimie jusqu'ici, dont Kurt Wüthrich en 2002. Ancien professeur à l'EPFZ, il a été récompensé pour ses travaux sur les protéines, qui ont d'importantes applications en recherche médicale. Il s'agit du dernier lauréat suisse d'un prix Nobel avant Jacques Dubochet.

Neuf Suisses ont décroché le Prix Nobel de médecine, six autres ont été récompensés par le Prix Nobel de physique, dont Albert Einstein (1921), d'origine allemande mais ayant acquis la nationalité suisse avant de devenir citoyen américain en 1940).

Le Prix Nobel de littérature figure aussi au palmarès de la Suisse, grâce à Carl Spitteler (1919) et Hermann Hesse (1946). Le Nobel de la paix est allé en 1901 à Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge. L'année suivante (1902), c'est Elie Ducommun et Charles-Albert Gobat, secrétaires honoraires du Bureau international permanent de la Paix, qui l'obtenaient.

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