La nomination de Montebourg inquiète nos élus à Berne

Gouvernement Valls Les parlementaires suisses n'ont pas tardé à réagir après l'annonce de la composition du gouvernement de Manuel Valls en France. La nomination d'Arnaud Montebourg à l'Economie fait grincer les dents.

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Le nouveau gouvernement français annoncé mercredi 2 avril par Manuel Valls, fait grincer les dents des politiciens à Berne. En cause, la nomination notamment d'Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie et celle de Michel Sapin à celui des Finances. Les deux hommes, surtout le premier, n'ont jamais caché leur peu de sympathie envers notre pays. Le choix du premier ministre va-t-il avoir des conséquences sur les relations entre la France et la Suisse? La réaction de quelques parlementaires.

Christophe Darbellay, président du PDC

« Il y a des orages d’été qui sont moins violents!» C’est la phrase spontanée qu’a lancée Christophe Darbellay à l’annonce de la nomination d’Arnaud Montebourg au ministère de l’Economie. Un homme qu’il qualifie de personnalité «insupportable et à la didactique guerrière». «Et dire que ce sera l’un de nos principaux interlocuteurs… Je souhaite bonne chance au Conseil fédéral», ajoute-t-il en rappelant les propos «pas piqués des vers» et anti-Suisse que le ministre a tenu ces derniers mois. Mis à part cette nomination, le président du PDC estime que le resserrement du gouvernement est un bon point pour Manuel Valls, de même que le choix de quelques poids lourds de la gauche par rapport au gouvernement de «nobody» de son prédécesseur. « Cela dit, on aurait pu s’attendre à ce que ce gouvernement soit moins marqué à gauche, compte tenu de la position de Valls, estime-t-il.

Isabelle Moret, vice-présidente du PLR

Le choix d’Arnaud Montebourg suscite beaucoup d’inquiétude pour les relations France-Suisse chez la Vaudoise. «Avec son prédécesseur Pierre Moscovici, nous avions un voisin jurassien, fin connaisseur de notre pays, qui était venu à Berne dans un esprit d’ouverture», souligne-t-elle. «Maintenant, nous allons devoir travailler avec quelqu’un qui a une méconnaissance crasse de la Suisse». Elle rappelle qu’il avait prétendu récemment qu’il n’y avait que 3% d’étrangers en Suisse, alors qu’il y en 23%, soit bien plus qu’en France. Isabelle Moret estime aussi qu’Arnaud Montebourg a utilisé la Suisse pour se profiler et en basant sa carrière sur le combat contre notre pays. «Il faudra redoubler le dialogue avec lui pour qu’il comprenne enfin ce qu’est notre pays».

Carlo Sommaruga, conseiller national (PS/GE)

Le Genevois n’est pas franchement ravi du choix Arnaud Montebourg, qu’il juge «tout sauf un socialiste». «Il a en outre réussi à entrer au gouvernement par opportunisme», estime-t-il. Carlo Sommaruga juge aussi que l’homme souffre, comme bien des politiciens français, de la «maladie de ceux qui sont restés trop longtemps loin des classes populaires au profit de Paris», caractérisée par une «arrogance intellectuelle et la prétention de tout savoir». Néanmoins, il estime que sa nomination ne va rien changer de nos relations avec la France, car celle-ci a d’autres chats à fouetter. «Montebourg ne va pas les simplifier, mais il ne va pas les aggraver non plus».

Manuel Tornare, conseiller national (PS/GE)

«Je ne suis pas un fanatique de Montebourg», précise-t-il d’emblée en rappelant que son bilan à la tête du ministère du Redressement productif n’a rien de glorieux. Pour lui, sa nomination n’est clairement pas bonne pour la Suisse, vu ses positions très négatives sur notre pays, mais il relativise: «je crois que Manuel Valls, qui connaît bien et apprécie la Suisse par sa mère tessinoise, aura suffisamment d’autorité pour tenir son gouvernement et écarter au besoin ceux qui pourraient déraper comme Montebourg». Il se montre davantage inquiet de la scission du ministère de l’Economie et des Finances, puisque c’est Michel Sapin qui reprend les finances. «Cela promet des luttes de pouvoir à Bercy». En outre, selon lui, Michel Sapin n’est de loin pas un pro-Suisse. «Je souhaite beaucoup de chance à Eveline Widmer-Schlumpf pour négocier avec Montebourg et Sapin… » Enfin, il estime que le retour de Ségolène Royal au gouvernement avec le ministère de l’Ecologie est un bon plan. « Elle va vouloir montrer qu’une socialiste peut faire mieux en la matière que les écologistes jusqu’ici, ce qui ne sera pas difficile.»

Yves Nidegger, conseiller national (UDC/GE)

L’arrivée de Montebourg à l’Economie le laisse plutôt indifférent. «C’est un homme sectaire, pas très intelligent, qui a tout fait jusqu’ici pour faire parler de lui dans les médias», estime-t-il. Yves Nidegger se méfie davantage de Michel Sapin aux Finances. Pierre Moscovici, malgré ses sympathies de Jurassien envers la Suisse, n’a jamais caché que son but était de faire rentrer de l’argent dans les caisses françaises, rappelle-t-il en évoquant le dossier fiscal entre la Suisse et la France. «Je pense que Michel Sapin fera pareil». Mais il conclut: «Il faudra renégocier avec Paris. Et je ne vois pas en quoi la part de génome des uns et des autres sera déterminante dans l’équation.»

Jean-François Rime, conseiller national (UDC/FR)

Pour Jean-François Rime, «ce n’est pas ce nouveau gouvernement qui m’empêchera de dormir. Tant que ce sont des gens de gauche, ils feront une politique de gauche et le je leur souhaite bien du courage». Il rappelle aussi que la France n’a jamais fait de cadeau à la Suisse et ne s’est jamais montrée très amicale envers notre pays ces dernières années. «Cela ne va pas changer». Le Fribourgeois souligne néanmoins la piètre opinion d’Arnaud Montebourg envers la Suisse. «Mais comme il est nommé à l’Economie, je ne vois pas en quoi il peut nous nuire». Il conclut toutefois: «J’espère qu’il aura suffisamment de problèmes à régler chez lui pour qu’il nous fiche la paix!»

Christian Lüscher, vice-président du PLR

Le Genevois n'a pas pu donner son avis sur la composition du nouveau gouvernement car il est actuellement en déplacement professionnel à l'étranger. Mais il avait publié mardi 1er avril un commentaire sur Facebook qui en disait long sur son opinion d'Arnaud Montebourg. On imagine donc aisément ses propos aujourd'hui...

En images - Le nouveau gouvernement français

(nxp)

Créé: 02.04.2014, 16h09

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