Le Romand à la tête des CFF fait déjà l’unanimité

TransportsVincent Ducrot dirigera l’ex-régie fédérale. Le Fribourgeois de 57 ans est décrit comme un homme brillant.

L’actuel patron des transports publics fribourgeois prendra ses fonctions en avril 2020.

L’actuel patron des transports publics fribourgeois prendra ses fonctions en avril 2020. Image: Keystone

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Vincent Ducrot est non seulement le premier Romand à prendre la tête des CFF depuis que l’ex-régie est sortie du giron de l’État, mais il fait en plus l’unanimité. Ce Fribourgeois de 57 ans, désigné mardi comme le successeur d’Andreas Meyer, est décrit par tous comme un visionnaire, un homme brillant. «Il s’agit d’une excellente nouvelle pour la Suisse romande», se réjouit le conseiller aux États Olivier Français (PLR/VD). «Il connaît par cœur tant le fonctionnement que les infrastructures, appuie le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD). C’est le meilleur choix possible.» L’actuel directeur des Transports publics fribourgeois (TPF) prendra ses fonctions en avril 2020.

Pour gérer le deuxième plus grand réseau ferroviaire du monde (après le Japon), ce bilingue, veuf et père de six enfants, pourra compter sur une solide expérience. Vincent Ducrot connaît déjà la maison. Il a débuté sa carrière aux CFF, en 1993. Dès la fin des années 90 et jusqu’en 2009, il dirige le secteur grandes lignes de la régie. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de «la commande du siècle», 59 trains à deux étages achetés à l’entreprise Bombardier (voir la photo ci-dessous).

La plus grande commande de matériel roulant des CFF est devenue par la suite synonyme de cauchemar pour l’ex-régie fédérale, entre surcoûts de plusieurs dizaines de millions, retard de livraison et conception inadaptée… Une tache sur le CV? «C’est effectivement une erreur de sa part, confirme Olivier Français. Mais elle est également imputable à Andreas Meyer et au conseil d’administration des CFF.» La présidente du conseil d’administration, Monika Ribar, ne lui en tient pas rigueur. «Vincent Ducrot a travaillé dix-huit ans aux CFF. Il en est parti après avoir signé le contrat pour les trains de Bombardier. Il est en quelque sorte rattrapé par le passé, reconnaît-elle. Mais je suis persuadée qu’il va très bien s’en sortir.»

Directeur et non manager

Ses huit années à la tête des TPF sont quant à elles couronnées de succès. Depuis son entrée en fonction en 2011, l’entreprise a subi un lifting complet: numérisation de la billetterie, réseau et infrastructures modernisés, gares entièrement repensées… Le Fribourgeois est infatigable. «Vincent Ducrot est un type d’action. Les dossiers ne traînent jamais sur la table», souligne Georges Godel, président du conseil d’administration des TPF et conseiller d’État en charge des finances. Si les TPF regrettent de voir partir leur dynamique patron, ils ne sont pas peu fiers de la nomination du Fribourgeois. «Il est extrêmement agréable de travailler avec lui, poursuit Georges Godel. Vincent Ducrot trouve toujours une solution. Il ne parle pas, il fait. Et cela, sans jamais se mettre en avant. Il dit toujours que c’est un travail d’équipe.»

Vincent Ducrot serait donc un gars sobre, «pas bling-bling pour un sou, décrit Roger Nordmann. C’est quelqu’un qui sera à l’écoute des préoccupations du personnel.» L’un des gros défis du nouveau boss sera d’apaiser les relations avec le personnel, devenues de plus en plus tendues sous l’ère Andreas Meyer. «Monsieur Ducrot est un profil qui va, je l’espère, amener un peu de calme, commente Giorgio Tuti, président du Syndicat du personnel des transports (SEV). C’est vraiment ce dont le personnel a besoin.»

Selon le syndicat, les cheminots ont particulièrement souffert des «réorganisations à tout va, sans attendre les résultats avant d’en lancer une nouvelle». «Le personnel attend qu’on travaille avec lui, et non pas contre lui», poursuit Giorgio Tuti. Pour avoir déjà collaboré avec Vincent Ducrot, tant lors de ses précédentes fonctions aux CFF qu’au TPF, le SEV se dit confiant. «Notre expérience avec lui est plutôt positive, souligne Giorgio Tuti. Il apprécie le travail des syndicats, et nous aimons sa clarté et sa souplesse. Si notre point de vue est convaincant, il est capable de revoir sa position.» Et de conclure: «Après Andreas Meyer, on en a assez des managers. Il faut maintenant un directeur, et nous espérons que cela sera son style.»

Règne à court terme

Quelqu’un de modeste, à l’écoute, proche des gens. Personne ne le dit de cette manière, mais Vincent Ducrot semble être tout ce qu’Andreas Meyer n’était pas. Sous la Coupole également, on se réjouit d’une personnalité que l’on pressent plus attentive aux revendications politiques que ne l’était son prédécesseur. «Andreas Meyer faisait parfois preuve d’une certaine désinvolture à notre égard, reconnaît Olivier Français. Mais je pense que le fait d’avoir un technicien, qui de plus a déjà démontré sa bonne collaboration avec l’Office fédéral des transports, va permettre une bonne collaboration et apaiser certaines tensions.»

Toutes ces louanges, pommade bienvenue avant une prise de poste qui s’annonce difficile, ne masquent pas les enjeux. «J’ai l’habitude de la pression et elle ne me fait pas peur, assure Vincent Ducrot. Et ce n’est pas parce qu’il y a un nouveau CEO que tous les problèmes vont être résolus.»

L’ère Ducrot ne durera toutefois pas longtemps. À 57ans, le Fribourgeois compte diriger pendant cinq ans, maximum sept, bien qu’«avec un engagement total», assure l’intéressé. Monika Ribar admet que la question de l’âge a été longuement débattue. Mais en cette période de transition, le conseil d’administration tient à stabiliser la barque en misant avant tout sur l’expérience.

Avec Vincent Ducrot, le conseil d’administration a aussi choisi quelqu’un qui sera capable d’assurer la suite. «Je m’attacherai avec plaisir à former la relève dirigeante aux CFF», promet ce dernier.

Créé: 10.12.2019, 19h45

De gros chantiers en cours

Vincent Ducrot a défini ses trois priorités dès son entrée en fonction. «Il faut assurer la sécurité, la qualité et la ponctualité.» Pour cette dernière, le bilan n’est pas très bon. Si sur l’ensemble du réseau 91,2% des clients sont arrivés à destination à l'heure en 2019, le bilan se gâte sur les grandes lignes. Sur le trajet Berne-Zurich, par exemple, seuls 71% des clients sont arrivés à destination à l’horaire prévu.

Selon Monika Ribar, «les CFF font face à un développement énorme et le système est à sa limite». Pour désengorger le trafic, le Conseil fédéral a décidé en novembre de débloquer une enveloppe de 12,89 milliards destinés au développement de plus de 200 projets liés au rail. Des cadences au quart d’heure sont prévues dans toutes les grandes régions urbaines.

Vincent Ducrot aura fort à faire pour améliorer la gestion du personnel. Alors que l’entreprise s’attend à des départs à la retraite massifs à venir – les CFF devront trouver un millier de conducteurs de train d’ici à 2024 –, leur remplacement aurait été mal anticipé, selon les syndicats. Par ailleurs, les cheminots auraient souvent eu l’impression de ne pas être entendus.

Enfin, les CFF, jusqu’ici en position de quasi-monopole, doivent apprendre à affronter la concurrence depuis que l’Office fédéral des transports (OFT) a ouvert le réseau grandes lignes à d’autres entreprises ferroviaires.

Il gagnera moins qu'Andreas Meyer

Pas facile de trouver la «perle rare» avec une enveloppe réduite. C’est ce qu’avait déclaré la présidente des CFF, Monika Ribar, dans une interview accordée au «Temps» en septembre dernier. Elle y annonçait que le futur directeur des CFF toucherait une somme de 1 million de francs par an au maximum. Soit environ 20% de moins que ce que perçoit l’actuel patron des CFF, Andreas Meyer. Ce montant comprendra un salaire fixe et variable pouvant aller jusqu’à 800'000 francs, caisse de pension non comprise.

Mardi, les CFF n’ont pas souhaité confirmer ces chiffres, se bornant à déclarer que le «salaire sera plus bas qu’actuellement» et qu’il «correspondra aux exigences du Conseil fédéral, qui ont été également confirmées par le parlement».

Le salaire réduit de Vincent Ducrot est le résultat d’une pression croissante sur la rémunération des dirigeants des entreprises contrôlées par la Confédération. Celui d’Andreas Meyer, en particulier, a, depuis son entrée en fonction, fait couler beaucoup d’encre.

Lorsque Simonetta Sommaruga a pris la place de Doris Leuthard à la tête du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, elle a tenté de réduire le montant de la rémunération du patron des CFF. Monika Ribar serait intervenue auprès du Conseil fédéral pour dire ses craintes que celui-ci ne fasse ses valises. Elle aurait obtenu la garantie qu’une baisse ne serait appliquée qu’après le départ d’Andreas Meyer.

Ce dernier a touché 1,2 million de francs pour son travail en 2018.

Gabriel Sassoon

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