«Nous nous sentons trahis par les politiques»

EnvironnementDes étudiants de tout le pays n’iront pas en cours vendredi pour manifester en faveur du climat. Des élèves romands nous expliquent pourquoi.

Tous trois âgés de 19 ans, Grégoire Ramel, Romaine Baud et Loris Socchi (de g. à dr.) prendront la rue ce 18 janvier pour appeler à la prise de mesures urgentes en faveur du climat.

Tous trois âgés de 19 ans, Grégoire Ramel, Romaine Baud et Loris Socchi (de g. à dr.) prendront la rue ce 18 janvier pour appeler à la prise de mesures urgentes en faveur du climat. Image: GEORGES CABRERA/JEAN-PAUL GUINNARD/PATRICK MARTIN

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Quand on lui demande comment elle imagine son avenir, Ana Ziegler, 17 ans, étudiante au lycée Blaise Cendrars, à La Chaux-de-Fonds, soupire: «C’est difficile de se projeter alors que les politiques climatiques vont à l’encontre de notre bien.» Pourquoi étudier si leur avenir et celui de la planète sont en danger? De Saint-Gall à Genève, des centaines d’étudiants brandissent cet argument, devenu un des leitmotivs du mouvement de jeunesse Klimastreik. Vendredi, ils n’iront pas en cours mais prendront la rue pour plaider «pacifiquement» pour des mesures urgentes à l’occasion de la première Grève du climat nationale.

Grégoire Ramel, 19 ans, prendra part au défilé genevois. Étudiant en horticulture au Centre de formation professionnelle de Lullier, dans le canton de Genève, il n’a pas hésité une seconde à rejoindre la mobilisation. «Ce n’est pas une simple manifestation, insiste-il, mais un mouvement mondial. Nous ne parlons pas ici seulement de sauver les ours polaires, mais aussi de la survie de l’espèce humaine.»

Un mouvement mondial

En Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique ou en Australie, des étudiants désertent les salles de classe pour clamer leur mécontentement. Tous suivent l’exemple de l’activiste Greta Thunberg, 16 ans, qui depuis plusieurs mois manifeste tous les vendredis devant le parlement suédois. En Suisse, la première Klimastreik a vu le jour outre-Sarine le 14 décembre dernier. Quelques centaines d’élèves zurichois avaient manifesté dans leur ville. Leurs rangs étaient encore plus fournis le vendredi suivant à Bâle, Berne, Saint-Gall et Zurich.

Le mouvement a eu un écho retentissant dans les salles de classe romandes. Si bien qu’en fin de semaine, dans les cantons de Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel, des élèves ont décidé de protester en même temps que les jeunes Alémaniques. Combien seront-ils? Nombreux, à en croire l’enthousiasme affiché sur les réseaux sociaux. La page Facebook du défilé lausannois compte plus de 2500 personnes intéressées. À Genève, elles sont plus de 1500.


Editorial : Une voix essentielle en faveur du climat


Le rejet de loi sur le CO2 par le Conseil national, en décembre, est sur toutes les lèvres pour illustrer la «passivité» que les étudiants reprochent au monde politique. «Nous nous sentons trahis. Les politiques sont censés défendre le bien public, mais ils nous privent de notre avenir», charge Ana Ziegler. Plutôt que de céder à la résignation, ces jeunes en formation ont décidé de devenir acteurs de leur destin.

La Grève du climat se veut horizontale: elle ne compte pas de leader. Dans chaque canton, les étudiants organisent leur propre manifestation. Sur Vaud et Genève, ce sont surtout des étudiants du secondaire II, âgés de plus de 15 ans, qui souhaitent participer. «L’organisation s’est parfois révélée chaotique, mais le mouvement s’est structuré. Nous sommes très fiers», raconte Loris Socchi, 19 ans, élève à l’École supérieure de la santé, à Lausanne.

«J’espère que notre mouvement constituera un symbole fort qui permettra de faire bouger les lignes»

Étudiante au gymnase de Nyon, Anouk Hoang, 17 ans, s’engage de la sorte pour la première fois. «Nous voulons montrer que nous sommes impliqués dans ce combat qui ne peut pas attendre. Manquer les cours est un petit sacrifice pour une cause qui touche directement notre génération, celle de nos enfants et petits-enfants», soutient-elle.

À quelques jours de la mobilisation, les futurs grévistes sont en ébullition. Outre la préparation du défilé, certains souhaitent organiser des actions informatives dans leur établissement. Des ateliers banderoles ont été mis sur pied tandis que les échanges fusent sur WhatsApp. En surchauffe, le service de messagerie joue un rôle essentiel. Chaque école compte son propre chat dédié à l’événement.

Autre préoccupation des élèves: prendre contact avec les directions scolaires et le corps enseignant pour expliquer leur démarche et plaider leur bienveillance face aux absences. Étudiante au Collège Saint-Michel, à Fribourg, Romaine Baud, 19 ans, a récolté en une heure plus de 100 signatures d’élèves pour accompagner une lettre explicative à la direction. Une manière de démontrer la «crédibilité» de la démarche. «Sensible depuis toujours» aux questions écologiques, l’étudiante se désole de voir fondre les glaciers ou disparaître des espèces. Elle redoute une crise alimentaire et une crise migratoire due au changement climatique. «J’espère que notre mouvement constituera un symbole fort qui permettra de faire bouger les lignes.»

Le mouvement de jeunesse réclame un changement de cap radical. Il plaide notamment pour que la Suisse parvienne à un bilan net d’émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine de zéro d’ici à 2030, et cela sans recours à des technologies de compensation. Il appelle aussi à la déclaration nationale d’un état d’urgence climatique.

Un combat non partisan

Point essentiel de leur combat, les grévistes scolaires mettent en avant leur indépendance par rapport à toute organisation et tout parti. «Le climat concerne tout le monde et ne devrait rien avoir avec l’appartenance partisane. Ceux qui ne se rendent pas compte de l’urgence d’agir dorment encore, comme ceux qui dormaient sur le Titanic pendant qu’il coulait», affirme l’apprenti lausannois Loris Socchi.

Pourquoi dire leur mécontentement pendant les heures de cours? Le gouvernement ne remplit pas ses fonctions, ils ne rempliront pas la leur, répondent les grévistes. Ana Ziegler ajoute: «À ceux qui pensent que c’est une excuse pour sécher les cours, le temps de préparation que nous investissons dans cette action dépasse largement celui d’une journée d’école.» (24 heures)

Créé: 14.01.2019, 06h41

Un jour comme un autre pour les directeurs d’école

Ils ne sèchent pas les cours mais se mobilisent, insistent les étudiants grévistes. Les autorités scolaires feront-elles la différence au moment de traiter les absences? La réponse devrait varier selon les cantons, les établissements et les professeurs. De ce côté de la Sarine, le Département vaudois de la formation indique ne pas avoir donné de mot d’ordre aux écoles. «Les absences seront traitées comme n’importe quel autre jour de l’année», affirme son porte-parole, Julien Schekter. «L’obligation d’aller au cours reste intacte», ajoute son côté Pierre-Antoine Preti, chargé de communication au Département de l’instruction publique de Genève. «Les éventuels grévistes prendront donc leurs responsabilités vis-à-vis des règlements scolaires, qui pourront être appliqués par les enseignants et les directions d’établissement.»

Un certain flou réside donc sur les conséquences qu’aura la mobilisation, notamment pour savoir si le motif de grève sera considéré comme une excuse valable. Au sein des établissements, les étudiants relatent des réactions divergentes. Certains directeurs et enseignants exprimeraient leur soutien, d’autres seraient peu enthousiastes.

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