Un nouvel observatoire étudie les tentatives de suicide

PréventionPlusieurs hôpitaux s’unissent pour mieux comprendre ceux qui tentent de mettre fin à leurs jours.

Le docteur Laurent Michaud est médecin associé au département de psychiatrie du CHUV et responsable du projet d’Observatoire romand des tentatives de suicide.

Le docteur Laurent Michaud est médecin associé au département de psychiatrie du CHUV et responsable du projet d’Observatoire romand des tentatives de suicide. Image: ODILE MEYLAN

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En Suisse, quelque 10'000 personnes sont prises en charge médicalement chaque année après une tentative de suicide. Qui sont-elles, que s’est-il passé dans leur vie et qu’est-ce qui pourrait les aider? L’Observatoire romand des tentatives de suicide (ORTS), créé en décembre sous l’impulsion du Groupe Romand Prévention Suicide, va tenter d’apporter des réponses. Le projet, soutenu par l’Office fédéral de la santé publique, regroupe pour l’instant le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) ainsi que le Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP), au sein des hôpitaux de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds. Les données recueillies sont celles de patients qui ont fait des tentatives de suicide au sens large: toutes les lésions auto-infligées sont intégrées. Au CHUV, on enregistre un peu plus d’un cas par jour. Age, origine, éventuelles tentatives précédentes, etc., ces informations sont enregistrées de façon anonyme. «Elles étaient déjà recueillies par les psychiatres et figuraient dans les dossiers, précise Laurent Michaud, médecin associé au département de psychiatrie du CHUV et responsable du projet. Nous avons obtenu le droit de les intégrer dans une base de données.»

Si la Suisse possède des renseignements actuels sur les suicides avérés, ce n’est pas le cas pour les tentatives. «Nous ne savons pas qui est touché, décrit Laurent Michaud. Des informations recueillies à l’étranger fournissent des indications, mais les données sont variables suivant les régions et le contexte économique, social et culturel.»

Stop Suicide, une association romande active dans la prévention du suicide des jeunes, doit ainsi travailler avec des informations recueillies en 2002. «A l’époque, des adolescents de 17 ans avaient été interrogés sur les tentatives de suicide et les pensées suicidaires, précise la coordinatrice Sophie Lochet. Aujourd’hui, ils ont 32 ans! Nous avons besoin de savoir ce qui arrive aux adolescents d’aujourd’hui.»

Questions sans réponses

Pour Sophie Lochet comme pour d’autres professionnels, de nombreuses questions restent sans réponses. Des exemples? «Chez les jeunes, les taux de suicides ont été diminués par deux depuis les années 1980, mais sont-ils aussi moins nombreux à tenter de le faire?» s’interroge la coordinatrice. On sait aussi que les adolescents font plus de tentatives de suicide que les adultes. Mais les spécialistes aimeraient en savoir plus sur ce qui les fait passer à l’acte.

Les buts du nouvel observatoire sont de suivre l’évolution des tentatives, de comprendre les processus qui y conduisent, de cibler la prévention et de mesurer l’impact des différentes campagnes… «Même si la majorité des personnes qui tentent de se suicider vont sortir de la crise dans les mois suivants, les tentatives ont des répercussions physiques et psychiques importantes, détaille Laurent Michaud. Elles ont aussi des impacts pour la société, avec notamment des coûts médicaux (ndlr: estimés à 200 millions de francs par année) ou des arrêts de travail.»

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aussi la collecte de telles informations. Et le plan national d’action pour la prévention du suicide, approuvé en novembre dernier par le Conseil fédéral (lire ci-dessous), veut encourager la recherche. Enfin, il est prévu que le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des Hôpitaux universitaires genevois (HUG) et l’Unité de crise Malatavie (créée grâce à un partenariat avec la Fondation Children Action) participent au projet. Cette unité, centrée sur les jeunes, pourrait apporter d’autres informations.

Identifier et prévenir

Pourra-t-on éviter des décès? Ceux qui se suicident et ceux qui font une tentative ne sont pas forcément les mêmes. On sait par exemple que les hommes sont plus nombreux dans la première catégorie et les femmes dans la seconde. On estime toutefois qu’environ 10% des personnes qui tentent une fois de mettre fin à leurs jours finiront par se suicider. Les données recueillies pourraient également permettre de mieux identifier les personnes à risque et de prévenir les récidives. «Nous lançons un appel aux chercheurs pour qu’ils s’emparent de ces statistiques pour en tirer les informations utiles», conclut Sophie Lochet.

(24 heures)

Créé: 06.02.2017, 07h49

Infos

Les personnes en crise ou leur entourage peuvent faire appel à La Main Tendue (143). Les lignes suivantes s’adressent aux enfants et aux jeunes: Pro Juventute (147) et Malatavie Ligne Ados (022 372 42 42)

Berne empoigne le problème

L’Observatoire romand des tentatives de suicide s’inscrit dans le cadre du plan d’action pour la prévention du suicide, approuvé par le Conseil fédéral en novembre 2016.

En Suisse, près d’un millier de personnes se suicident chaque année (hors suicides assistés). Ce chiffre a nettement diminué ces vingt dernières années, même si une stagnation est observée depuis 2010. Il reste malheureusement quatre fois plus élevé que le nombre de décès dus aux accidents de la route. Ce plan national vise à réduire les décès d’un quart d’ici 2030. Dix objectifs ont été identifiés, comme sensibiliser la population, proposer une aide facilement accessible, intervenir précocement, réduire l’accès aux moyens létaux, soutenir les personnes qui ont perdu un proche ou encourager la recherche.

De nombreuses autres actions sont menées. Les CFF ont ainsi lancé en septembre une campagne pour inciter les personnes concernées à faire appel aux aides proposées, en passant notamment par le site Internet www.parler-peut-sauver.ch. Autre exemple, la formation de deux jours
Faire face au risque suicidaire
, initialement donnée dans le canton de Vaud, a été élargie au Valais et à Neuchâtel.

Elle est destinée à des professionnels de la santé, du social, de l’enseignement et de la sécurité. Et a comme buts que les intervenants puissent mieux aborder la problématique suicidaire et comprendre les enjeux de la rencontre avec la personne en crise. Les principaux conseils? «Il faut oser en parler et ne pas rester seul», répond Yves Dorogi, infirmier cadre au service de psychiatrie de liaison du CHUV et coordinateur de la formation.

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