Berne lutte contre la clope avec des messages positifs

PréventionLes nouveaux spots antitabac font appel à la confiance en soi. Trop gentils et un peu inutiles, selon certains milieux de la prévention.

Affiches, annonces et spots publicitaires vont déferler sur la Suisse.

Affiches, annonces et spots publicitaires vont déferler sur la Suisse. Image: OFSP

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«Je suis plus forte»… «Je suis plus fort»… La nouvelle campagne antitabac de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) dévoilée hier à Berne se veut 100% positive. «Les spots publicitaires et les affiches font appel à la fierté et à l’intelligence des individus. Cela rend l’arrêt de la cigarette plus gratifiant», explique Joëlle Pitteloud, cheffe de la section tabac de l’OFSP.

Cette nouvelle offensive contre l’herbe à Nicot durera trois ans et intègre dès aujourd’hui des spots publicitaires humoristiques. Une vidéo montre des employés de bureau fêtant une collègue avec un gâteau d’anniversaire affichant 43 ans. L’intéressée échange les chiffres pour montrer qu’elle a 34 ans. Message évident: la fumée cause un vieillissement précoce.

Cette croisade préventive coûtera quelque 9 millions de francs. Une paille, à entendre Pascal Strupler, directeur de l’OFSP: «Il faut mettre ce chiffre en relation avec les 5 milliards de francs de coûts que génère chaque année le tabac en Suisse, dont 1,2 milliard uniquement pour les frais médicaux», observe le haut fonctionnaire. Cette satanée clope reste un problème de santé majeure, rappelle-t-il, causant plus de 9000 morts par an. Et de souligner au passage que les campagnes nationales, menées depuis 2001, ont contribué à la bonne cause: la part des fumeurs actifs a baissé de 33% à 25% de la population dans notre pays.

Pour la première fois, les cantons et plusieurs associations participent à la campagne. Ce dont se félicite Myriam Pasche, responsable du Centre de prévention du tabagisme (CIPRET) vaudois: «Nous avons été consultés et associés, ce qui permet enfin d’unir les efforts de prévention.»

La peur, rien que la peur
Cette campagne fait cependant tousser d’autres professionnels de la prévention. «Les messages sont gentillets», déplore Jean-François Etter, professeur de santé publique à l’Université de Genève et responsable du site Stop-tabac.ch Au final, il craint qu’ils ne passent inaperçus. Jean-François Etter peut se targuer d’être l’auteur des spots télévisés les plus chocs jamais diffusés à ce jour: en 2013, des malades témoignaient sur la RTS.

Un ancien fumeur ayant subi une trachéotomie montrait son trou dans la gorge. «Il s’agissait d’effrayer les fumeurs, reconnaît Jean-François Etter. C’est la meilleure solution: tous les gens qui arrêtent de fumer le font pour des raisons de santé. Je rappelle que la fumée tue la moitié de ses consommateurs et que les fumeurs sous-estiment les risques en permanence.» Le Genevois regrette que l’OFSP ait refusé de financer une diffusion nationale de ces films chocs.

Myriam Pasche en convient, «la nouvelle campagne est un peu légère avec une forme de naïveté voulue. Elle insiste sur la motivation individuelle plutôt que sur la peur.» L’OFSP, lui, estime que «le succès d’une campagne peut être stimulé par un cadrage positif des images et une forme d’humour appropriée».

Et les vraies mesures?
Encore plus critique vis-à-vis de cette campagne, Pascal Diethelm, président de l’association Oxyromandie, doute que «cela serve à quoi que ce soit. Pour lutter efficacement, il faudrait de vraies mesures de prévention et pas des spots publicitaires.» Il cite une augmentation massive des prix, une interdiction radicale de la publicité, des mesures de lutte contre la vente aux mineurs et des paquets neutres. Le Conseil fédéral devrait présenter cette année son projet de loi sur le tabac, qui pourrait prévoir une interdiction de publicité. «Je n’y crois pas, explique Pascal Diethelm. En Suisse, on applique encore la doctrine Flavio Cotti, qui écrivait en 1989 que «la prévention ne doit jamais discriminer les milieux industriels.» .

Vidéos humoristiques

L'OFSP mise sur ses deux spots télévisés, au centre de sa campagne, «car ils touchent un public plus large». Le premier met l'accent sur la perte d'endurance causée par la cigarette.

La vidéo montre un groupe de cyclistes passant devant la caméra , en train d'escalader une route pentue. Quelques secondes plus tard arrive à la traîne et avec peine le cycliste fumeur.

Le deuxième spot ( voir ci-dessous) met en lumière le vieillissement prématuré lié au tabac. Un gâteau d'anniversaire est apporté à la personne fêtée, sauf que les chiffes de la bougie d'anniversaire ont été inversés, indiquant 43 ans au lieu de 34.

L'OFSP comptera aussi sur le lancement d'un site Internet (www.smokefree.ch) et sur ses affiches. A découvrir ici>>>>>

Créé: 16.02.2015, 18h28

Deux études dans le collimateur

Oxyromandie, association contre le tabagisme passif, dénonce deux études
de l’Université de Zurich financées par Philip Morris.

Elles contiennent «des éléments qui créent une forte suspicion de fraude scientifique», dénonçait samedi Pascal Diethelm, président d’Oxyromandie, dans Le Courrier. Les travaux des professeurs Michael Wolf (Zurich) et Ashok Kaul
(La Sarre, Allemagne) arrivent à la conclusion que les paquets neutres – soit sans marque affichée – imposés en Australie n’ont eu aucun effet sur le tabagisme dans ce pays.

L’étude se basait en partie sur des données fournies par Philip Morris. «Le cigarettier était partenaire de ces études et les chercheurs ont même signé une clause qui prévoyait qu’ils ne pouvaient pas communiquer sur ces recherches sans en avertir l’autre partie», explique Pascal Diethelm.

L’Université de Zurich affirmait samedi au Courrier qu’elle a mandaté «un expert externe afin d’analyser les critiques en détail». Pour Pascal Diethelm, ancien cadre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le mal est fait: «Ces études sont d’ores et déjà utilisées par le lobby des cigaret­tiers pour essayer d’influencer le parlement anglais, qui décidera cette année d’imposer ou non des paquets neutres.» En Suisse, le Conseil fédéral a annoncé qu’il n’entendait pas imposer ce type d’étiquetage neutre.

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