«Obsédée par le Gripen, la Suisse rate le ciel européen»

Avions de combatPour Thomas Hurter, l’espace aérien unique en construction (FABEC) et l’achat des avions de combat auraient dû permettre à la Suisse de soigner ses relations avec ses voisins. Et non avec la Suède. Interview.

Thomas Hurter a aussi des doutes sur les affaires compensatoires: «La France et l’Allemagne sont des pays qui de par leur taille et leurs entreprises ont un potentiel de transfert technologique supérieur à la Suède. Et ce sont les pays avec qui nous travaillons déjà le plus.»

Thomas Hurter a aussi des doutes sur les affaires compensatoires: «La France et l’Allemagne sont des pays qui de par leur taille et leurs entreprises ont un potentiel de transfert technologique supérieur à la Suède. Et ce sont les pays avec qui nous travaillons déjà le plus.» Image: Jean-Paul Guinnard

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Le conseiller national Thomas Hurter (UDC/SH) l’explique aujourd’hui dans 24heures et Tribune de Genève. La mise en place du ciel unique européen aurait dû être prise en compte lors de l’achat du nouvel avion de combat. En effet, la Suisse partagera un espace aérien civil (appelé FABEC – lire ci-contre) avec l’Allemagne et la France d’ici 2020. Aussi les collaborations entre les forces aériennes voisines vont se renforcer.

En résumé: dans le ciel européen, la donne sécuritaire est en train de changer et le Conseil fédéral n’en tient pas compte, s'émeut l’élu UDC. Pilote formateur à l’armée et pilote de ligne au civil, le conseiller national UDC Thomas Hurter doute ainsi que face à ces nouveaux défis le rapprochement avec la Suède soit judicieux. Ses doutes sont d’ordre technique, mais aussi économiques, politiques et diplomatiques.

Alors que le Conseil des Etats vient de faire trébucher l’achat des avions - il a accepté le principe de l’achat, mais n’a pas libéré le crédit de 3,1 milliards début mars - Thomas Hurter émet de nouvelles critiques sur la pertinence du choix du Conseil fédéral. Interview.

24 heures - Avec la mise en place de l’espace aérien FABEC, il n’est pas pertinent, selon vous, de privilégier un partenariat avec la Suède, dans le cadre de l’achat des Gripen?

Thomas Hurter - Non, cela ne l’est pas. Mais il est vrai que la Suède a l’avantage d’être neutre. La Suisse est, elle, au milieu de l’Europe et nous sommes en relation continue avec nos voisins. Fabec en est l’illustration: c’est avec la France et l’Allemagne que nous discutons la redéfinition de l’espace aérien.

Collaborer avec nos voisins en matière de sécurité aérienne est, selon vous, prioritaire?

On peut bien aller s’entraîner en Suède à 2000 kilomètres de la Suisse, comme on le fait aujourd’hui en Norvège, mais si une menace sérieuse se fait jour, c’est avec nos voisins que nous essayerons de l’écarter. C’est une évidence. Ensuite acheter un jet de combat n’est pas qu’une affaire militaire et de collaboration sécuritaire, c’est aussi une opportunité d’améliorer nos liens avec l’état vendeur. Nous entretenons avec nos voisins une relation économique intense et d’ailleurs parfois conflictuelle si on pense à nos différends fiscaux.

En fait, vous ne comprenez toujours pas le choix du Gripen suédois?

Je ne commente pas la décision mais son contenu. Le Conseil fédéral a motivé le choix du Gripen parce qu’il est le moins cher… Cela ne garantit rien du tout. Il faut regarder le contrat à deux fois. Les éléments les plus importants (prix, coûts de développement, délais de livraison, etc.) doivent être clairs. Et vérifions bien que l’argument du «moins cher» ne s’envole pas.

Le sacro-saint principe de neutralité a-t-il interdit une réflexion plus large?

Oui c’est clair, la neutralité est une frontière de plus. Finalement le choix de cet avion est un paquet qui contient le prix, les performances, les affaires de compensatoires et les relations politiques avec nos voisins. Dans ce paquet, les aspects politiques et relationnels avec nos voisins devraient être plus importants que le seul prix. Dans l’absolu, le choix de l’avion m’est égal. Ce n’est qu’une partie de l’enjeu.

Prix, relations sécuritaire et politique… Quels sont les autres enjeux que la Suisse rate lors de cette transaction?

Les affaires compensatoires, par exemple. La France et l’Allemagne sont des pays qui de par leur taille et leurs entreprises ont un potentiel d’échange économique et de transfert technologique supérieur à la Suède. Et ce sont les pays avec qui nous travaillons déjà le plus.

Créé: 20.03.2013, 06h48

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FABEC, c'est quoi?

Le ciel européen vit sa révolution! A terme, il doit être redécoupé en neuf blocs régionaux, de taille variable et délimités en fonction des besoins du trafic. Aujourd’hui le ciel européen est surveillé par 48 centres de contrôle. Chaque pays définit ainsi des routes aériennes qui tiennent compte des zones militaires, des aéroports, etc.

Conséquence? Une fragmentation des trajectoires indirectes qui coûtent cher en temps, carburant et polluant. Selon les études, le découpage actuel allonge les vols de 49 kilomètres en moyenne.

La Suisse, qui a participé dès le début à ce processus de redéfinition du «Ciel unique», est incluse dans la zone Fabec (soit Functionnal Airspace Block Europe Central). Fabec, ce n’est rien de moins que l’Allemagne, la France, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. Une superficie de 1,7 million de km2 qui représente près de 55% du trafic continental.

Selon l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), le potentiel de fabec est énorme. Certaines mesures pilotes, comme la redéfinition des routes de nuit introduites dès 2009, a déjà permis une économie de 1,5 million de kilomètres par an, ce qui correspond à 4 800 tonnes de carburant ou à 16 000 tonnes de CO2. Prévu initialement dès 2012, la mise en œuvre complète de Fabec est désormais envisagée à l’horizon 2020.

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