L’OCDE alerte la Suisse sur sa prospérité menacée

Rapport 2015Selon l’organisation internationale, domiciliée à Paris, l’économie helvétique souffre entre autres d’une faible productivité.

«La croissance de la Suisse a vraiment été excellente depuis la dernière crise, du même niveau que celle des Etats-Unis», a indiqué Catherine Mann, cheffe économiste à l’OCDE.

«La croissance de la Suisse a vraiment été excellente depuis la dernière crise, du même niveau que celle des Etats-Unis», a indiqué Catherine Mann, cheffe économiste à l’OCDE. Image: DR

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Présenté lundi à Berne, le rapport 2015 de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) sur la situation économique de la Suisse apparaît comme une véritable alerte. Les ingrédients assurant le succès à long terme d’une économie se sont érodés ces dernières années en Suisse, estiment les spécialistes de l’institution internationale domiciliée à Paris.

Economiste en cheffe de l’OCDE, Catherine Mann a évoqué un pays «encore aujourd’hui le meilleur de sa classe, mais confronté à des défis très importants dans le futur», lors de la présentation d’une étude réalisée tous les deux ans, aux côtés de la direction du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO).

Utiliser les ressources

Fait assez piquant, cette étude épingle sans le vouloir les positions et les initiatives de la droite traditionaliste suisse, elle qui vient de creuser l’écart pendant les dernières élections et devrait étoffer mercredi prochain d’un deuxième conseiller fédéral sa présence au gouvernement.

Si on en croit les conclusions de l’OCDE, dont la Suisse est membre, l’UDC devra passablement mettre de l’eau dans son vin au niveau des mesures parascolaires et du soutien des femmes au marché du travail lors de la nouvelle législature si elle souhaite que la Suisse maintienne sa place parmi les nations les plus compétitives du monde.

Alors que l’initiative «Contre l’immigration de masse» va être appliquée dans un an, les apports positifs de l’immigration ont été aussi soulignés, «une immense source de richesse aussi pour fabriquer des produits qui répondent à une demande mondiale», a indiqué l’économiste. Pas non plus épargnée, la gauche, elle, devrait avaler de grosses couleuvres, comme la privatisation complète de Swisscom, pour assurer au domaine des technologies de l’information le rôle de promoteur de croissance et d’innovation que lui assigne l’OCDE.

Quelle est la situation? Après la crise, a rappelé l’économiste en cheffe de l’OCDE, la Suisse a connu «une croissance vraiment excellente», parmi les plus dynamiques des nations industrialisées, en fait aussi rapide que celle des Etats-Unis. On remarque que même cet élément s’essouffle ( lire ci-dessous).

Cela est passé inaperçu grâce à la forte croissance helvétique, surtout tirée par la consommation intérieure (alimentée elle-même par la forte immigration), par la hausse ininterrompue des frais de la santé, et du côté des exportations, particulièrement par la bonne santé de la chimie et l’industrie pharmaceutique.

Baisse des investissements

Par contre, la baisse continuelle des investissements par les entreprises en Suisse, d’une part, et la faible productivité du travail, d’autre part, laissent supposer que la Suisse ne sera plus capable de remplir à l’avenir son cahier des charges et les promesses faites à ses citoyens, a poursuivi Catherine Mann. Assise à ses côtés, la cheffe du SECO, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, semblait de plus en plus mal à l’aise sur sa chaise en écoutant ce bilan peu reluisant.

Pour redonner tous leurs piments à ces ingrédients, il faut privatiser une des dernières entreprises d’Etat comme Swisscom, qui ne fonctionne pas de façon optimale à cause de sa trop grande taille, a encore asséné Catherine Mann. Il faut rendre l’agriculture plus productive et employer une partie des paysans peu productifs à d’autres tâches. Les femmes, qui sont nombreuses à travailler en Suisse (et qui sont mieux formées que les hommes), doivent augmenter leur taux d’occupation (bas en comparaison des membres de l’OCDE). Pour cela, il faut améliorer l’offre des jardins d’enfants et des structures d’accueil. La scolarisation des enfants doit aussi commencer plus tôt, afin d’améliorer l’apprentissage.

Créé: 02.12.2015, 07h58

Les administrations sauvent un brin de croissance

Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut helvétique a progressé de 0,8% sur un an

L’économie suisse vient certes d’éviter la récession. Elle s’est cependant révélée engourdie au troisième trimestre. Son produit intérieur brut (PIB) réel a stagné par rapport au trimestre précédent. La consommation domestique et les dépenses de l’Etat ont compensé une fois de plus la faible impulsion de la balance commerciale.

Sur un an, le PIB affiche une augmentation de 0,8%, indique le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). Si la balance commerciale des biens a apporté une contribution positive à la croissance, celle des services a été négative. Sur le front des dépenses, la consommation des administrations publiques a bondi de 1,8% par rapport aux trois mois précédents. C’est de loin la plus forte hausse pour la période. En comparaison annuelle, les débours de l’Etat ont même gonflé de 3,9%.

La demande intérieure continue de croître, notamment du fait d’une augmentation constante de la population. «Non seulement les activités proches de l’Etat continuent de croître, mais les exportations de produits pharmaceutiques et d’autres services privés (activités de conseil aux entreprises ou assurances) empêchent aussi un recul plus accentué de l’activité économique générale», précise Bruno Parnisari, directeur au SECO.

Laurent Bakhtiari, analyste de marché chez IG Bank SA, n’est en rien surpris par la stagnation de l’économie helvétique: «La Suisse continue de lutter en s’efforçant de s’adapter à un nouveau contexte monétaire, tout en espérant l’apparition d’une dépréciation du franc. En ce sens, les taux d’intérêt négatifs de la Banque nationale suisse (ndlr: perçus sur les comptes de virement que des banques détiennent dans ses coffres) ont certes amélioré la situation, mais sans vraiment l’atténuer.»

Philippe Rodrik

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