Selon l'ONU, il manque des milliers de policiers en Suisse

SécuritéLa densité d'agents par canton varie du simple au double. Et la solidarité entre régions ne permet pas de pallier la pénurie globale.

«La collaboration entre cantons, c’est l’histoire à succès de la Suisse. Mais cette collaboration ne peut fonctionner que si les effectifs sont suffisants et si les conditions d’engagement sont les mêmes pour tous les collègues.» (Image d'illustration)

«La collaboration entre cantons, c’est l’histoire à succès de la Suisse. Mais cette collaboration ne peut fonctionner que si les effectifs sont suffisants et si les conditions d’engagement sont les mêmes pour tous les collègues.» (Image d'illustration) Image: Keystone

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Dans le canton de Bâle-Ville, on compte 35 policiers pour 10 000 habitants. Un record en Suisse. À l’autre bout du classement, en Thurgovie, la part d’agents chute à 14. Avec respectivement des taux de 29 et 24, Genève et Vaud se trouvent au-dessus de la moyenne suisse, qui se situe à 22. D’où viennent ces écarts? Pour la Conférence des commandants des polices cantonales, qui nous a fourni ces statistiques qui concernent 2019, ces variations s’expliquent par les différentes particularités cantonales: criminalité transfrontalière, présence d’un aéroport, importantes infrastructures routières, etc. (lire l’encadré).

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Des chiffres qui restent toutefois très en deçà de certains standards internationaux. L’ONU estime ainsi à 30 pour 10 000 habitants le nombre de policiers nécessaires dans un régime démocratique. Selon ce barème, il faudrait 24 000 agents en Suisse, alors que l’on en dénombre quelque 18 000, un chiffre stable ces dernières années. Pour remédier à ce manque d’effectifs, les cantons fonctionnent sur la forme d’un concordat qui permet de demander des renforts à ses voisins lors de grands événements. «Le système doit être étendu au travail quotidien, plaide le conseiller national Laurent Wehrli (PLR/VD), également syndic de Montreux. On pourrait imaginer qu’une région touchée par une vague de cambriolages puisse demander un coup de pouce à la police voisine. Mais pour cela, il faudrait aussi changer les lois, afin qu’un policier vaudois puisse enquêter ou arrêter un criminel en Valais sans que la procédure capote pour vice de forme. Je suis un fervent défenseur du fédéralisme, mais lorsque les frontières cantonales profitent aux criminels et stoppent les policiers, cela ne va pas.»

Heures supplémentaires

«La collaboration entre cantons, c’est l’histoire à succès de la Suisse, reconnaît Max Hofmann, secrétaire général de la Fédération suisse des fonctionnaires de police. Mais cette collaboration ne peut fonctionner que si les effectifs sont suffisants et si les conditions d’engagement sont les mêmes pour tous les collègues. Quand vous êtes déjà sous l’eau avec des agents qui enchaînent les heures supplémentaires, ce n’est pas évident de venir en renfort pour aider un autre Canton.» Selon les chiffres régulièrement avancés par le syndicat, il manquerait 3000 à 4000 policiers en Suisse.

Cette réalité, Roger Golay – conseiller national (MCG/GE) et ancien policier – la connaît très bien. «Le concordat entre cantons n’a jamais vraiment bien fonctionné. Le problème est que ce sont presque toujours les mêmes qui sont demandeurs. Et Genève est directement concerné avec ses représentations diplomatiques, ses grands événements et les différentes manifestations liées à son statut de ville internationale. En face, les autres Cantons rechignent, car envoyer des policiers signifie obligatoirement réduire la sécurité sur son propre territoire. Il n’y a que Zurich qui n’a pas de problème. Avec 4000 policiers, le canton a une marge de manœuvre suffisante.»

Berne engage

Augmenter le nombre de policiers, Pierre-Alain Fridez (PS/JU) est pour. Le conseiller national jurassien est l’auteur d’un rapport sur la sécurité qui sert de base de réflexion au Parti socialiste. «Idéalement, il faudrait réduire le budget militaire et octroyer plus d’argent pour la sécurité intérieure.» Il pense notamment aux gardes-frontières, à la police des transports et à tous ces autres fonctionnaires qui dépendent de la Confédération. «Nous sommes également pour dégager 500 millions de plus dans le cadre de la péréquation financière en faveur de la sécurité intérieure, ce qui permettrait aux cantons d’augmenter leurs effectifs. Le problème dans ce genre de dossier, c’est que les partis de droite se disent toujours en faveur de davantage de sécurité, mais dès qu’il faut agir concrètement, ils refusent de voter les crédits nécessaires.»

Enfin, pas toujours. Lundi dernier, le Canton de Berne – dont le gouvernement a une majorité de droite – annonçait que les effectifs de sa police cantonale allaient être augmentés de 360 postes au cours des dix prochaines années. Avec 19 policiers pour 10 000 habitants, la densité policière dans le canton de Berne est en effet plus basse que la moyenne suisse. L’objectif est donc de se rapprocher des cantons comparables que sont Vaud ou Zurich. Reste que cette hausse ne permettrait pas encore d’atteindre le minimum recommandé par l’ONU.

Créé: 25.03.2019, 06h39

Pourquoi tant de variations par canton?

Analyse

Au début de 2019, la Suisse comptait 18'801,6 policiers (en équivalent plein-temps), soit 100 de plus qu’en 2018, et 300 de plus qu’en 2017. Sont compris dans ces chiffres: les effectifs cantonaux et communaux. Avec 4000 agents, Zurich est le canton qui compte le plus d’agents, à l’autre bout de l’échelle se trouve Appenzell Rhodes-Intérieures et ses 23 policiers.

Si l’on analyse la densité, c’est Bâle-Ville qui compte le plus d’agents par habitant. De façon générale, les cantons urbains se trouvent plutôt dans le haut du classement (ZH, GE, VD), alors que les ruraux ont des densités moindres (TG, AI, NW). Mais d’autres critères interviennent, comme la criminalité transfrontalière (JU, TI, NE), la présence de stades, d’aéroports ou de représentations diplomatiques. La situation d’Uri en haut du classement s’explique par exemple par la présence sur son territoire du tunnel autoroutier du Gothard. Sans oublier le facteur financier, soit l’argent que chaque collectivité veut investir dans la sécurité.

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