«Si l’ONU n’existait pas, il nous faudrait l’inventer»

70e anniversaire des Nations UniesA la tête de l’ONU à Genève, Michael Moller déplore les blocages mais souligne les succès de la diplomatie multilatérale.

Michael Moller, secrétaire général de l’Office européen
des Nations Unies: «Je veux faire comprendre aux gens que l’ONU, c’est aussi leur affaire.»

Michael Moller, secrétaire général de l’Office européen des Nations Unies: «Je veux faire comprendre aux gens que l’ONU, c’est aussi leur affaire.» Image: LUCIEN FORTUNATI

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L’ONU à Genève, c’est lui. Le Danois Michael Moller, 63 ans, dirige une grosse maison qui chapeaute plusieurs agences et fait travailler plusieurs milliers de fonctionnaires. L’homme se singularise par une liberté de parole et un engagement en faveur d’une réforme profonde de l’institution politique et administrative qu’il dirige à Genève. A son initiative, l’ONU ouvrira ses portes au public samedi 24 octobre.

L'ambition de Michael Moller: que les Genevois se réapproprient les lieux. Mais pas seulement. Pour lui, la gestion des affaires du monde est l’affaire de tous.

– N’est-ce pas difficile de fêter les 70 ans de l’ONU à un moment où ses échecs sont plus visibles que ses succès?
– Vous faites sans doute allusion à la situation en Syrie. Le monde pense que l’ONU ne fait rien, mais c’est faux. Depuis le début du conflit, il y a toute une flopée d’agences qui sont à pied d’œuvre pour aider les Syriens. Le Programme alimentaire mondial distribue de la nourriture, le HCR s’occupe des réfugiés. Nous avons déployé toute la panoplie des aides disponibles et de manière assez efficace.

– Oui, mais le processus politique est toujours bloqué…
– Je suis le premier à le regretter. Mais je ne peux pas laisser dire que l’ONU ne fait rien. Elle est à l’origine de la relance du processus politique, seule issue possible pour sortir le pays du chaos.

– Avez-vous quelques exemples de réussites à porter au crédit de l’ONU?
– Ils sont nombreux. Avec les objectifs du millénaire, nous avons montré que le système avait la capacité de tenir ses promesses. En quinze ans, la pauvreté a diminué de moitié dans le monde. C’est du jamais-vu. Aujourd’hui, moins de 10% de la population mondiale vit en dessous du seuil de pauvreté extrême. La mortalité infantile a également été divisée par deux. Des millions d’enfants sont vaccinés chaque jour dans le monde. Nous vivons beaucoup plus longtemps et beaucoup mieux. Nous sommes mieux éduqués.

– L’ONU produit donc des résultats…
– Ici plus qu’ailleurs nous sommes bien placés pour le voir. Nous sommes au cœur du centre opérationnel de la gouvernance mondiale. Il n’y a rien dans notre vie quotidienne qui ne résulte pas d’une décision de l’une ou de plusieurs des organisations basées à Genève.

– S’entendre sur l’avenir de la planète reste néanmoins compliqué…
– Aujourd’hui, nous voyons clairement ce que nous avons à perdre si nous n’arrivons pas à tomber d’accord. Les nouveaux objectifs du développement durable adoptés à New York en septembre fournissent un cadre. C’est très important. Et avec un peu de chance, nous aurons une feuille de route sur la gestion du climat en décembre. Je crois qu’il y a une prise de conscience collective.

«Si nous voulons changer les choses, nous devons créer une autre structure mieux adaptée aux réalités géopolitiques et démographiques.»

– Le moment n’est-il pas venu de réformer l’ONU?
– Il faut tout remanier, mais pour cela, il faut une vraie volonté. Ce ne sont pas seulement les structures ou les organes de décision qui posent problème, c’est aussi et surtout le contexte politique. Pour masquer son inaction, le Conseil de sécurité appelle à instaurer la paix là où parlent les armes. Mais ce n’est qu’une posture, car il ne se donne pas les moyens d’agir. Les crises en Syrie, en Irak, au Yémen, en Libye et en Afghanistan s’enchaînent et se renforcent. La question de la réforme du Conseil de sécurité est mise sur la table. Mais, à mon sens, nous ne prenons pas le problème par le bon bout. La manière dont les pays membres essaient de restructurer le cœur du système depuis bientôt vingt-cinq ans est vouée à l’échec. Elargir le Conseil de sécurité de cinq ou six pays ne résoudra rien. Au contraire, il sera encore moins efficace. Si nous voulons changer les choses, nous devons créer une autre structure mieux adaptée aux réalités géopolitiques et démographiques.

– Ressentez-vous la pression des opinions publiques?
– Evidemment. Il y a un sentiment très profond d’injustice qui s’est répandu à travers le monde ces dernières années. C’est un moment difficile pour notre organisation. Mais je crois que les choses commencent à bouger. En septembre, plus de 150 chefs d’Etat ont participé à l’Assemblée générale qui s’est tenue à New York. Plus que jamais, l’ONU demeure l’enceinte où l’on peut se parler, exposer ses désaccords et chercher des solutions. Cela ne fonctionne pas toujours comme on le souhaiterait, mais cet espace a le mérite d’être là. Si l’ONU n’existait pas, il nous faudrait l’inventer.

– Quels pourraient être les contours de la nouvelle ONU?
– Nous devons voir comment accorder une plus grande place à la société civile et nous ouvrir au milieu des affaires, aux ONG, au monde académique, à la presse et aux organisations régionales, qui sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important. L’ONU doit se rapprocher de ces nouveaux acteurs et prendre le meilleur pour accélérer l’émergence de nouvelles structures de gouvernance. Dans l’avenir, je pense que les parlements vont également être appelés à jouer un rôle clef, parce qu’ils incarnent l’expression démocratique par excellence. Les grandes métropoles aussi occuperont une place de premier plan. Les maires des grandes agglomérations exerceront un véritable leadership au niveau décisionnel. N’oublions pas que dans trente-cinq ans, 75% des habitants de la planète vivront en zone urbaine. Cela va changer toute notre organisation. Nous devons intégrer tout cela. L’ONU a l’expertise et le capital humain pour le faire.

– Pourquoi tenez-vous tant à faire redécouvrir l’ONU aux Genevois?
– Personnellement, je ne peux pas vivre dans une ville sans échanger et sans participer aux activités qui forgent le sentiment d’appartenance à cette même collectivité. Je veux faire comprendre aux gens que l’ONU, c’est aussi leur affaire. Chacun d’entre nous a une part de responsabilité, parce que si ça ne marche pas, c’est notre vie à tous qui s’en trouvera compliquée.


Notre carte interactive des entités de l'ONU sises à Genève

Créé: 23.10.2015, 09h47

70 ans d'histoire

Les moments forts


Les tentacules des Nations Unies

Focus sur quelques organisations et programmes

OMS (Organisation mondiale de la santé )



Pour voir la présentation détaillée, cliquez ici.



HCDH (Haut-Commissariat aux droits de l’homme)



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OIT (Organisation internationale du travail)



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OMM (Organisation météorologique mondiale)



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OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle)



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Onusida (Programme commun des Nations Unies sur le VIH)



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UIT (Union internationale des télécommunications)



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UNHCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés)



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Portes ouvertes

Concerts, performances artistiques, débats, expositions, jeux interactifs, rallyes, une foule d’activités seront proposées
au Palais des Nations, samedi 24 octobre. Ouverture au public de10h à 17h. Toutes les infos sur www.onug.ch/portesouvertes

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