Un oui sans euphorie à Sion 2026 devrait l’emporter à Kandersteg

Jeux OlympiquesLe village bernois se prononce vendredi sur la candidature olympique. Deux jours avant le Valais, ce vote a valeur de test. Reportage.

Les tremplins de Kandersteg ont été modernisés en 2016. Ils pourraient accueillir certaines compétitions de saut à skis en 2026.

Les tremplins de Kandersteg ont été modernisés en 2016. Ils pourraient accueillir certaines compétitions de saut à skis en 2026. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Une poignée de touristes asiatiques descendent du train et s’extasient devant les cimes enneigées du Blüemlisalp. Plus loin, un groupe de randonneurs se demandent où se trouve la maison d’Adolf Ogi. En ce matin ensoleillé de juin, Kandersteg (BE) semble bien éloignée des polémiques olympiques. Et pourtant, la commune de 1200 âmes sera la première du pays à se prononcer sur Sion 2026. Pour deux petits jours, elle vole la vedette au Valais.

L’assemblée communale de ce vendredi aura valeur de test grandeur nature. Les citoyens sont appelés à donner leur aval à un crédit de 1,2 million. Le montant est destiné à des aménagements pour les épreuves de combiné nordique et de saut à skis (petit tremplin) prévues à Kandersteg. Une nouvelle route sera notamment construite pour accueillir les 10'000 spectateurs attendus.

«La Commune est endettée»

«Cette candidature olympique est une chance formidable pour Kandersteg», s’enthousiasme Adolf Ogi. En balade à quelques pas des fameux tremplins, l’ancien conseiller fédéral croit dur comme fer à un oui. «La commune à une tradition du ski nordique. L’ambiance lors des championnats du monde juniors en février était mémorable, et l’organisation parfaite.»

S’il est encore citoyen d’honneur, Adolf Ogi n’a plus ses papiers à Kandersteg et ne votera pas. Il était toutefois présent le 24 avril lors d’une séance d’information en compagnie du conseiller aux États Hans Stöckli (PS/BE) pour défendre le projet. Six semaines plus tard, force est de constater que son enthousiasme n’a pas été vraiment contagieux.

À la terrasse d’un vénérable restaurant, six retraités boivent le café en profitant des températures estivales. Sont-ils pour ou contre les Jeux? «Je voterai oui sans hésitation. Il peut y avoir d’importantes retombées économiques», répond l’un d’eux. «C’est beaucoup trop cher, pour moi ce sera non, coupe son voisin, tout aussi décidé. La Commune est déjà très endettée, et il y a d’autres projets à financer, comme la rénovation de la piscine ou de la patinoire.»

En poussant la porte de la fromagerie, on comprend rapidement que les Jeux olympiques divisent. Ni la tenancière ni son mari ne souhaitent s’exprimer sur une question devenue sensible au fur et à mesure que le scrutin approche.

Édith, une cliente, n’hésite pas à critiquer le projet. «C’est trop petit ici pour organiser des épreuves olympiques. Il va y avoir des problèmes avec les transports. Et puis on ne sait pas comment seront les conditions d’enneigement en 2026.» Comme elle n’est pas native du lieu, elle préfère toutefois ne pas se rendre à l’assemblée.

Fringant retraité de 70 ans, Franz partage les mêmes inquiétudes, mais ira voter vendredi. «Les coûts ne sont pas garantis. Il reste beaucoup trop d’incertitudes dans ce projet.» Ursula, sa femme, est moins catégorique. «Je suis partagée et ne sais pas encore quoi voter. Je ne fais pas confiance aux gens du CIO. Mais en même temps, qui d’autre que la Suisse peut tenter de faire des Jeux à taille humaine?»

Ce dernier argument, c’est celui qui fera voter oui à Alex. Du haut de son échafaudage, ce jeune homme actif dans la construction nous explique s’être résolu à soutenir le projet. «On ne peut pas continuer à laisser des pays sans neige organiser les Jeux d’hiver.» Dans son esprit, il y a l’exemple de Pékin, qui accueillera la compétition en 2022. Pour lui, «c’est incompréhensible».

Vote à bulletins secrets?

Pour trouver un plus grand enthousiasme, il faut entrer dans les magasins du village. «Ces jeux sont l’occasion d’utiliser nos nouveaux tremplins, explique Urs, à la tête d’un magasin de souvenirs. On nous promet un projet durable, sans gigantisme. Il faut foncer. C’est une chance pour le développement de la région.»

Derrière son guichet à l’Office du tourisme, Doris milite à fond pour le projet. «Ça peut être une fête incroyable pour le sport. Kandersteg à une tradition dans l’organisation de grands événements. Nous sommes historiquement une station de sportifs. Dire non serait vraiment négatif pour l’image de la région.»

Quelle sera l’issue du scrutin? «L’objet devrait passer à 60%, prédit Urs Weibel, président de la Commune. Lors de la séance d’information, il y a eu peu de critiques. On sent que les jeunes sont pour et les vieux plus réticents.» Lui penche plutôt pour le oui, même s’il reste méfiant. «Le score pourrait être plus serré en cas de vote à bulletins secrets.»

À la terrasse du café, nos retraités ne croient pas à une surprise de dernière minute. «Kandersteg dira oui. Beaucoup de ceux qui sont contre vont rester à la maison», commente une habitante. «L’idéal serait que Kandersteg dise oui pour montrer notre enthousiasme, mais que le Valais refuse», glisse sa voisine. (24 heures)

Créé: 05.06.2018, 06h49

Un fossé générationnel divise le village



Ursula Retraitée, forgeronne par hobby

Je ne fais pas confiance aux gens du CIO. Mais qui d’autre que la Suisse peut tenter de faire des Jeux olympiques à taille humaine?



Franz, Retraité, ancien ferblantier

Les coûts ne sont pas garantis. Il reste beaucoup trop d’incertitudes dans ce projet. Je voterai non



Doris, Collaboratrice à l’Office du tourisme

Nous sommes historiquement une station de sportifs. Dire non serait vraiment négatif pour l’image de la région



Alex, Travailleur dans la construction

On ne peut pas continuer à laisser des pays sans neige organiser les Jeux olympiques d’hiver, comme Pékin en 2022

L’alternative d’Engelberg en cas de non

Kandersteg devrait accueillir les épreuves de combiné nordique et de saut à skis petit tremplin. Que se passerait-il en cas de refus? «Nous sommes préparés à toute éventualité», répond Romaine Jean. La directrice de communication pour Sion 2026 refuse toutefois d’évoquer une alternative quelconque, mais rappelle que le dossier est évolutif. Vice-président de Sion 2026, Hans Stöckli (PS/BE) est plus prolixe. «C’est un vote important, mais pas aussi décisif que celui du Valais», explique le conseiller aux États. En clair, si le Valais dit non, tout le projet s’arrête. Par contre, si Kandersteg dit non, d’autres solutions sont possibles. La plus probable est qu’Engelberg prenne le relais. La station obwaldienne est déjà pressentie pour accueillir les épreuves de saut à skis grand tremplin. Reste qu’un refus aurait des effets collatéraux dommageables. «On ne sait pas encore si le canton de Berne devra aussi se prononcer sur Sion 2026, précise Hans Stöckli. Mais un vote négatif de Kandersteg serait un mauvais signal.» La candidature de Sion prévoit en effet aussi d’utiliser les patinoires de Bienne et de Berne pour les compétitions de hockey sur glace.

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