Oui à la grogne, non aux remèdes

Services publics A la surprise générale, l’initiative «Pro Service Public» est nettement rejetée. Mais le salaire des managers va revenir sur le tapis.

La conseillère fédérale Doris Leuthard, tout sourire, partage sa joie avec ses collègues Ueli Maurer, Alain Berset et Simonetta Sommaruga au moment de commenter les scrutins fédéraux.

La conseillère fédérale Doris Leuthard, tout sourire, partage sa joie avec ses collègues Ueli Maurer, Alain Berset et Simonetta Sommaruga au moment de commenter les scrutins fédéraux. Image: Keystone

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Divine surprise dimanche à Berne. La classe politique, qui tremblait depuis des semaines à cause de l’initiative «Pro Service Public», a poussé un gros ouf de soulagement. Le texte, qui voulait que les bénéfices de Swisscom, des CFF et de La Poste ne partent pas dans la caisse fédérale, s’est finalement écrasé devant le peuple. Après avoir longtemps fait la course en tête dans les sondages, il a été rejeté par 67,6% des voix et par tous les cantons.

«J’ai été inquiet jusqu’à la dernière minute car ça discutait beaucoup chez les gens, confie le conseiller national Frédéric Borloz (PLR/VD). Le titre était très vendeur. En effet, qui peut être contre le service public? Il a fallu expliquer et encore expliquer.» Avec succès. La classe politique exulte: «Le peuple ne s’est pas laissé berner», claironne le comité interpartis, qui réunissait… tous les partis, du PS à l’UDC. Eh oui, pas un seul élu au parlement n’avait soutenu l’initiative.

Le peuple n’a pas été aussi sévère. Mais le verdict est clair: tous les cantons ont rejeté le texte. La palme du non est remportée par des cantons périphériques comme Obwald (73,1%) et Appenzell Rhodes-Intérieures (72,6%). A égalité ou juste derrière suivent Genève (72, 6%) et Vaud (72,1%). Ce qui montre que villes ou campagnes, bureaux de poste supprimés ou non, l’initiative n’a pas pu capitaliser sur la grogne envers les services publics.

Prendre en compte les critiques

Cela ne surprend pas la conseillère fédérale Doris Leuthard. «Le peuple suisse ne s’est pas laissé abuser, a-t-elle déclaré dimanche à Berne. Il a refusé une initiative qui aurait conduit à un démantèlement des services publics.» Et d’entonner le refrain habituel sur «la maturité politique du peuple». Tout va bien dans le meilleur des mondes? La conseillère fédérale reconnaît cependant que «les restructurations n’ont pas été faciles pour les personnes âgées». Elle enjoint à La Poste, aux CFF et à Swisscom de prendre en compte les critiques et de les considérer comme un aiguillon pour faire mieux.

Du côté des initiants, c’était la douche froide. Eux qui avaient établi dimanche leur quartier général au Café Côté Sud, pensant sans doute pouvoir rayonner lors de cette journée de votations, ont dû affronter un vent du Nord glacial. Leur initiative ne réédite pas l’exploit réalisé lors du référendum victorieux sur le 2e pilier en 2010. Zeynep Ersan Berdoz reste positive. La directrice du magazine Bon à Savoir estime que l’initiative a permis de réveiller le monde politique (lire ci-contre).

«Il est anormal que La Poste ferme des offices postaux alors que sa directrice s’en met plein les poches»

A gauche justement, on va remettre la question du salaire des managers des anciennes régies publiques sur le tapis. «Nous voulons les réduire et fixer un plafond, explique le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS). Il est anormal que La Poste ferme des offices postaux alors que sa directrice s’en met plein les poches.» Le PS compte aller chercher des soutiens à l’UDC, notamment auprès du conseiller national Roger Köppel, qui estime les salaires des managers du parapublic surfaits, vu qu’ils n’affrontent pas une véritable concurrence comme les privés.

A droite, il est douteux que les lignes bougent. «Cela fait bizarre d’apprendre que quelqu’un gagne 1 million par année, résume Frédéric Borloz. Mais quand on voit que ces managers gèrent des dizaines de milliers d’employés et qu’ils doivent affronter la concurrence, leur salaire est correct en comparaison internationale.» La conseillère fédérale PDC Doris Leuthard pense la même chose. Elle promet certes d’étudier la question des hauts salaires dans le cadre de l’application de l’initiative Minder. Mais elle ajoute vouloir s’inspirer de la pratique de Swisscom. Le patron de cette dernière, qui touche 1,8 million, n’a jamais gagné autant d’argent…

Créé: 05.06.2016, 21h47

«Nous avons réveillé les politiques»

«Je suis bien évidemment déçue du résultat», lâche Zeynep Ersan Berdoz, directrice de la rédaction de Bon à Savoir et fer de lance de l’initiative «Pro Service Public». Interview.


Votre initiative a longtemps été donnée victorieuse. Le jour J, elle est sèchement rejetée. Pourquoi?

Il y a un grand décalage entre les sondages et le résultat. On a assisté à un électrochoc dans la classe politique après la publication des premiers sondages. Nous avons ensuite dû faire face à une campagne massive contre nous.

Vous étiez l’initiative à abattre?

Il y en avait plusieurs… Ce que je regrette, c’est que cette mobilisation s’est faite sur des scénarios catastrophe. Nos opposants ont utilisé un vocabulaire anxiogène et n’ont pas vraiment avancé d’arguments concrets.

On vous a reproché de lancer une initiative pour vous faire de la pub.

Notre meilleure publicité, c’est de sortir chaque mois de bons magazines. Les journaux de consommateurs touchent 2,5 millions de lecteurs. On n’a pas besoin de pub. Nous intervenons quand nous repérons un problème et que cela ne bouge pas. Nous avons réveillé les politiques sur le service public et un débat aura lieu.

Vraiment? Vu le résultat, la pression n’est pas bien grande…

On verra. Il y a eu des promesses faites par la gauche, notamment sur le salaire des managers.
AR.G

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