Le Palais fédéral est-il devenu une passoire?

SécuritéUn propagandiste du djihad a pu s’introduire sans problème sous la Coupole. La Confédération admet des faiblesses.

Le Palais fédéral est-il bien protégé? (Image d'archives)

Le Palais fédéral est-il bien protégé? (Image d'archives) Image: PATRICK MARTIN

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Le Palais fédéral est-il bien protégé? On peut se poser la question suite à la rocambolesque affaire qui a éclaté en fin de semaine dernière à Berne. La «Schweiz am Wochenende» a révélé que le Parti socialiste a fait entrer à son insu dans le Palais fédéral un propagandiste djihadiste condamné à plusieurs années de prison par le Tribunal pénal fédéral.

Cette histoire est bien sûr embarrassante pour le PS. Il s’est fait abuser par un homme se présentant comme journaliste. Le règlement exigeant des partis que «le cercle des participants à un événement soit clairement défini», le président Christian Levrat n’a pas tergiversé: il a présenté ses plates excuses aux services du parlement. Mais ces derniers, avec Fedpol chargé de la sécurité du palais, sont-ils blancs comme neige? Indépendamment de savoir qui invite, comment se fait-il qu’un propagandiste djihadiste inscrit sous pseudonyme a pu échapper aux mailles du filet de sécurité? Normalement, les noms des visiteurs doivent être envoyés à l’avance et ils sont vérifiés avec la carte d’identité personnelle quand les personnes se présentent physiquement à l’entrée.

Eh bien, première surprise: les contrôles ont baissé en intensité. Il y en a certes toujours un, systématique, des sacs et des personnes, comme à l’aéroport, pour détecter une arme ou une bombe. Si quelque chose de suspect est remarqué, le visiteur ou son sac est fouillé. Mais depuis le 9 septembre dernier, on n’exige plus des groupes qu’ils fournissent à l’avance une liste de noms. Deuxième nouveauté: les contrôles d’identité des visiteurs ne sont plus systématiques. Enfin, les groupes de visiteurs ne sont plus automatiquement accompagnés d’un agent de sécurité.

Pourquoi ces changements, qui laissent penser à un affaiblissement des contrôles? Karin Burkhalter, porte-parole des services du Parlement fédéral, relève que la délégation administrative, composée entre autres des présidents des deux Chambres, exerce la haute main sur tout ce qui touche au parlement. «Ce dernier est d’abord un bâtiment ouvert au public. La priorité, en collaboration avec la police fédérale, est de garantir la sécurité des personnes dans le bâtiment du parlement et de veiller à ce que les infrastructures et les bâtiments ne soient pas endommagés.»

Est-ce à dire que le propagandiste djihadiste, s’il avait été repéré plus tôt, aurait quand même pu entrer sans problème au Palais fédéral, puisqu’il ne portait aucune arme dangereuse et qu’il avait purgé sa peine de prison? La réponse est oui. Pas question d’appliquer un principe de précaution en la matière. Il en va autrement si un terroriste est recherché et se présente à la porte du Palais fédéral. En cas de contrôle d’identité (qui n’est donc pas systématique), il pourrait être détecté comme dangereux car, comme le confirme Fedpol, «les agents de sécurité peuvent consulter plusieurs systèmes d’information».

Cette affaire tombe mal car elle renforce l’image d’un parlement peu sécurisé. Lors de la session parlementaire de septembre, des activistes du climat ont tranquillement pu déployer une banderole géante à la tribune de Conseil national. Karin Burkhalter ne tourne pas autour du pot et reconnaît certaines faiblesses. «Les services du parlement et Fedpol ont identifié les lacunes de ce nouveau processus et ont conjointement pris de nouvelles dispositions.» Lesquelles? Là, c’est motus et bouche cousue.

Il y a en tout cas un conseiller national et ancien policier qui n’est pas satisfait de la sécurité du Palais fédéral. C’est Roger Golay (MCG/GE). «Le Palais fédéral, en termes d’image pour la sécurité suisse, est important. Or il y a des problèmes. Lors de la précédente législature, un homme a pu l’escalader jusqu’à la corniche. Puis il y a eu ces activistes qui n’ont pas été repérés par les agents de sécurité. Enfin, on laisse entrer un propagandiste terroriste condamné. Cela ne va pas.» Le Genevois note que certaines parties du palais sont sécurisées, comme la salle des pas perdus, alors que d’autres ne le sont pas, comme les salles de commission. Pour éviter l’espionnage, il souhaiterait aussi que les smartphones et les PC soient interdits en commission.

Le Palais fédéral va tout de même se renforcer de façon visible. Il est prévu d’installer des bornes de protection aux abords de l’entrée principale. Cela afin d’empêcher un terroriste de foncer sur le bâtiment au volant d’un camion.

Créé: 14.10.2019, 20h05

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