Le paradis fiscal zougois, la future «Crypto Valley»?

MonnaieAu contrôle des habitants de Zoug, on peut payer en bitcoins. Une première mondiale qui pourrait en annoncer d’autres.

Les détenteurs de bitcoins peuvent, depuis le 1er juillet, régler des frais administratifs à la mairie de Zoug, ici à l’image. Le paiement se fait grâce à une application smartphone.

Les détenteurs de bitcoins peuvent, depuis le 1er juillet, régler des frais administratifs à la mairie de Zoug, ici à l’image. Le paiement se fait grâce à une application smartphone. Image: Keystone

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«Bitcoin accepted here.» L’autocollant orne les devantures de commerces à travers le monde, indiquant aux clients qu’en ce lieu ils peuvent payer avec la devise virtuelle. A Zoug, c’est sur la porte de l’Hôtel de Ville qu’il a été placé: depuis le début du mois, un projet pilote permet aux habitants de régler en bitcoins une attestation de résidence, un duplicata et d’autres services du Contrôle des habitants, jusqu’à 200 francs. Une première mondiale, se félicitent les autorités communales. Jamais auparavant les pouvoirs publics n’avaient accepté d’être payés avec cette crypto-monnaie en mal de reconnaissance officielle.

Pourquoi cette Commune de Suisse centrale de moins de 30'000 habitants se lance-t-elle là où on aurait plutôt attendu une ville comme San Francisco, terre d’accueil de la Silicon Valley? C’est oublier qu’une douzaine de start-up du domaine des devises numériques et des technologies associées, comme la blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations), se sont installées ces dernières années dans le canton, principalement dans sa capitale. Et que le paradis fiscal, plaque tournante du négoce de matières premières, se rêve désormais en centre mondial de la finance digitale. Le surnom est déjà trouvé: la «Crypto Valley».

De nouvelles recettes

La Ville de Zoug veut y croire. Les incertitudes que font peser la fin du secret bancaire et la réforme de l’imposition des entreprises sur son attractivité l’obligent à se repositionner, argumente-t-elle. «Les recettes du passé ne sont pas sûres de fonctionner à l’avenir (…) La ville se trouve à une période charnière. C’est notre devoir de développer des stratégies offensives pour le futur», répond le maire socialiste Dolfi Müller aux inquiétudes soulevées par l’UDC face au projet pilote. En acceptant des bitcoins au guichet communal, l’Exécutif veut ainsi envoyer un «signal positif» aux acteurs du secteur, qu’il espère voir affluer sur les bords du lac de Zoug. La stratégie porterait ses premiers fruits: selon la Municipalité, deux nouvelles sociétés ont décidé de gagner la région depuis la médiatisation mondiale du projet.

Les entreprises déjà installées applaudissent cette marque de confiance étatique. «C’est un très bon coup marketing pour Zoug et pour nous, se réjouit Lucas Betschart, de la société de conseil Blockchain Source et président de la Bitcoin Association. J’espère que cela encouragera plus de firmes à s’intéresser aux nouvelles technologies et à se montrer moins méfiantes, les banques en particulier.» Au sein de la population, l’enthousiasme semble plus mesuré. A ce jour, huit personnes seulement ont payé en bitcoins. Zoug ne table d’ailleurs pas sur de nombreuses transactions.

Un convaincu

Niklas Nikolajsen, est, lui, un convaincu de la première heure. En 2013, le Danois fondait à Baar, commune voisine de Zoug, Bitcoin Suisse, active notamment dans le négoce de crypto-monnaies. «Nous étions les premiers, se rappelle-t-il. L’année suivante, quelques sociétés sont arrivées, puis d’autres. Aujourd’hui, il faudrait être sot, si l’on travaille dans le domaine, pour ne pas venir à Zoug», dit-il.

La Ville et le Canton n’ont pas activement encouragé le développement de ce hub. Mais une fiscalité avantageuse, l’accessibilité des autorités du plus petit canton de Suisse et le cadre légal helvétique favorable aux crypto-devises ont fonctionné comme un aimant. Des atouts que le président de Monetas, star de la crypto-finance, continue de promouvoir à l’étranger. Depuis son arrivée en Suisse, le Sud-Africain Johann Gevers s’est fixé comme objectif de transformer la région en leader mondial de la finance digitale. En coulisses, la communauté zougoise du bitcoin ne ménage pas ses efforts pour influencer le cadre juridique suisse en sa faveur.

Bientôt ses impôts?

Le pari sera-t-il payant? La Ville l’espère. Tandis que le Canton dit observer avec intérêt ce qu’il s’y passe. A la fin de l’année, les autorités communales décideront de poursuivre ou non le projet pilote. «Si les paiements ont lieu sans aucun problème et que la demande pour ce type de règlement reste stable, nous continuerons», indique le chancelier Martin Würmli, qui a joué un rôle moteur dans sa mise en place. Et après? «Il n’y a pas de nouvelles mesures prévues dans l’immédiat. Mais il est envisageable qu’un jour on puisse payer ses impôts en bitcoins.»

Créé: 26.07.2016, 07h49

Bitcoin en bref

Le bitcoin est une monnaie virtuelle émise par une communauté de «miners». Comme il n’y a pas d’intermédiaire bancaire, les frais de transaction sont minimes, voire nuls. Un bitcoin valait hier 646 fr. Lorsqu’on paie avec cette monnaie, on débourse ainsi souvent une fraction de bitcoin.

Comment payer? Il faut tout d’abord télécharger sur son smartphone un «portefeuille» spécial. Au Contrôle des habitants de Zoug, pour passer à la caisse, il faut scanner avec son mobile un code fourni par la Ville et affiché sur une tablette. Celui-ci donne l’adresse du porte-monnaie communal et permet d’y transférer la somme voulue.

Inquiétudes de l’UDC

A Zoug, le projet pilote ne suscite pas l’enthousiasme du groupe UDC au Conseil communal. Dans une interpellation déposée début mai, l’élu Gregor Bruhin, 23 ans, estime notamment que les autorités outrepassent leurs prérogatives en acceptant ainsi une nouvelle monnaie. La démarche pourrait, par ailleurs, porter atteinte au franc, redoute-il. Et d’exprimer des inquiétudes sur la volatilité du bitcoin et des pertes que celle-ci pourrait occasionner aux finances communales.

Dans sa réponse du 5 juillet, l’Exécutif a rejeté toutes ces craintes. S’agissant de la volatilité de la devise, la Ville dit s’être prémunie contre toute mauvaise surprise: le système développé par Bitcoin Suisse permet de convertir immédiatement les bitcoins reçus en francs suisses. La Ville donne également quelques indications sur la mise en place du projet, sans fournir de chiffres précis. Il lui a ainsi fallu acheter deux tablettes, commander un programme spécial à Bitcoin Suisse et former les collaborateurs du Contrôle des habitants à son utilisation. La Municipalité n’a pas évalué le retour de cet investissement. Mais elle estime que la résonance mondiale qu’a eue son initiative équivaut aux fruits d’une campagne à plusieurs millions de francs.

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