Les parents travaillent moins, au péril de leur retraite

PrévoyanceEn Suisse, les actifs consacrent toujours plus de temps à leurs enfants. Les conséquences financières peuvent être lourdes.

En Suisse, les parents travaillent toujours plus à temps partiel. Ce n'est pas sans risque pour leur futur.

En Suisse, les parents travaillent toujours plus à temps partiel. Ce n'est pas sans risque pour leur futur. Image: Keystone

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Avec 37% des salariés travaillant moins de cinq jours par semaine, la Suisse est championne du temps partiel. Le modèle séduit surtout les jeunes parents, désireux de se consacrer davantage à leurs enfants. Aujourd’hui, les couples avec enfants ne sont plus que 38% à travailler chacun à temps plein. Et, selon une étude commandée par l’assureur Swiss Life, si tout le monde disposait des ressources nécessaires, seuls 8% des parents suisses choisiraient de travailler à 100%.

Malheureusement, trop peu considèrent le revers de la médaille. «Seuls 39% des parents ont calculé en détail les répercussions du travail à temps partiel sur leur budget familial, soulignent les auteurs de l’étude. Un pourcentage encore moindre (27%) a déjà réfléchi sérieusement aux conséquences sur la situation de prévoyance vieillesse.» Ce constat n’étonne en rien les professionnels de la prévoyance. Les sites spécialisés fleurissent depuis quelques mois de conseils et de mises en garde. Roland Bron, directeur de l’entreprise de conseils financiers VZ en Suisse romande, fait régulièrement l’expérience de cette forme d’insouciance. «La tendance chez les jeunes est au temps partiel, la philosophie de vie a changé. Mais trop souvent, nous constatons que ces personnes n’ont absolument pas pensé à leur prévoyance avant de baisser leur taux d’activité. Pourtant, il faut absolument le faire en amont. Après, il est trop tard.»

«Des effets cachés»

La question est loin d’être anodine. Une baisse du temps de travail influence non seulement les cotisations en vue de la retraite, mais aussi celles liées au décès et à l’invalidité. «C’est l’un des effets cachés du temps partiel. Il ne suffit pas d’arriver à tenir un budget à la fin du mois pour pouvoir envisager un temps partiel. Il faut voir plus loin», dit Roland Bron. Le spécialiste insiste: «Il faut s’informer, mais aussi comprendre ce qui est écrit, notamment sur le certificat LPP envoyé chaque année par l’employeur. Si les prévisions ne sont pas bonnes, il faut savoir renoncer au temps partiel.»

Les femmes lésées

Les pertes sont effectivement très dures à rattraper. VZ a simulé les conséquences pour une femme de 35 ans, réduisant à la naissance de son premier enfant son taux de travail de 100 à 40%. Au fil des ans, elle augmente à nouveau son activité, passant progressivement à 60, puis à 80%. À sa retraite, cette femme aura épargné 42% de moins que si elle avait travaillé toute sa vie à temps plein.

L’exemple n’est pas anodin, les femmes étant nettement plus concernées: 11% des mères travaillent aujourd’hui à temps plein, contre 76% des pères. Résultat, la rente des femmes est en moyenne 37% inférieure à celle des hommes, selon un rapport publié en mai par l’Office fédéral des assurances sociales. Cela représente près de 20'000 francs par année.

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La menace plane encore plus sur les femmes qui ne sont pas mariées avec leur conjoint. «En cas de séparation, les cotisations au fonds de pension ne sont pas partagées, souligne Martin Läderach, responsable de la communication de Swiss Life. Il est conseillé de mettre en place un accord de concubinage qui détermine la situation des revenus en cas de séparation.»

Pour rectifier le tir, Swiss Life a élaboré un outil en ligne permettant de calculer l’impact d’un passage à temps partiel, en fonction de la situation maritale, du nombre d’enfants, des frais de garde, de la taxation ou encore, évidemment, du revenu du couple. L’assureur livre aussi des conseils: par exemple, faire en sorte de gagner un salaire qui permette d’atteindre le seuil d’entrée LPP, soit au minimum 21'330 francs par an.

Le 3e pilier, la solution?

Il recommande en outre de demander un extrait de son compte AVS. Si celui-ci présente des lacunes – des années de cotisations manquantes – il est possible de les compenser jusqu’à cinq années rétroactives. Cotiser régulièrement à un 3e pilier est aussi vivement conseillé.

Le 3e pilier représenterait-il la solution aux problèmes du temps partiel? Si les jeunes parents semblent faire preuve d’une certaine insouciance quant aux conséquences du temps partiel sur leurs futures retraites, cette même génération et la précédente ont toujours plus tendance à constituer un 3e pilier. Une récente étude commandée par la Banque CIC relevait que, en 2018, un tiers des moins de 25 ans investissaient dans un 3e pilier, contre un quart en 2012. Parmi les moins de 35 ans, deux tiers ont déjà ouvert un 3e pilier.

«Cette évolution est excellente, ce d’autant plus qu’un 3e pilier peut aider les personnes âgées à compenser les éventuelles pertes de pension dues au travail à temps partiel», appuie Martin Läderach. Problème, malgré cette tendance positive, seule la moitié des Suisses cotisent dans un 3e pilier. «Et parmi ceux-ci, la majorité ne paient pas le montant maximum. Pourtant ce pilier représente un fort potentiel, également pour réaliser un souhait de travail à temps partiel.»

Créé: 17.06.2019, 21h10

Les tentatives d’amélioration ont été tenues en échec

Sur le plan politique, cela fait des années que la question est sur le tapis. La socialiste Christiane Brunner avait tenté en vain d’abaisser le seuil d’entrée LPP pour les travailleurs à temps partiel en… 1993! Les quelques motions, postulats et autres questions ayant suivi au fil des années, presque toutes émises par le camp socialiste, n’ont guère eu davantage de succès. Mais avec l’augmentation constante du travail à temps partiel, et la retraite désormais en tête des préoccupations des Suisses, la pression augmente. En 2016, la Conférence suisse des délégué.e.s à l’égalité (CSDE) a publié une liste de recommandations pour prévenir les effets pervers du temps partiel, en particulier pour les mères. Outre une prise de conscience individuelle des personnes concernées, la CSDE enjoint aux entreprises de veiller à l’égalité salariale et de renforcer les modèles de travail flexible. Les caisses de pensions sont également invitées à fournir une information transparente, détaillée et compréhensible pour le commun des mortels. Les pouvoirs publics, à tous les niveaux, sont, quant à eux, encouragés à financer et à rendre plus abordables les structures d’accueil extrafamilial, «afin de réduire les incitations négatives à l’activité professionnelle des femmes».

Plus récemment, le Conseil fédéral a rappelé, en réponse à un postulat sur la question, que son projet Prévoyance vieillesse 2020 prévoyait initialement, entre autres, d’abaisser le seuil d’accès LPP de 21'330 à 14'040 francs par année. Le parlement avait rejeté la mesure mais en avait adopté plusieurs autres. Au final, le projet dans son ensemble a été définitivement balayé par le peuple suisse en 2017.

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