Parmelin abat le cyber-commandement en vol

CyberdéfenseLe chef du Département militaire a retourné le parlement. Il n’y aura pas d’école de recrues cyber, ni de cyberbataillon.

Guy Parmelin a obtenu qu’on le laisse développer la cyberdéfense à son rythme, dans un cadre «plus flexible».

Guy Parmelin a obtenu qu’on le laisse développer la cyberdéfense à son rythme, dans un cadre «plus flexible». Image: Keystone

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Les Forces terrestres et les Forces aériennes ne devront pas faire de la place pour un nouveau venu: les Forces cyber. La Suisse, contrairement à la France ou à l’Allemagne, n’aura pas de cybercommandement, ni d’ailleurs de cyberbataillon et encore moins une cyber­école de recrues. Guy Parmelin a convaincu le Conseil national de lui laisser développer la cyberdéfense à son rythme dans un cadre «plus flexible».


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C’est un retournement par rapport à la session parlementaire précédente. Le Conseil des États avait alors, à une majorité écrasante, accepté une motion de Josef Dittli (PLR/UR), qui demandait clairement un commandement de cyberdéfense. Guy Parmelin s’y était opposé en vain. Mais encaisser une défaite ne signifie pas perdre la guerre. Et Parmelin a retourné la situation au National. Résultat? La motion a été adoptée mais de façon très adoucie. On ne parle plus de «commandement» mais d’une «organisation», plus «de cyberbataillon autonome» mais d’un «engagement combiné de militaires de milice et de personnel professionnel civil», plus «d’école de recrues cyber» mais d’une «formation cybermilitaire» dans le cadre d’une école de recrues normale.

«Nos Forces cyber doivent être dispatchées partout où on a besoin d’elles. On ne doit pas avoir de troupe mais des compétences»

«Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait une cyberdéfense efficace», dit en substance Parmelin. Il est donc d’accord pour une cyberdéfense qui comprendra à terme 100 à 150 professionnels spécialisés en informatique auxquels s’ajouteront 400 à 600 militaires de milice. Les frais supplémentaires qui en découlent seront pris sur le budget ordinaire de l’armée.

La gauche, qui critique de façon récurrente «l’armée de grand-papa», ne s’offusque pas du renoncement à un cyberbataillon. «Nos Forces cyber doivent être dispatchées partout où on a besoin d’elles. On ne doit pas avoir de troupe mais des compétences», souligne Pierre-Alain Fridez (PS/JU). Géraldine Savary (PS/VD) estime aussi que Parmelin a le mérite de faire bouger les choses dans la bonne direction.

La droite critique

À droite, la réaction est positive mais plus critique. «Je ne sais pas ce que vont faire exactement les 150 professionnels et les 400 à 600 miliciens, relève Marcel Dobler (PLR/SG). Il manque également un concept global de cyberdéfense qui comprend aussi bien les militaires que les civils. Car les deux sont imbriqués. Or actuellement tout est fragmenté à la Confédération.» Inquiétude similaire de Fathi Derder (PLR/VD) sur ce flou. «Tout le monde réclame un centre de compétence mais on ne sait pas qui décide, qui commande ou qui paie.» Roger Golay (MCG/GE) aimerait d’ailleurs un organigramme «avec un responsable cyber et une hiérarchie claire en forme de pyramide».

Que pense le motionnaire Josef Dittli, par ailleurs colonel EMG à l’armée, de l’affaiblissement de sa motion? «Une Force cyber aurait été l’idéal. Mais enfin, c’est mieux que rien. Je doute cependant qu’on arrive à former rapidement 400 à 600 personnes dans les structures actuelles.»

Un cybercommandement verra-t-il le jour une fois le train lancé? Au Département de la défense, on jure que ni Parmelin ni le Conseil fédéral ne sont par principe contre. Dans cette partie de «Hâte-toi lentement», il reste à espérer que la Suisse ne subisse pas une cyberattaque massive qui l’obligerait à accélérer en urgence son train de sénateur.

Créé: 14.12.2017, 07h34

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