Pour Parmelin, armer les F/A-18 était «prématuré»

ArméeLe ministre de la Défense explique pourquoi il a renoncé à armer les F/A-18 et pourquoi il veut augmenter massivement le stock de munitions.

Guy Parmelin explique pourquoi il veut prolonger la durée de vie des F/A-18.
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Les avions de combat FA-18 seront utilisés jusqu'en 2030 en attendant l'achat de nouveaux jets. Cette dépense de 450 millions de francs représente la moitié du programme d'armement 2017 que le conseiller fédéral en charge de la Défense, Guy Parmelin, a présenté jeudi à la presse. Au total, le Parlement est appelé à libérer 2,1 milliards. Interview du conseiller fédéral Guy Parmelin:

24 heures: On a beaucoup évoqué ces derniers jours que les F/A-18 seraient équipés de bombes, soit d'une capacité d'attaque au sol. Or, il n'en est rien dans votre message sur l'armée 2017. Pourquoi?

Guy Parmelin: Le Conseil fédéral a jugé que dans le cadre de la prolongation d’utilisation des F/A-18 actuels, il était prématuré d’ajouter cette capacité. Il a souhaité avoir le rapport d’experts et celui du groupe d’accompagnement qui sont en préparation en vue de l’achat d’un nouvel avion de combat. C'est à ce moment-là, en ayant toutes les informations sur la table, qu'il mènera une discussion et tranchera définitivement quant à la nécessité ou non d’ajouter cette capacité partielle d’attaque au sol.

Votre message ne comporte en outre aucune trace de cuber-défense. Pourquoi?

Cela y figure pourtant car c'est important. Mais quand on parle de cybersécurité, on a l’impression que l'on a d’énormes investissements à faire. Or c'est beaucoup de savoir-faire et de compétences, c'est donc d'abord une question de personnel. Nous avons aussi une partie importante de nos investissements dans le maintien de la valeur du système intégré d'exploration et d'émission radio IFASS ou encore pour un centre de calcul protégé par la Confédération. Il doit permettre à l'armée de mener des actions en toute sécurité. C'est donc de la cybersécurité, directe et indirecte.

Mais il y aussi une stratégie nationale de cybersécurité?

En effet, le Conseil fédéral est en train de la revoir. Le Département de la Défense a initié depuis le mois de mai sa propre stratégie avec ses propres forces internes. Elle sera présentée en temps utile. Elle devra s’intégrer naturellement dans la stratégie générale de la Confédération. Mais notre principal défi se situera au niveau des postes de personnes et des capacités et compétences à trouver, étant donné que nous sommes en compétition avec l’économie privée.

C'est à dire?

De grandes entreprises, y compris des PME, ont aussi besoin de personnel qualifié pour se protéger d’attaques visant à voler des secrets industriels ou économiques par exemple. Et le personnel est limité. Ce n’est pas propre à la Suisse mais à l’Europe entière. Il faut donc pouvoir utiliser les compétences disponibles. C’est pour cela que nous discutons aussi avec les hautes écoles et avec les grandes associations économiques, pour voir comment on pourrait s’améliorer d'une manière commune et avoir une situation win-win tant pour l’économie que pour la Confédération.

Dans le message sur l'armée vous évoquez une somme totale de 380 millions pour les munitions, dont 225 millions pour le réapprovisionnement extraordinaire des stocks. C'est beaucoup, non?

Ces dernières années, la capacité d’engagement de l’armée a été abaissée et nous n’avons pas reconstitué les stocks de munitions. Avec le programme DEVA, il y a la volonté de pouvoir mobiliser 35'000 hommes en 10 jours. Il est donc important qu’ils soient équipés non seulement de vestes ou de chaussures, mais qu'ils puissent disposer de la munition nécessaire pour assurer si nécessaire leur engagement.

Le programme d'armement 2017 aurait dû inclure le projet de défense sol-air Bodluv devisé à 700 millions et que vous avez gelé. Que va-t-il maintenant se passer pour ce projet?

Nous attendons les rapports du groupe d'experts et du groupe d'accompagnement. Ceux-ci doivent nous faire des recommandations pour ce que l'on appelle la protection de la 3e dimension, vitale pour le pays. Ensuite, il s'agira de définir les priorités. Cela devrait aller assez vite. Puis, il y aura toute la problématique d'intégrer cela dans le plan financier ou les budgets et programmes à venir. Et, comme nous avons un cadre financier donné et que je n’ai pas entendu des velléités de la part du Conseil fédéral ou du Parlement de nous donner plus d’argent, nous ferons avec ce que l’on a. Il y aura sans doute des décisions difficiles à prendre sur d’autres projets.

Il y a eu beaucoup de critiques sur ce projet Bodluv. Comment les vivez-vous?

Cela fait partie du jeu. S’il n’y avait jamais de critiques, la politique ne serait pas passionnante. Il faut toujours prendre une critique comme quelque chose de constructif. Cela nous oblige à réfléchir. Alors, oui, parfois vous vous dites que c’est injuste, qu’ils n’ont pas compris, etc. Mais ensuite il faut convaincre que c’est vous qui avez la meilleure solution. C'est ce que nous allons faire maintenant.

Créé: 23.02.2017, 15h33

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Le PS très critique

Pour le PS, l’armée ne tient pas compte des menaces et défis actuels. Son message est «en contradiction avec le rapport sur la politique de sécurité du Conseil fédéral», estime-t-il. «Comme à son habitude, l’armée se concentre unilatéralement sur des scénarios de guerres traditionnelles.» Le PS s'énerve aussi des 225 millions de francs pour rattraper un retard extraordinaire dans les munitions. «Le message donne l’impression d’un projet aussi confus que suranné. Faute de plans sensés après l’échec des Gripen et l’arrêt du BODLUV, l’armée recherche désespérément un moyen de dépenser le budget militaire.» Le PS appelle donc Guy Parmelin à «sortir des schémas empreints de l’idéologie de la guerre froide et à fixer des priorités répondant aux défis actuels.»

Les Verts ne veulent pas de nouvel avion

Les Verts eux combattent l'idée de nouveaux avions. «Guy Parmelin propose de dépenser des millions de francs pour étudier l’achat de nouveaux avions de combat, sans même attendre les conclusions du rapport d’experts prévues pour ce printemps. Après le rejet des Gripen en 2014, le Conseil fédéral s’obstine», écrivent-ils. «D’autant plus que le DDPS semble peu au clair sur les véritables menaces qui pèsent sur la Suisse après le cafouillage autour du projet d’équiper les F/A-18 de bombes». Les Verts rejettent aussi les achats de munitions jugés excessifs.

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