«On était partis pour une belle virée entre potes!»

DrameUne avalanche a emporté quatre alpinistes du Valais en Écosse mardi. L’avalanche n’a laissé la vie qu’à un miraculé. Il témoigne.

Mathieu Biselx a accepté de parler de ce «grand traumatisme».

Mathieu Biselx a accepté de parler de ce «grand traumatisme». Image: DR

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Partis de Sion dimanche pour une sortie privée outre-Manche, les quatre copains étaient tous des habitants du Valais central, des amoureux de la montagne très enthousiastes à l’idée de cette escapade à l’étranger: l’ascension du fameux Ben Nevis, en Écosse. Un seul en reviendra vivant. Témoignage.

«Cette virée entre copains, on en rêvait depuis des semaines… mes trois amis proches sont morts, c’est horrible»

Les quatre sportifs chevronnés sont âgés entre 30 et 43 ans. Trois d’entre eux, dont deux Français et un Valaisan, n’ont pas survécu à l’avalanche qui les a emportés vers une mort affreuse. Ils laissent trois orphelins de père et deux veuves. Le quatrième, Valaisan lui aussi, c’est Mathieu Biselx, le président de la section Monte Rosa du Club alpin suisse de Sion (CAS). Ce père d’une petite fille est le seul survivant de cette avalanche mortelle. Blessé et héliporté, le trentenaire se trouve actuellement à l’hôpital de Glasgow, aux soins intensifs. Il en sortira cet après-midi. Sans lésion interne, sa vie n’est pas en danger, mais il est sérieusement blessé aux deux jambes et a le thorax enfoncé. Nous sommes parvenus à contacter Mathieu Biselx qui a accepté de parler de ce «grand traumatisme». De son lit d’hôpital, sa voix est shootée par les calmants: «Je vis une période difficile sur le plan personnel. Le but était de me changer les idées. Cette virée entre copains, on en rêvait depuis des semaines… mes trois amis proches sont morts, c’est horrible.»

Le miracle d’être en vie

Ce mardi, entre 12 et 13 h, tout bascule. «Nous savions que le danger était assez marqué. Nous avons consulté des guides sur place, mais ça n’a pas suffi. On attaquait une espèce de cône et l’un d’entre nous a hurlé «Avalanche!» Nous nous sommes mis en situation de sécurité, mais en deux secondes, nous étions emportés par une neige lourde et compacte. Je me suis senti voler à travers les rochers et je me suis évanoui.» Au réveil, le silence. Terrible. «Ma tête était hors de la masse. J’ai appelé mes collègues, j’ai crié. Aucune réponse. Alors j’ai réalisé l’ampleur du drame.»

Rapidement, les colonnes de secours arrivent sur place. Ils dégagent un des alpinistes, lui prodiguent les premiers secours. Cela ne suffira pas. «Nous avons sûrement eu la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment. C’est un miracle que je sois encore en vie.» Le groupe a-t-il été suffisamment prudent? Mathieu évoque plusieurs pistes: «Peut-être l’effet de groupe, le fait d’être en vacances, qu’on ne connaissait pas les lieux, peut-être une dose de zèle. Je pense à mes potes, à leurs familles. En quelques secondes, tout peut basculer… Ça trotte dans ma tête et je sais que, psychologiquement, je vais morfler quand la morphine ne fera plus effet.»

De vrais montagnards

Un membre du Club alpin de Sion (CAS) se déclare extrêmement touché par le drame écossais. Pour lui, ces jeunes étaient les derniers à qui ce genre de drame pouvait arriver. «Jamais eux! Ce n’était pas des «bracaillons», ils savaient toujours ce qu’ils faisaient. Leur solide expérience faisait d’eux quasi des guides professionnels de montagne. Par ailleurs, ils étaient une bande de copains, c’est dramatique. Pour moi, je viens de perdre des amis proches. C’est un immense chagrin pour le club et toutes mes pensées vont à leurs familles.»

«On les connaît très bien, témoigne un autre ancien membre du comité du CAS, très ému. Ils sont très actifs. Il s’agit de vrais montagnards, des chefs de course dans un club qui compte plus de 2000 membres, c’est dire.» Et leur collègue d’insister sur le désarroi suscité par un tel événement. «C’est terrible. Ce drame nous touche car ce sont des amis. On se voit très souvent, on prépare les courses ensemble. Ils sont et font toute la vie active du club de ces dernières années. Sans le programme des courses imaginé par ces véritables piliers de l’association, le Club alpin de Sion n’est rien.» (24 heures)

Créé: 13.03.2019, 15h05

Le Ben Nevis est populaire



Le Ben Nevis est le point le plus élevé d’Écosse et du Royaume-Uni. Il culmine à 1344 mètres d’altitude. La voie mythique du Ben, comme l’appellent les férus de montagne, c’est le Gully 5, une voie classique très populaire qui présente un dénivelé positif de 650 mètres. Les sites internet spécialisés définissent l’endroit comme «une goulotte superbe puis un beau couloir ponctué de ressauts». L’endroit serait généralement facile pour les habitués de la grimpe. Ce sont les conditions météorologiques qui déterminent la difficulté. Michel Turin, un Romand actuellement sur place, commente sur nos plateformes web.

Il décrit une accumulation de neige et une météo exécrable le jour du drame. L’internaute estime que les malheureuses victimes ont «payé très cher des décisions prises sur le coup». Sur Facebook, Victor Reech, ressortissant du Royaume-Uni, a posté une photographie de Gully 5 datée de la semaine dernière. On y perçoit l’effondrement de la corniche au sommet du goulet. Pour lui, c’est évident, la neige fraîche tombée ces derniers jours a conduit à l’avalanche mortelle. Les prévisionnistes locaux avaient prévenu: le risque d’avalanche était élevé. Les secours évoquent également des conditions météo extrêmement difficiles, avec des vents violents.



Le groupe franco-helvétique était au courant mais a quand même décidé de se lancer, selon un résident de Fort William interrogé par la presse britannique. «Personne n’aurait dû être au Ben Nevis ce jour-là», dit-il. D’autres accidents ont eu lieu cet hiver.

En décembre, un Britannique de 21 ans a fait une chute mortelle, tandis qu’une Allemande se tuait en tombant d’une crête.

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