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Les passeurs, ces anguilles difficiles à attraper

Le trafic de migrants est un business peu risqué pour ceux qui en profitent. En Suisse, ils sont rarement condamnés.

Les preuves contre les passeurs sont difficiles à rassembler.
Les preuves contre les passeurs sont difficiles à rassembler.
Keystone

Fin avril, un passeur italien domicilié à Bâle a été condamné par le Tribunal correctionnel de Bâle à 30 mois de prison dont 12 avec sursis. L’homme proposait à des migrants de les faire traverser le pays pour 150 euros. Si l’histoire est tristement banale, la peine infligée l’est moins: la sentence prononcée par le juge est bien plus lourde que celle demandée par le procureur, qui avait requis 20 mois dont 10 avec sursis. Interrogé sur cette anomalie, l’homme de loi a expliqué qu’il était difficile pour lui d’évaluer la peine sans réel point de comparaison.

Les passeurs sont rarement jugés en Suisse, du moins en proportion au nombre de cas. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) les plus récents, 42 personnes ont été condamnées en 2015 pour des cas aggravés d’«incitation des entrées et sorties illégales ainsi que des séjours illégaux». Or, le rapport de l’Administration fédérale des douanes (AFD) dénombre pour sa part 466 personnes soupçonnées d’être des passeurs. Soit un taux de condamnation de moins de 10%.

Ce constat doit également être mis en perspective avec d’autres statistiques. Toujours en 2015, l’AFD a compté 31 038 cas de passages illégaux. Ces chiffres sont en nette hausse depuis: ils ont atteint 48 838 cas en 2016. Rien que pour les deux premiers mois de 2017, 3379 personnes ont été appréhendées, soit le triple de la même période l’année passée.

Or, selon Europol, 90% des migrants arrivés en Europe ont dû payer les services de passeurs en 2016. On peut donc fortement se douter que le nombre de passeurs appréhendés ne représente que la pointe de l’iceberg.

Difficile à prouver

Ce décalage s’explique par le fait que les passeurs prennent rarement le risque de voyager avec les migrants, et que les modes opératoires varient en permanence. Les payements sont très discrets, et les témoignages des «clients» sont rarissimes, vu que ceux-ci aussi se trouvent dans une situation délicate. «On trouve de tout: des groupes organisés liés à des réseaux polycriminels mais aussi d’anciens migrants qui résident et travaillent légalement en Suisse. Il y a même des passeurs occasionnels ne faisant partie d’aucun réseau», souligne le rapport 2016 de FedPol. Depuis 2015, ces «indépendants» ont commencé à proposer de véhiculer des migrants pour de petites sommes et de courts trajets. Cette manière de procéder s’est accentuée en 2016.

C’est d’ailleurs le cas du condamné bâlois, pincé par la police lors d’un transfert à la douane de Bâle. L’enquête a permis de retrouver des communications avec ses clients par WhatsApp, ce qui a constitué des éléments de preuve permettant sa condamnation. Une erreur que les réseaux professionnels ne commettent pas. Lorsqu’un passeur est arrêté, il s’agit le plus souvent d’un membre situé au bas de la hiérarchie du réseau. Il est généralement relâché peu de temps après, faute de preuves, explique le rapport «Le trafic organisé de migrants et la Suisse», publié en 2014 par la FedPol.

Plus de pression

La publication tape justement sur les doigts de la Suisse, démontrant que le pays ne fait pas assez d’effort dans la lutte contre le trafic de migrants. Les autorités ont réagi en créant le Groupe interforce pour la répression des passeurs (GIRP) à Chiasso à la fin 2015, sous la direction de la police cantonale tessinoise et en collaboration avec les douaniers, les polices cantonales, Interpol ainsi que les autorités des pays voisins.

«Péché de jeunesse»

Or, le rapport 2016 du GIRP fait état de «plusieurs actions» depuis sa création, notamment 26 interrogatoires et 19 contrôles qui ont permis d’ouvrir cinq enquêtes encore en cours. C’est faible, non? Selon les explications du porte-parole de la police tessinoise Stefano Gianettoni, il s’agit d’un péché de jeunesse. Le groupe a été réorganisé récemment afin de devenir plus opérationnel. «Depuis, le GIRP a gagné en présence sur le territoire et a obtenu des résultats, assure Stefano Gianettoni. Ainsi, nous avons procédé l’automne passé déjà à l’arrestation d’une trentaine de passeurs. Cinq nouvelles enquêtes de police judiciaire, dont certaines impliquent des développements et des arrestations internationales, ont en outre été ouvertes.»

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