La patronne de la Poste sauve sa tête... pour l'instant

Affaire CarPostalLe conseil d’administration garde sa confiance envers la directrice. Cette dernière renonce à une partie de son salaire.

Image: Keystone

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La patronne de La Poste, Susanne Ruoff, peut rester à son poste. Le conseil d’administration a fait savoir jeudi qu’il gardait confiance en elle suite au scandale des fausses écritures comptables à CarPostal. Pas question non plus de la suspendre en attendant les résultats de l’enquête en cours. «À ce niveau de responsabilité, une suspension signifie qu’il n’y a pas de retour possible», explique jeudi Urs Schwaller, le président du conseil d’administration.

Rien ne change et on continue comme avant? Pas vraiment. Susanne Ruoff garde certes la responsabilité opérative de La Poste. En revanche, elle a l’interdiction de se mêler en quoi que ce soit des enquêtes en cours sur les malversations dont ont été victimes les cantons. Ensuite, la patronne de La Poste a décidé de renoncer à la part variable de son salaire 2017 «jusqu’à ce que les responsabilités soient établies». Une façon de lâcher du lest car, au mieux, elle a fait montre d’un manque de curiosité sur les étonnants bénéfices des lignes postales subventionnées.

Cette concession salariale n’est pas juste symbolique. Sur le million de francs qu’elle touche annuellement, Susanne Ruoff a une part variable de plus de 300 000 francs. Si elle est reconnue coupable d’avoir cautionné des magouilles comptables, La Poste pourrait même envisager de lui réclamer les parts variables des revenus antérieurs. Les falsifications ont en effet démarré en 2007. Mais on n’en est pas là et de loin. Urs Schwaller a pris bien soin de répéter la présomption d’innocence qui s’applique à tous et à sa directrice. Et d’avertir: «Les suppositions, les préjugés et les chasses à courre ne rendent service à personne.»

Devant une forêt de caméras, plantées au siège suisse de La Poste au Wankdorf, à Berne, le président du conseil d’administration, Urs Schwaller, s’est attaché durant une heure à circonscrire l’incendie. Avec son air matois, l’ancien sénateur a parfaitement suivi le mode d’emploi du manager en situation de crise. D’abord, il a reconnu l’ampleur des dégâts. «La Poste, qui jouit depuis 170 ans d’une grande confiance en Suisse, est profondément secouée. Il s’agit d’un incident sans précédent dans son histoire. Il s’agit d’un problème aux dimensions inégalées et d’un dysfonctionnement des organes de contrôle qui ont duré de nombreuses années.»

Puis Schwaller s’est couvert la tête de cendres. Il a présenté toutes ses excuses au public, aux clients et aux membres du personnel de La Poste «qui souffrent de la crise sans avoir commis aucune faute». Enfin, le président a annoncé que toute la lumière serait faite sur cette affaire. Comme il est arrivé en 2016 dans l’entreprise, Schwaller s’estime au-dessus de tout soupçon. Voilà pourquoi il prend personnellement les choses en main. Il a mandaté un groupe de travail composé d’experts indépendants chargé d’établir les faits et les responsabilités. En haut et en bas de l’échelle.

Plus de 300'000 documents ont déjà été saisis. Ils se composent notamment de factures et de courriels. Ils seront mis à disposition de la justice. L’Office fédéral des transports a en effet déposé une plainte mercredi.

Appel aux lanceurs d’alerte

Urs Schwaller a chanté sur tous les tons la transparence et a appelé même le personnel de La Poste à signaler anonymement des pratiques illicites sur un mail sécurisé. «Il faut que tout soit mis sur la table pour que nous puisions regagner la confiance de tous. Si une nouvelle affaire nous touchait dans 6 mois, cela aurait des conséquences désastreuses». En attendant, La Poste cherche un nouveau patron pour CarPostal puisque l’actuel directeur a été poussé à la retraite et remplacé ad interim. Le futur directeur pourrait être annoncé dans quelques semaines déjà.

Urs Schwaller a réussi sans conteste son épreuve du feu devant les médias. On n’en attendait pas moins d’un président qui touche 250'000 francs par année pour un 50%. Son activité risque d’ailleurs d’augmenter fortement ces prochains mois avec la gestion de la crise. Le moment le plus délicat reste à venir. D’ici mai, La Poste devrait y voir plus clair sur ce qui s’est réellement passé à CarPostal. Qui a pris la décision de léser les cantons? Pourquoi? Qui a cautionné implicitement ou explicitement ces pratiques? Urs Schwaller a promis qu’une fois ces réponses connues «toutes les mesures nécessaires seront prises».

Voilà pourquoi Susanne Ruoff ne sait pas si elle a sauvé sa tête de façon définitive ou provisoire. Si elle est mouillée plus qu’elle ne le dit, il n’y aura pas de pitié. La responsable politique de La Poste au Conseil fédéral, Doris Leuthard, a déjà fait savoir qu’en cas de fautes graves, «des têtes rouleraient».

Créé: 15.02.2018, 22h27

«La Poste va-t-elle favoriser Amazon?»

Les bidouillages comptables de La Poste dans l’affaire CarPostal renforcent la méfiance des élus à Berne. Le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD) va déposer deux interpellations lors de la prochaine session parlementaire. L’une d’elles concerne le géant Amazon avec lequel La Poste est en négociation. «La Poste respecte-t-elle l’égalité de traitement entre Amazon et les autres plates-formes de commerce électronique?» s’interroge l’élu. Il craint que le poids lourd américain obtienne des rabais tarifaires qui s’assimilent à du dumping. «La Poste n’est pas une entreprise privée. Elle est détenue à 100% par la Confédération. Elle ne peut donc pas fixer des tarifs comme bon lui semble. Elle peut certes pratiquer des rabais de quantité mais ces derniers ne doivent pas discriminer des entreprises suisses, qui créent des emplois et de la richesse sur notre sol.»
Olivier Feller, vu le secret qui entoure les négociations, souhaite que le Conseil fédéral examine la question. «La Poste, dans sa posture et dans son ton, se comporte davantage comme une entreprise privée que comme une entreprise de service public. On le constate avec sa gestion de CarPostal ou sa réduction des offices postaux. Il faut que le Conseil fédéral, via la Commission fédérale de La Poste (Postcom) ou le surveillant des prix, vérifie si l’égalité de traitement est bien garantie.»

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