Les pauvres, ces indésirables

SociétéA l’heure où des Communes tentent de se débarrasser des personnes à revenu modeste, Caritas établit un lien entre la pauvreté et les difficultés à se loger.

Selon Caritas Suisse, les personnes de condition modeste ont trop de peine à trouver un logement décent dans notre pays.

Selon Caritas Suisse, les personnes de condition modeste ont trop de peine à trouver un logement décent dans notre pays. Image: Keystone

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La pauvreté et le logement sont étroitement liés. C’est le constat que dresse Caritas Suisse dans le cadre de sa campagne «Réduire la pauvreté de moitié», lancée en 2010. «Le logement contribue dans une large mesure au bien-être. A la fois refuge et lieu de relations sociales, il est un pivot de notre vie», souligne Marianne Hochuli, responsable du service études de l’organisation d’entraide. S’il est capital de disposer d’un logement adéquat, Caritas constate dans son monitorage de la pauvreté que cette condition n’est de loin pas garantie en Suisse pour les personnes de condition modeste.

Un cercle vicieux
Dans ce contexte difficile, l’organisation caritative dénonce une évolution récente: des Communes appellent les propriétaires et les gérances à ne pas louer leurs logements aux bénéficiaires de l’aide sociale. Président de Caritas, Hugo Fasel désigne en particulier le maire de Rorschach (SG), qui s’est réjoui de la démolition de bâtiments à loyer modeste et qui a souhaité que les occupants s’en aillent dans d’autres localités. Plus habiles, des Communes imposent de construire uniquement des immeubles d’un certain standing en jouant sur les taux d’occupation dans les plans de quartier.

Autre phénomène, les normes de l’aide sociale obligent certains bénéficiaires à déménager afin de trouver des logements meilleur marché. «On observe que les personnes pauvres sont plus mobiles que les autres, en raison aussi du choix limité qui s’offre à elles sur le marché du travail», indique Hugo Fasel. Cette mobilité peut aboutir à un cercle vicieux: déracinement et installation en périphérie, dans des quartiers ghettos.

Vu leurs moyens limités, ces personnes vivent souvent dans des logements trop petits, bruyants, voire insalubres. Les enfants sont particulièrement touchés: faute d’espace, ils ne peuvent pas s’isoler pour jouer et faire leurs devoirs, ce qui risque de perturber leur développement et de péjorer leurs résultats scolaires et leur avenir professionnel.

«La promiscuité renforce les risques de conflits familiaux», ajoute Marianne Hochuli. Le niveau élevé des loyers en Suisse peut être un facteur d’appauvrissement: la charge locative ne devrait pas dépasser 30% du budget du ménage. «Chez les personnes menacées de pauvreté, elle dépasse 40%, ce qui les oblige à économiser sur l’alimentation, les soins, les loisirs», note Marianne Hochuli. Or, l’Office fédéral du logement observe depuis des années que la part du loyer ne cesse d’augmenter pour les personnes économiquement faibles.

Bâle-Ville montre l’exemple
Caritas préconise d’associer étroitement la problématique du logement à celle de la pauvreté. «Les Cantons n’ont pas vraiment assimilé cette relation», constate Bettina Friedrich, responsable du service de politique sociale. Seul Bâle-Ville dispose d’une stratégie globale comprenant une analyse, des objectifs et des mesures. Une dizaine de Cantons – dont Vaud, Genève, Fribourg, Neuchâtel et Berne – disposent d’ébauches, mais ils se contentent pour l’instant d’encourager la construction de logements à loyer modéré ou destinés à des groupes de population spécifiques et de répondre à des situations d’urgence. Dix autres cantons (ZH, JU, VS notamment) se concentrent sur l’aide à la construction. Enfin, cinq ne font rien.

«L’impact des interventions des autorités sur le logement ne se fait sentir qu’à long terme, car l’inertie du marché est très grande», souligne Hugo Fasel. Les services sociaux se retrouvent donc réduits à des mesures d’urgence telles que louer elles-mêmes des logements trop chers ou se porter caution. Ce qui revient, selon Caritas, à «subventionner les bénéfices des propriétaires immobiliers».

Créé: 02.12.2014, 08h57

Le débat sur l’aide sociale est totalement biaisé

Président de Caritas, Hugo Fasel dénonce la dérive du débat sur l’aide sociale. «La discussion est totalement biaisée: au lieu de se pencher sur les causes de la pauvreté et sur sa prévention, on se concentre sur la réduction de l’aide sociale. Comme si cela pouvait éliminer la pauvreté!»
L’ancien conseiller national chrétien-social fribourgeois montre du doigt la concurrence fiscale «effrénée» qui a opposé les Cantons et les Communes ces dernières années et qui est la cause des déficits actuels: «Au lieu de reconnaître que cette politique a mené à une impasse, les politiciens privilégient désormais les économies. Ils ont trouvé un bouc émissaire, l’aide sociale, les personnes en situation de pauvreté qui, soit dit en passant, n’ont guère profité des baisses d’impôts.»

Derrière les quelques abus qui ont été montés en épingle, Hugo Fasel rappelle un «fait incontestable»: le nombre de personnes tombées dans la pauvreté ne cesse d’augmenter. Or
«on mène un combat contre les pauvres et non contre la pauvreté». Pour le président de Caritas, les récentes attaques contre les normes de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) sont particulièrement insidieuses. «D’aucuns exigent que l’aide sociale ne soit pas plus élevée que le salaire le plus bas. Plutôt que de tenir compte des besoins du bénéficiaire et de son ménage, c’est le marché qui définirait la pauvreté.» Une telle disposition tendrait à faire baisser le niveau des plus bas salaires en Suisse, selon Hugo Fasel.

Le président de Caritas est bien loin d’approuver les mesures prises par certaines Communes pour dissuader
les pauvres de s’installer chez elles (lire ci-contre). Mais il rappelle que les révisions successives de l’assurance-chômage et de l’assurance-invalidité ont alourdi les charges de l’aide sociale. Or, dans de nombreux cantons, ces charges sont supportées largement ou en totalité par les Communes
(voir notre tableau). Afin d’éviter la tentation de certaines Communes de se débarrasser de leurs habitants de condition modeste, Caritas préconise d’instaurer une péréquation sociale entre les Communes, telle que la connaissent nombre de Cantons de Suisse occidentale. «Une telle compensation est indispensable. Et c’est une solution qui a fait ses preuves entre les Cantons», souligne Hugo Fasel.

A l’heure actuelle, Vaud, Fribourg, Berne, Jura et Soleure pratiquent une péréquation sociale intégrale. A Genève, la question ne se pose pas, puisque la facture sociale est prise en charge par le Canton.

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