«Paysans et consommateurs doivent s’unir»

AgricultureLe National devrait rejeter l’initiative sur la souveraineté alimentaire, mais Schneider-Ammann en a pris pour son grade.

Pierre-André Tombez est le président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire

Pierre-André Tombez est le président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire Image: JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les oreilles de Johann Schneider-Ammann ont chauffé mardi. Alors que le National se penchait sur l’initiative «Pour la souveraineté alimentaire», bon nombre d’intervenants en ont profité pour critiquer la vision libérale du ministre en matière d’agriculture. Cela ne devrait toutefois pas éviter un rejet du texte du syndicat agricole Uniterre, jeudi. À l’exception des Verts, tous les partis trouvent qu’il va trop loin. Pierre-André Tombez est le président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire qui porte l’initiative. Il défend cette vision d’une agriculture écologique, sans OGM et tournée vers la production locale. Interview.

Le rapport sur l’agriculture de Johann Schneider-Ammann a suscité un tollé. Est-ce que cela renforce les chances de votre initiative?

Nous sommes convaincus d’avoir une bonne initiative et nous avons toujours eu des doutes sur la politique agricole de Johann Schneider-Ammann. Aujourd’hui, son credo libéral est apparu au grand jour dans ce rapport. C’est lui-même qui l’a dévoilé, ce n’est pas nous qui l’avons fait fuiter dans les médias. Tout le monde a pu se rendre compte que sa vision n’est pas du tout celle qu’il a promise lors de la dernière votation sur la sécurité alimentaire soutenue par près de 80% des Suisses. Notre initiative va dépasser le simple enjeu agricole, elle questionne notre façon de nous nourrir. Et si la vision libérale de Schneider-Ammann l’emporte, ce sont les consommateurs qui auront des problèmes.

Pourquoi les consommateurs devraient-ils craindre une politique agricole libérale?

Parce qu’on va importer davantage de denrées alimentaires, dont on ne sait pas comment elles ont été produites. Prenez l’exemple des traitements qui sont interdits d’utilisation en Suisse, mais que nos entreprises continuent de fabriquer et d’exporter. Comment Jacques Bourgeois (ndlr: directeur de l’Union suisse des paysans) peut-il soutenir cette situation? Non seulement ces produits seront utilisés dans des pays du tiers-monde avec des effets néfastes sur la santé des gens, mais en plus – en ouvrant grand les portes de l’importation – ces produits pourraient arriver sur nos étals. Au final, les Suisses pourraient se retrouver à ingérer des produits qui ont été bannis de notre agriculture. Franchement, on marche à côté de nos pompes.

«C’est la vision ultralibérale de l’agriculture de Johann Schneider-Ammann qui est extrémiste, pas la nôtre»

Le divorce est-il consommé entre l’Union suisse des paysans et Uniterre?

Il n’est pas question de divorce ou pas, il s’agit d’un constat très simple. Regardez ce qui s’est passé ces 25 dernières années, et comparez les différents dossiers agricoles et autres scandales avec les différentes prises de position. Vous vous rendrez compte que l’Union suisse des paysans s’est régulièrement trompée, alors que nous avions raison. C’est peut-être présomptueux de ma part, mais c’est un fait. À chaque fois, l’Union suisse des paysans a défendu l’idée d’un paysan producteur qui doit sans cesse s’agrandir, quitte à «bouffer» son voisin pour être bien placé sur les marchés. Aujourd’hui, l’USP se retrouve à faire le grand écart, car cette vision libérale conduit l’agriculture dans une impasse.

Si votre initiative recueille des sympathies, elle reste qualifiée d’extrémiste…

Cela fait des années qu’on nous traite d’extrémistes. Et pourtant nous sommes toujours là et nos idées avancent un peu plus chaque jour. Qui aurait parié sur le fait que nous allions lancer une initiative, recueillir toutes les signatures à temps et nous retrouver à défendre le texte devant le Parlement? Aujourd’hui, de plus en plus d’acteurs se rendent compte que c’est la vision ultralibérale de Johann Schneider-Ammann – avec son ouverture des frontières – qui est extrémiste, pas la nôtre. Les consommateurs n’en veulent pas. Ils veulent travailler main dans la main avec les paysans. Il faut changer de paradigme. Nous devons apprendre à produire moins, mais plus en adéquation avec la demande. Il y a presque un aspect sociétal dans notre initiative.

Votre initiative ne parle pas uniquement de production locale, mais aussi d’écologie ou encore d’interdiction des OGM. En multipliant les aspects, n’avez-vous pas affaibli votre texte?

On part du principe que le peuple est plus intelligent que les politiques, et qu’il est à même de comprendre les différents enjeux de notre initiative. Venez dans nos fermes, vous comprendrez très rapidement que tous ces aspects font partie d’un tout et qu’ils sont liés les uns aux autres. Le consommateur est prêt à payer pour une agriculture locale, mais il faut aussi garantir la qualité des produits, et répondre à ses exigences. Avec son initiative sur la sécurité alimentaire, l’Union suisse des paysans n’a pas voulu entrer trop dans les détails. On se rend compte aujourd’hui que cela n’a servi à rien. Avec notre texte sur la souveraineté alimentaire, nous prenons le pari inverse. (24 heures)

Créé: 05.12.2017, 19h26

L’initiative

L’idée
L’objectif est de favoriser une agriculture indigène, rémunératrice et diversifiée qui réponde aux attentes sociales et écologiques du peuple.
Terres
L’initiative veut inscrire dans la Constitution la préservation des surfaces cultivables
OGM
L’emploi dans l’agriculture d’organismes génétiquement modifiés serait proscrit
Distribution
Le texte prévoit aussi de favoriser les échanges commerciaux directs entre paysans et consommateurs
Import-export
L’initiative veut prélever des droits de douane sur les produits agricoles importés qui ne sont pas conformes aux normes helvétique. En «échange», aucune subvention ne serait accordée pour l’exportation des produits agricoles suisses.

Articles en relation

Agriculteur est un métier très exposé au burnout

Etude Un paysan sur huit risque l’épuisement professionnel. C’est deux fois plus que le reste de la population. Plus...

Berne déclare la guerre aux paysans

Politique agricole Johann Schneider-Ammann veut plus de libéralisme dans le secteur agricole. Levée de boucliers de toutes parts. Plus...

Réformer l’agriculture reste un casse-tête

Suisse Tiraillé entre libéralisme et protectionnisme, le secteur se cherche un avenir. Mais les paysans eux-mêmes n’arrivent pas à se mettre d’accord. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.