Les paysans suisses démolissent l’initiative pour une eau propre

EnvironnementL’USP estime que l’interdiction des pesticides et antibiotiques aurait des conséquences dramatiques pour toute la population.

Image: Sophie Dale - Unsplash

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L’Union suisse des paysans (USP) lutte contre le réchauffement climatique même lors de ses conférences de presse. Elle a choisi ce mardi matin une grange glaciale à Bätterkinden, dans une ferme non loin de Berne, pour lancer son combat contre l’initiative «Pour une eau potable propre». Celle-ci demande que seules les exploitations agricoles qui n’utilisent aucun pesticide ni antibiotique préventif, et qui élèvent un bétail nourri exclusivement avec du fourrage produit sur l’exploitation, reçoivent des subventions fédérales. Pour l’USP, si l’initiative passe, c’est la fin des haricots. Elle provoquera un gigantesque autogoal en pénalisant les exploitants, en augmentant la pollution et en favorisant l’importation massive de produits non contrôlés de l’étranger.

Pour asseoir son discours, l’USP a d’abord commandé une étude de cas à la Haute École des sciences agronomiques, forestières et alimentaires. Celle-ci a examiné onze exploitations agricoles de tailles et de natures différentes. Leur comptabilité a été passée au crible. Et une simulation a été effectuée si l’initiative était victorieuse. Quelle en serait la conséquence la plus frappante? Six exploitants sur 11 se prononcent pour un renoncement aux paiement directs. Ils auraient ainsi les mains libres concernant les prescriptions écologiques.

Adieu les poulets

Fabien et Annelies Thürler, aviculteurs dans le canton de Fribourg, expliquent leur dilemme. Ils possèdent 22 vaches et 4200 poulets sous le label Coop Natura Farm. Leur exploitation se trouve à 840 mètres d’altitude, en pente raide. Pour eux, le calcul est vite fait. «Si l’initiative passe, nous devrons cesser la production de poulets, affirme Fabien Thürler. Nous ne pouvons pas respecter la norme du fourrage produit sur place. Et si nous renonçons aux paiements directs, nous ne pourrons pas non plus nous lancer dans un élevage plus intensif, sous peine de perdre notre label.» La famille abandonnerait donc les poulets et serait contrainte d’aller chercher une job d’appoint ailleurs. «C’est néfaste pour notre qualité de vie et mauvais pour la population suisse, car on doperait ainsi les importations de poulets étrangers, sur lesquels nous n’avons pas de contrôle.»

Urs Bürgi, un autre paysan céréalier qui a participé à l’étude, se dit «choqué» par les conséquences pour son exploitation. Pour conserver les paiements directs, il devrait renoncer aux pesticides, ce qui entraînerait des récoltes plus exposées aux aléas de la météo, des productions plus petites et moins belles. Son chiffre d’affaires baisserait fortement. Même si les produits bios sont plus chers à la vente? «Si tout le monde se met au bio, les prix vont chuter.» Le viticulteur Boris Keller voit un autre problème. Le bio, c’est bien joli, mais cela pollue aussi en CO2. «Il faut faire plus de passages dans les vignes avec les machines que pour un traitement traditionnel.»

«Baisse de 45% du glyphosate»

Le directeur de l’USP, Jacques Bourgeois, s’attache à montrer que les paysans ne mettent pas les pieds au mur quand il s’agit de préserver l’environnement. «Au cours de la dernière décennie, l’utilisation des produits phytosanitaires dans l’agriculture conventionnelle a baissé de 27%, celle du glyphosate de 45%.» Il déclare que l’USP soutient aussi le plan de 51 actions pour réduire encore les pesticides. Exemple: le renoncement aux herbicides dans l’arboriculture, la viticulture et la culture des betteraves sucrières. Markus Ritter, le président de l’USP, abonde dans ce sens. Il attire l’attention sur «le véritable autogoal» de l’initiative, qui conduirait à une hausse des importations de produits ne respectant pas les normes suisses en matière d’écologie et d’élevage.

L’USP mènera une guerre frontale contre l’initiative, qui passera en commission du Conseil national la semaine prochaine. Pas question pour l’association de prêter la main à un contre-projet. «L’initiative est trop extrême», estime Jacques Bourgeois, qui ne veut pas offrir une porte de sortie aux initiants ni prendre le risque de diviser le monde paysan.

Créé: 07.05.2019, 14h47

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