Le PDC et le PLR envoient les femmes sur orbite

Élections au Conseil fédéralLe PDC retient Viola Amherd et Heidi Z’graggen pour l’élection du 5 décembre. Le PLR mise sur Karin Keller-Sutter et Hans Wicki.

C'est du PDC qu'est venue la surprise avec un ticket comprenant la conseillère nationale valaisanne Viola Amherd (à g.) et la conseillère d’État Heidi Z’graggen (UR).

C'est du PDC qu'est venue la surprise avec un ticket comprenant la conseillère nationale valaisanne Viola Amherd (à g.) et la conseillère d’État Heidi Z’graggen (UR). Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Drôle de scène sur la place Fédérale à Berne ce vendredi soir. C’est une élue Verte qui jubile. Vice-présidente d’Alliance F, l’organisation des sociétés féminines suisses, la conseillère nationale Maya Graf (BL) n’en revient pas: «Le 5 décembre sera peut-être un jour historique pour notre pays, le premier où on élira deux femmes en même temps au Conseil fédéral!» Et cela, sans quota, se plaisent à souligner le PDC et le PLR.

Au terme des auditions vendredi après-midi, trois des quatre candidats restants dans la course au gouvernement sont en effet des femmes. C’est du PDC qu’est venue la surprise. Le groupe parlementaire a placé la conseillère nationale Viola Amherd (VS) et la conseillère d’État Heidi Z’graggen (UR) sur son ticket. Au premier tour, la Valaisanne a obtenu la majorité absolue des 36 voix. Au second tour, l’Uranaise s’est détachée également à la majorité absolue. Une clarté qui surprend dans la mesure où cette célibataire de 52 ans ne vient pas du sérail fédéral et était encore peu connue il y a quelques semaines. «Elle est montée en puissance. Elle a été excellente», indique un membre du groupe PDC. L’Uranaise, au français chantant appris sur les bancs de l’Université de Genève, est en effet apparue solaire et souriante au terme des auditions. Les yeux rougis, son principal rival, le sénateur Peter Hegglin (ZG), peinait à encaisser le coup, tandis qu’Elisabeth Schneider-Schneiter (BL) y a cru jusqu’au bout.

Avec son ticket, le PDC ravit en tout cas ses femmes. «Évidemment que je suis contente!» lance Anne Seydoux-Christe (PDC/JU). Mais elle ouvre aussi l’élection. Le vote femmes qui était promis à Viola Amherd en cas de ticket mixte va désormais s’éparpiller. «C’est plus ouvert. Nous avons dés­ormais le temps de faire connaissance avec Heidi Z’graggen», lance Maya Graf. L’Uranaise, en couple avec un ancien député UDC zurichois depuis 10 ans, semble aussi à même de séduire à droite. «Oui, mais on préfère rarement une personne hors sérail à quelqu’un du parlement», rappelle un conseiller national. Reste désormais à tenter de départager les deux femmes sur leurs idées. Vendredi, aucune n’a pris de risque: «Je m’engage pour le consensus et la concordance», affirme Heidi Z’graggen. «Mon but est que la confiance soit renforcée dans les autorités et la politique», ajoute Viola Amherd.

Couru d’avance au PLR

Deux étages plus bas, au PLR, c’est la composition du ticket pour succéder à Johann Schneider-Ammann qui se joue. Karin Keller-Sutter ouvre le bal des auditions. Elle sort de la salle «soulagée» et «contente que ça commence enfin». Souriante, on la sent plus déterminée que jamais. Derrière elle, le sénateur Hans Wicki (NW) bombe le torse en affirmant «que tout s’est merveilleusement bien passé. On était entre copains.» Dernier à passer, Christian Amsler (SH) ne dément pas son caractère jovial en jouant sur sa taille – 1,96 m – qui ferait de lui un grand conseiller fédéral. «Nous avons même rigolé durant l’audition.»

Mais le suspense est de courte durée. Très rapidement le PLR choisit un ticket à deux. Et comme prévu, la sénatrice saint-galloise est retenue. Elle fait même un carton parmi ses collègues de parti, justifiant plus que jamais son statut de favorite. Comme prévu aussi, elle sera accompagnée de Hans Wicki. Le ministre schaffhousois Christian Amsler est éliminé. «Nous avions un problème de riche avec trois candidats excellents», lance Beat Walti, chef du groupe PLR. Dans une surenchère de superlatifs pour tenter de donner un peu de relief à une élection qui semble courue d’avance, la présidente, Petra Gössi, enchaîne avec un: «Je suis tellement fière du PLR.»

Mais derrière cette bonne ambiance de façade, on comprend que la bataille est lancée et que les deux candidats sont prêts à en découdre en vue de l’élection du 5 décembre. Passée l’émotion d’avoir été si fortement soutenu par son parti – ce qui lui donne «calme et force» –, Karin Keller-Sutter a rapidement montré qu’elle ne jouait pas dans la même catégorie que son adversaire, en n’hésitant pas à jongler entre les langues avec une facilité déconcertante.

À ses côtés, Hans Wicki fait pâle figure, en s’exprimant exclusivement en allemand. Ce n’est d’ailleurs que sur sa faible maîtrise du français que le Nidwaldien doit affronter les questions des journalistes. S’il n’a pas toutes les capacités linguistiques de sa concurrente, il a déjà un slogan qui montre sa lucidité sur la tâche qui l’attend: «Rendre possible l’impossible.»

Christian Amsler, lui, à déjà la tête tournée vers Schaffhouse. «C’est l’anniversaire de ma femme. Cette expérience aura été très enrichissante, mais ce soir, ma place est à côté de Liliane.»

Créé: 16.11.2018, 22h30

Viola Amherd s'explique

Viola Amherd ne paraît pas ébranlée par les différents articles critiques parus cette semaine à son propos dans les médias alémaniques. La Valaisanne est notamment accusée par l’UDC Oskar Freysinger ne pas avoir dit toute la vérité sur un acte notarié qu’elle a réalisé pour le canton du Valais en 2013. Oskar Freysinger était alors conseiller d’État. Cette histoire très complexe intervient après la révélation d’un jugement au civil pour des loyers encaissés en trop par Viola Amherd et sa sœur (un recours est pendant).
Ces révélations n’ont pas aiguisé la curiosité des collègues démocrates-chrétiens de la conseillère nationale vendredi. Aucune question à ce sujet ne lui a été adressée durant son audition. Elle précise: «Je n’ai pas dû répondre, car je me suis expliquée de manière ouverte et transparente au comité de sélection, à la commission d’examen indépendante, devant mon groupe ainsi qu’aux journalistes qui se sont adressés à moi.»
Face aux médias, le président du PDC, le Zougois Gerhard Pfister, s’est en tout cas gargarisé de la qualité des candidatures présentées par son parti. Son nom avait été maintes fois évoqué comme un possible candidat suite à la démission de Doris Leuthard. Des élus UDC le souhaiteraient. «Maintenant, avec le ticket que nous présentons, j’espère que toutes ces spéculations prendront fin», affirme Gerhard Pfister.

Lise Bailat

Commentaire

Si le PLR avait été courageux, il aurait lancé Karin Keller-Sutter seule dans la course

Le plus dur était déjà fait. En éliminant le conseiller d’État Christian Amsler du ticket, le groupe PLR a prouvé qu’il n’était pas qu’une simple caisse enregistreuse à candidatures. Il a pris ses responsabilités en faisant un premier tri. Et tant pis si la décision déçoit Schaffhouse, qui attendra pour fêter le premier conseiller fédéral de son histoire. Reste que cette décision laisse un goût d’inachevé. Le PLR aurait pu – et dû – présenter un ticket unique à l’Assemblée fédérale avec Karin Keller-Sutter.

Alors oui, pour le parti qui prône la concurrence, offrir un choix est dans son ADN politique. Mais encore faut-il que ce choix soit réel. Or, de suspense, il n’y en a pas. Face à la Saint-Galloise, Hans Wicki ne tient pas la comparaison et apparaît comme le porteur d’eau. Alors oui, lancer un ticket à deux permet d’éviter les candidatures sauvages. Mais faut-il encore qu’il y en ait. Or, on ne voit pas de quel parti pourrait venir le coup, tant Karin Keller-Sutter fait l’unanimité à gauche et à droite.

Le PDC en son temps avait osé lancer Doris Leuthard seule en course. Le contexte était particulier: l’Argovienne survolait la concurrence et il s’agissait de soigner le traumatisme de la perte – quelques années plus tôt – du deuxième fauteuil de ministre du parti. Mais à y penser, cette situation n’est pas si différente cette fois. L’élection de Karin Keller-Sutter permettrait aussi de soigner un traumatisme, celui du destin maudit des femmes PLR.

Le Parti libéral-radical n’a pas osé aller jusque-là. Dommage, car la course au Conseil fédéral, ce n’est pas l’école des fans. À la fin, il n’y a qu’un gagnant. Et quand on sent à l’avance qui sera élu, on peut légitimement se demander si la politique ne mériterait pas mieux que ce genre d’exercice alibi.

Florent Quiquerez

Articles en relation

L’idée d’un ticket «femmes» progresse au sein du PDC

Succession Leuthard Heidi Z’graggen séduit, quand Peter Hegglin déçoit. L’Uranaise pourrait doubler le Zougois et défier Viola Amherd en finale. Plus...

PLR cherche candidat(e) pour escorter sa favorite sur le ticket

Course au Conseil fédéral Le parti reste suspendu à la décision de Karin Keller-Sutter. En attendant, le réservoir des papables se vide. Plus...

Pas à pas, elles ont posé les bases de leur conquête

Politique Le Matin Dimanche Si deux femmes sont élues au Conseil fédéral en décembre, ce sera certainement celles-ci. Karin Keller-Sutter (PLR/SG) et Viola Amherd (PDC/VS) savaient que ce destin pouvait les rattraper. Retour sur leurs parcours particuliers. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.