Crainte de pénurie de bouchers et d’ingénieurs

EcopopLes patrons romands craignent pour la relève. Le vote du 9 février a déjà eu certaines répercussions

Dans le commerce de détail, de nombreux collaborateurs sont d'origine étrangère.

Dans le commerce de détail, de nombreux collaborateurs sont d'origine étrangère. Image: Patrick Martin

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Les bouchers et les ingénieurs ont un souci commun aujourd’hui: comment trouver une relève en Suisse si l’initiative Ecopop passe la rampe dimanche? Le texte qui prévoit un solde migratoire maximal de 0,2% par an inquiète les grands patrons, tant dans les métiers très qualifiés que dans ceux peu qualifiés. C’est le propos de deux poids lourds économiques locaux: le groupe Maus d’un côté, basé à Genève et à qui appartiennent les grands magasins Manor, et le groupe BG Ingénieurs Conseils de l’autre, basé à Lausanne.

«Ecopop nous menace directement. Nous n’engageons pas des étrangers pour le plaisir, mais par besoin», explique Jean-Bernard Rondeau, secrétaire général du groupe Maus. «Avec 22 000 employés, les métiers dont se compose notre groupe, comme les bouchers, les poissonniers, les boulangers et les vendeurs, requièrent parfois de grandes qualifications et n’attirent pas beaucoup de jeunes dans notre pays.» Il parle de métiers qui nécessitent des compétences particulières, tant humaines «pour être positif huit heures par jour» que techniques, avec un savoir-faire qui vient à manquer dans la région.

Même constat chez Laurent Vulliet, professeur à l’EPFL et directeur de BG Ingénieurs Conseils, qui compte 34% d’étrangers parmi ses 700 employés en Suisse. Mais pour lui, le réservoir d’employés disponible en Suisse est déjà en grande partie composé de ressortissants étrangers. Dans les domaines qui intéressent BG, l’EPFL compte 40% de diplômés étrangers en bachelor, 47% en master et presque 80% parmi les doctorants. «Cette importante proportion d’origine étrangère est en soi positive et je m’en réjouis, ajoute Laurent Vulliet. Mais comment faire pour engager ces jeunes si des quotas devaient être mis en place et en faire bénéficier les employeurs suisses?»

Course aux quotas
Autre souci commun: l’engagement de personnel tout au long de l’année. Le problème est dans les deux cas identique: «Si j’engage un employé étranger en début d’année et qu’il quitte la société, comment faire pour le remplacer une fois que les quotas auront été atteints?»

Laurent Vulliet parle, lui, de «course pour bénéficier des quotas» en début d’année. Jean-Bernard Rondeau imagine déjà un marché tronqué dans la vente, avec du démarchage entre employeurs et des rémunérations faussées.

Et pour les employés étrangers déjà en Suisse, au bénéfice de permis? «Ecopop et le 9 février, dans le cas où des contingents devaient être mis en place, nous pénaliseraient également avec cette catégorie d’employés, ajoute Jean-Bernard Rondeau. Si vous voulez engager un étranger, dans quelle catégorie devrait-on placer un étranger avec un permis C de deuxième ou troisième génération? Devrons-nous prouver qu’aucun ressortissant suisse ne correspond à ce poste? Franchement, nous ne savons pas comment nous ferons face à une lourdeur administrative prévisible.»

Croissance à l’étranger
Délocaliser ses activités est impossible dans le commerce de détail, mais cette possibilité n’inquiète guère de nombreux autres secteurs. C’est le cas dans le groupe BG Ingénieurs Conseils, aussi actif en France et en Algérie. Laurent Vulliet promet que les bureaux en Suisse s’y maintiendront quoi qu’il arrive «car les chantiers existeront toujours». «Sur le marché français, nous enregistrons 20% de croissance annuelle ces dernières années, ajoute-t-il. Un frein au développement en Suisse nous poussera à étendre davantage nos activités à l’étranger.»

Créé: 26.11.2014, 10h41

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