«Je suis persuadé qu’il a fait tout son possible pour les sauver»

Drame d'Arolla (VS)Le guide qui conduisait l’expédition mortelle à Arolla était très apprécié. Un compagnon de cordée raconte.

Le guide italien, âgé de 59 ans, avait foulé de nombreux très hauts sommets à travers le monde.

Le guide italien, âgé de 59 ans, avait foulé de nombreux très hauts sommets à travers le monde. Image: DR

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La terrible nuit d’Arolla a fait deux morts de plus. Six personnes, trois couples, y sont mortes de froid. Le drame connaît un immense retentissement en Italie car les six victimes sont toutes Trans­alpines. Des montagnards, tous expérimentés, qui ne semblaient pas promis à une pareille destinée. À commencer par le guide. Originaire de Côme, cet alpiniste aguerri de 59 ans était établi depuis de nombreuses années près de Chiasso où il avait fondé un bureau d’expéditions alpines.

De ce qu’il se raconte dans le milieu des sauveteurs et à Arolla, l’homme aura tout tenté pour venir en aide à son groupe. Jusqu’à y laisser sa vie. La police valaisanne confirme qu’il a été le premier à périr dans la tragédie, sans doute des suites d’une chute en voulant chercher le chemin dans la tempête. Si l’on en croit les journaux de la région de Côme, l’homme y était très apprécié et entretenait encore de solides liens, notamment avec la section du Club Alpin Italien. Dans le «Corriere della Sera», les amis du guide le décrivent comme quelqu’un de très apprécié, prudent et expert.

Professionnel très apprécié

À la lecture de son palmarès, cela se confirme. L’homme avait ainsi gravi trois sommets de 8000 mètres, sans apport artificiel d’oxygène. Tiziano Schneidt, guide de Lugano, était avec lui au sommet du Manaslu en 2010. Très ému, il ne parvient pas à évoquer un souvenir sans être submergé par l’émotion. «Nous étions proches même si nous ne nous voyions pas tout le temps. C’était un vrai professionnel. Je suis persuadé qu’il a fait tout son possible pour sauver ses clients. Il y a beaucoup de malchance dans cette affaire», nous confie-t-il.

À travers le monde, le premier de cordée avait escaladé quelques-unes des plus célèbres voies, dont El Capitan, au Yosemite, ou encore le Fitz Roy en Patagonie. Une vie dédiée à la montagne. Sur son site, il se définissait lui-même comme littéralement attaché à elle. «Chaque jour, chaque heure, chaque seconde que je passe en montagne m’enseigne l’esprit de l’aventure et m’offre des cadeaux inoubliables.» Tiziano Schneidt, lui aussi guide de montagne, évoque un ami «qui lui a énormément appris sur la gestion des groupes en montagne». Il décrit quelqu’un de généreux, «joyeux, avec toujours l’envie de bien faire». Son épouse, d’origine bulgare, l’avait également accompagné sur les très hauts sommets du monde et travaillait avec lui. Elle était là, cette nuit-là. Elle est la dernière victime à avoir succombé à ses blessures. Elle avait 52 ans.

À leurs côtés, deux autres couples âgés de 55 et 47 ans ont perdu la vie. Tous venaient de Bolzano et y étaient particulièrement connus et appréciés. Giovanni Dalponte, président de la section locale du Club Alpin, confiait à la RAI qu’ils étaient tous les quatre membres du Club depuis leur enfance et n’avaient jamais manqué une randonnée à skis. Parmi eux, Alice* avait pris une année sabbatique pour se consacrer à sa passion. Dans un ultime message qu’elle adressait à un ami le 24 avril, juste avant son départ pour la Haute Route entre Chamonix et Zermatt, elle lançait: «Je suis prête pour ma grande aventure. Le sac est prêt, j’espère que les jambes résisteront à la distance et au dénivelé.»

«Surtout, ne pas dormir»

Les cinq randonneurs qui n’ont été que légèrement blessés ont tous déjà quitté les différents hôpitaux. Il s’agit de trois Français, d’une Allemande et d’un Italien. Le père de ce dernier a été contacté par l’agence officielle italienne ANSA. Son récit fait froid dans le dos. Visiblement, tous se sont égarés durant la nuit et le groupe n’était plus entier. «Mon fils m’a dit qu’il avait essayé de faire de la gymnastique pour ne pas s’endormir. Il est resté debout toute la nuit. Je ne sais pas comment il l’a fait. Il a également exhorté les autres à bouger, à ne pas dormir, mais il ne pouvait pas les voir dans l’obscurité. Il ne savait pas où ils étaient.»

À l’aube, son fils et la randonneuse allemande ont vu deux autres skieurs venir dans leur direction et ils ont commencé à crier à l’aide avec le peu de voix qu’il leur restait. Ce n’est qu’à l’Hôpital de Viège, interrogé par la police, que le Transalpin comprendra que ses amis sont presque tous morts. Et deux des quatorze alpinistes pris au piège dimanche soir ne sont pas encore tirés d’affaire. *Prénom d’emprunt

Créé: 01.05.2018, 19h22

Un hiver particulièrement meurtrier

34 personnes ont perdu la vie cet hiver dans les montagnes suisses, dont 26 dans des avalanches. Lundi encore, un skieur français de 49 ans a été emporté par une avalanche dans la région du glacier de l’Allalin (VS) et est décédé dans la soirée à l’hôpital. Des victimes auxquels se sont ajoutés les décès des deux jeunes alpinistes sur le Mönch et les six randonneurs piégés à Arolla. Un triste record que l’on n’avait plus atteint depuis l’hiver meurtrier de 1999. Ce total ne prend pas en compte la disparition du milliardaire allemand Karl-Erivan Haub, début avril, près de Zermatt.

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