«Le petit-fils d’un immigré est déjà un citoyen suisse»

NaturalisationUne large alliance milite en faveur d’un accès facilité au passeport suisse pour les jeunes de la 3e génération.

Ada Marra (PS/VD) en maîtresse de cérémonie lors du lancement de la campagne pour la naturalisation facilitée

Ada Marra (PS/VD) en maîtresse de cérémonie lors du lancement de la campagne pour la naturalisation facilitée Image: KEYSTONE

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Peut-on encore appeler étranger les petits-enfants de la première vague d’immigrés? Cette question est au cœur du scrutin qui se jouera le 12 février. Les Suisses devront se prononcer sur la naturalisation facilitée des jeunes issus de la 3e génération. Une naturalisation facilitée, mais pas automatique. Ayant en tête l’échec de 2004, les partisans sont restés prudents. Ce projet, c’est le bébé d’Ada Marra (PS/VD). Sa conception aura été difficile. Entre le moment où elle dépose son initiative «Pour que la Suisse reconnaisse ses enfants» et l’élaboration d’un article constitutionnel soumis au vote, il aura fallu huit ans. Huit longues années de négociations. «Le résultat n’est pas révolutionnaire, reconnaît la Vaudoise. Mais il reste essentiel. Il renverse le fardeau de la preuve. Ce n’est plus à un jeune de montrer son intégration, mais aux autorités cantonales de prouver le contraire.»

Pas un droit du sol

Un compromis qui a l’avantage de séduire un large spectre politique. Des représentants de tous les partis, à l’exception de l’UDC, étaient rassemblés autour de la Vaudoise pour lancer la campagne. «Les petits-enfants d’immigrés pensent et vivent comme des Suisses, argumente Ruth Humbel (PDC/AG). Ils sont nés et ont grandi ici. Ils ont fréquenté nos écoles et s’engagent dans nos associations. Ils parlent la même langue. Leur pays d’origine, ils ne le connaissent que par les vacances.» Pour Lisa Mazzone (Verts/GE), ce sont des citoyens suisses, à qui il manque le droit de s’exprimer. «Le message que nous devons leur transmettre, c’est qu’ils sont ici chez eux», conclut Angelo Barrile (PS/ZH).

Plusieurs représentants ont toutefois rappelé qu’il ne s’agissait pas d’un droit du sol. «La naturalisation ne sera pas automatique, le jeune devra faire une demande», précise Kurt Fluri (PLR/SO). Et surtout remplir des conditions prédéfinies: avoir moins de 25 ans, être né sur territoire helvétique, être titulaire d’un permis C et avoir accompli au moins 5 ans de scolarité obligatoire en Suisse. D’autres exigences sont également réclamées aux parents et aux grands-parents. «Nous ne sommes pas en train de brader le passeport suisse», rétorque Beat Flach (PVL/AG), en réponse aux accusations de l’UDC.

Roulette russe

L’article constitutionnel permettrait aussi de mettre fin à la loterie des naturalisations. Aujourd’hui, les pratiques diffèrent largement d’un canton à l’autre. «En fonction de l’endroit où les jeunes vivent, c’est un peu la roulette russe, explique Ada Marra. Ce projet harmonise les pratiques.»

Reste qu’il sera difficile d’exister ces prochains mois. La votation sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises risque bien de capter la lumière médiatique d’ici au 12 février. Pour être visible, les partisans ont donc décidé de sortir du bois très tôt. Ils comptent aussi sur l’engagement de la société civile (milieux culturels, sportifs et de migrants). Les réseaux sociaux seront aussi fortement mobilisés pour toucher les jeunes. Un appel parrainé par les anciens conseillers fédéraux Ruth Dreifuss, Pascal Couchepin et Eveline Widmer-Schlumpf, des «autorités morales», a déjà été lancé.

Créé: 22.11.2016, 17h44

Six cantons alémaniques à convaincre

Qui peut prétendre au sésame rouge à croix blanche? Mêlant intégration, patriotisme et peur de l’étranger, cette question émotionnelle divise les Suisses. En 2004, lors du projet de naturalisation automatique de la troisième génération, l’UDC avait fait polémique avec son affiche de mains de couleurs tentant de s’emparer du passeport helvétique.
La campagne avait fait mouche. L’objet avait été rejeté par le peuple et les cantons. Quatre ans plus tard, les Suisses délivraient un autre message. En balayant l’initiative de l’UDC qui voulait une naturalisation par les urnes, ils refusaient de lier l’acquisition du passeport au bon vouloir des citoyens. C’est entre ces deux résultats contradictoires que navigue aujourd’hui le projet de naturalisation facilitée. Si on reprend le vote de 2004, le projet semble acquis dans les cantons romands (Valais excepté), ainsi qu’à Berne et à Bâle-Ville. Pour obtenir la double majorité du peuple et des cantons, les initiants vont donc axer leurs campagnes dans six cantons alémaniques. A l’image des swing states américains, ils pourraient faire la différence. Reste que le contexte international ne penche pas vraiment vers l’ouverture aux étrangers. Ada Marra en est consciente. «Quand on parle d’immigration, on mélange tout. Or les jeunes de la troisième génération ne sont pas des étrangers, mais des Suisses!» Si le texte passe, seuls quelques milliers de personnes pourraient obtenir le passeport de façon facilitée. La Suisse compte plus de 2 millions d’étrangers.

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