«Nous irons devant le peuple, si la droite refuse une contrepartie»

RetraiteLe président de l'USS, Pierre-Yves Maillard, met en garde ceux qui veulent toucher au compromis sur la réforme du 2e pilier.

Pierre-Yves Maillard a tenu ce jeudi la traditionnelle conférence de rentrée de l'Union syndicale suisse.

Pierre-Yves Maillard a tenu ce jeudi la traditionnelle conférence de rentrée de l'Union syndicale suisse. Image: Keystone

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Deux ans après l’échec de Prévoyance 2020, une nouvelle réforme des retraites vacille. Lundi, le président du PDC, Gerhard Pfister, s’est montré pessimiste sur les chances du compromis négocié entre partenaires sociaux pour pérenniser la prévoyance professionnelle. Un avis que ne partage pas du tout Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse. Interview.

La réforme du 2e pilier est-elle morte?
Non, je ne crois pas.

Gerhard Pfister dit que les critiques sont telles qu’il faudra trouver une nouvelle solution.
Il ne faut pas surinterpréter ses déclarations. S’il faut une réforme du 2e pilier, je n’ai pas encore entendu de proposition qui ait de meilleures chances que celle-ci. Elle est le fruit de négociations intenses de plus d’une année entre les partenaires sociaux. Le parlement a déjà essayé de baisser le taux de conversion sans contrepartie, et il a reçu des rejets cinglants du peuple. On peut recommencer l’exercice, mais je ne vois pas pourquoi la population accepterait aujourd’hui ce qu’elle a refusé hier.

Il n’y aurait donc pas d’autres alternatives?
Il y en a une, c’est de ne pas faire de réforme du tout. On ne baisse pas le taux de conversion, et les acteurs du 2e pilier sont obligés de dire qu’ils ont assez d’argent pour assurer les prestations. Ce serait un regret pour nous, parce qu’avec cette réforme il y a une restructuration des rentes qui est profitable aux bas salaires et aux femmes, mais nous prendrions acte d’une telle décision.

Vous regrettez les critiques du centre droit en pleine consultation?
Le PDC et le PLR ont toujours développé l’idée que le partenariat social est un des éléments constitutifs de notre culture politique. C’est nécessaire que les uns et les autres s’expriment, mais si les partis du centre droit commencent à dire que, sur un sujet pareil, ils n’entendent pas soutenir un tel compromis, c’est une rupture historique. Ça voudrait dire que tout ce discours autour de la proéminence du partenariat social perdrait de son sens. Mais surtout, ça ouvrirait la porte à de féroces batailles dans les urnes.

Êtes-vous prêt à négocier, ou ce compromis est-il à prendre ou à laisser?
Ce n’est pas dans ces termes que la question se pose. Si les partis de droite et les milieux patronaux veulent toucher au taux de conversion, alors nous avons trouvé des contreparties qui nous paraissent acceptables. Sans elles, nous combattrons par référendum toute baisse du taux de conversion.

Vous attendez donc que le parlement soit la Chambre d’enregistrement de vos revendications...
Ce n’est pas du tout ce que je dis. Le débat autour de ce dossier est légitime. Nous n’imposons rien à personne. Le parlement fait ce qu’il veut. La seule conséquence, c’est que si sa solution n’est pas acceptable, on en appellera à la population pour trancher. Et le dernier rejet du taux de conversion sans contrepartie, c’était en 2010 avec plus de 75% de non.

Votre projet n’est-il pas une copie de Prévoyance 2020 que le peuple a refusée? Sauf qu’au lieu d’un bonus de 70 francs pour l’AVS vous proposez un supplément de rente dans le 2e pilier.
Vous oubliez que dans Prévoyance 2020, il y avait aussi une hausse de l’âge de la retraite des femmes, et qu’ici, il n’y a pas de financement croisé entre AVS et prévoyance professionnelle. La compensation de la baisse du taux de conversion se fait directement dans le 2e pilier. C’est clairement une volonté des milieux patronaux. Nous, nous aurions volontiers mis ce renforcement de la logique de répartition dans le 1er pilier.

En introduisant un élément de solidarité dans le 2e pilier, n’êtes-vous pas en train de dénaturer sa spécificité d’assurance individuelle?
Dire que le 2e pilier est individuel, c’est une mécompréhension du système. Il y a aussi une logique collective dans la prévoyance professionnelle. La loi prévoit par exemple une partie de financement par des cotisations patronales. Le 2e pilier est une assurance sociale. Par le passé, plus d’un tiers des avoirs de vieillesse provenait des revenus sur la fortune. Si les experts nous conduisent à ne plus pouvoir compter sur ce tiers cotisant, alors il est logique de devoir compter sur davantage de répartition.

Que répondez-vous à ceux qui disent que cette réforme se fait sur le dos des jeunes?
Excusez-moi d’être direct, mais c’est l’argument le plus débile qu’on entend, et il est ressassé de toutes parts. On parle précisément d’un système de prévoyance pour les générations futures. Les «vieux», ils ont leurs rentes et elles ne sont pas mises en cause. Les jeunes vont cotiser pour leur propre retraite. Pour cela, il faut que les gens aient confiance dans le système. Nous voyons bien que beaucoup de milieux veulent saper cette confiance pour placer leur produit privé et lucratif de prévoyance dans le 3e pilier.

Il y a quelques mois, vous exigiez que les bénéfices de la BNS reviennent aux assurances sociales. On sent que cette idée prend, même à droite...
On a vu juste. Des discussions ont débuté au parlement, pour voir ce qui est possible de faire. L’UDC a fait des propositions, et on discute aussi avec d’autres forces politiques. Quand on voit que la réserve de distribution future va dépasser les 100 milliards, on ne peut pas ne rien faire. La Constitution dit que la BNS doit redistribuer ses bénéfices à la Confédération et aux Cantons. Il est temps que cela soit respecté. Cette somme peut aider la Suisse à affronter l’enjeu démographique posé aux assurances sociales.

N’est-ce pas un peu facile de compter sur la BNS?
Au contraire, cette redistribution fait du sens. Cette accumulation inédite de réserves est liée en partie à la politique des taux négatifs. Or ce sont ces taux négatifs qui posent des problèmes au 2e pilier. Tout est réuni pour que, de façon suprapartisane et dans l’intérêt national, les forces politiques et la BNS s’unissent pour trouver une solution.

Créé: 09.01.2020, 19h39

La réforme en cinq points

Baisse des rentes Le taux de conversion défini par la loi, soit ce qui transforme le pécule accumulé durant votre vie de travailleur en rente mensuelle, sera abaissé de 6,8% à 6%.

Contrepartie Sur quinze ans, les futurs retraités auront droit à des suppléments de rente: 200 fr. par mois à vie pour ceux qui partiront à la retraite dans les cinq ans suivant l’entrée en vigueur, 150 fr. les cinq années suivantes et 100 fr. pour la troisième tranche de cinq ans.

Hausse des cotisations Les salariés tout comme les patrons passeront à la caisse pour payer ces suppléments de rente. La réforme prévoit une ponction de 0,5% sur les salaires.

Pour les temps partiels Les employés seront assurés au 2e pilier à partir de 12'443 francs de salaire, contre 24'885 francs aujourd’hui. Cela permettra d’améliorer le financement des rentes, mais aussi les retraites des bas revenus, en particulier des femmes.

Pour les seniors Les bonifications de vieillesse seront simplifiées: le travail des plus de 55 ans coûtera moins «cher».

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