«La peur m’a donné la force de sauver mon fils de 3 ans»

Le Valaisan de 43 ans qui était parvenu à s’extraire in extremis de son chalet en feu à Troistorrents, son enfant dans les bras, revient sur cette nuit folle depuis son lit d’hôpital.

L’incendie du week-end dernier a entièrement détruit cet ancien chalet ainsi que le véhicule pick-up de son locataire. Ce dernier s’était réveillé une demi-heure après que l’alerte incendie a été donnée par des riverains…

L’incendie du week-end dernier a entièrement détruit cet ancien chalet ainsi que le véhicule pick-up de son locataire. Ce dernier s’était réveillé une demi-heure après que l’alerte incendie a été donnée par des riverains… Image: Police du Valais

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Mathias* et son garçon de 3 ans ont bien failli connaître le même sort que leurs animaux de compagnie. Leur lapin, pour sûr, a péri dans les flammes. «Peut-être que notre chatte a pu sortir et qu’elle va réapparaître», confie ce miraculé, 43 ans, depuis sa chambre du CHUV. Brûlé sur 18% du corps, et dans l’incapacité de marcher au moins jusqu’à la semaine prochaine.

«Les brûlures au second degré sont plus douloureuses qu’au troisième, mais, au moins, il est peu probable que je doive subir des greffes de peau», relativise celui qui a pourtant tout perdu dans l’incendie du chalet qu’il louait à l’année depuis sa paternité. Retour sur une nuit infernale, survenue le week-end dernier à Troistorrents (VS). «Je lui ai dit de me serrer très fort»

Hockeyeur à ses heures aux Sharks de Monthey, ce travailleur social revenait ce samedi d’un tournoi organisé à Sion. De retour sur sa colline avec son enfant en toute fin d’après-midi, Mathias s’est mis à faire des grillades sur son petit barbecue disposé à côté de son habitation entièrement faite de bois. Au coucher du soleil, vers 20 h 30, les températures étaient devenues glaciales, en raison notamment d’une légère bise: quelques degrés tout au plus.

«J’utilise régulièrement ce gril, mon fils et moi en sommes friands, reprend le quadragénaire. Mais avant de rentrer dans le chalet, je m’assure toujours que le feu se soit bien éteint.» Le Valaisan n’aura veillé qu’une demi-heure après avoir mis son garçon au lit, vers 21 h 30.

Peu avant 2 h du matin, l’alerte incendie est donnée par des riverains. La fournaise se développait déjà depuis une trentaine de minutes lorsque Mathias s’est réveillé… «Il était exactement 2 h 27, je l’ai lu sur l’horloge: j’entendais des crépitements importants au niveau du plafond de ma chambre, un bruit très fort. J’étais surpris de voir que l’extérieur était teinté d’une couleur jaune flamboyante, quelque chose de très clair. Je me suis alors penché par la fenêtre, j’ai levé la tête, et j’ai vu d’immenses flammes qui ravageaient le toit… l’adrénaline est montée d’un coup.»

Et pour cause: la porte d’entrée principale – située au même niveau que les deux chambres – était en feu, et la fumée s’accumulait dans la pièce centrale. «L’incendie était bien avancé: tout commençait à péter!» Le hockeyeur attaquant s’est alors précipité vers son garçon. «Je l’ai pris dans mes bras. J’ai ensuite essayé de briser la vitre de l’autre porte qui donne sur l’extérieur, en donnant deux ou trois violents coups de pied, mais elle n’a pas cédé.» Le quadragénaire retourne alors dans sa chambre et songe à sauter par la fenêtre. Cette pièce ne donnant pas du même côté que l’entrée principale, la hauteur entre cette ouverture et le terrain en pente était d’environ 3 mètres…

«Seul je l’aurais fait, mais pas avec un enfant de 15 kg dans les bras. Je lui ai alors dit de me serrer très fort, et j’ai pris mon élan pour sauter le plus loin possible dans les flammes de l’entrée.» Vêtu uniquement de son caleçon, le Valaisan roule au sol, tout en plaquant son fils contre lui.

«Quand nous sommes arrivés sur place, le rescapé se trouvait en contrebas de la colline au bord de la route cantonale, en train d’être pris en charge par les ambulanciers», témoigne le commandant des pompiers du val d’Illiez, Glenn Martignier. «La bâtisse était déjà totalement enflammée. Dans d’anciens chalets comme celui-ci avec une grange à l’étage, dès que l’intérieur est rempli de fumées, elles prennent rapidement feu, si bien qu’on a très vite une inflammation intégrale du bâti.» Chef de l’intervention, le soldat du feu précise qu’il s’en est fallu de peu pour que le brasier se propage aux arbres environnants. Certains ont quand même été atteints.

Dans l’ambulance, durant la demi-heure de transfert jusqu’au CHUV, Mathias est à même de parler avec son garçon, mais il n’est pas tranquille. «J’avais la boule au ventre, il avait quand même aussi des marques sur le corps…» Des blessures qui se sont heureusement avérées bénignes, et aucune inhalation de fumée – certainement grâce au fait que la porte de la chambre de l’enfant avait été laissée fermée jusqu’à l’intervention héroïque du Valaisan.

Si bien que le bambin a pu ressortir de l’hôpital le dimanche soir. «Il se souvient de tout…» indique le quadragénaire. L’homme a en revanche été intoxiqué: intubé jusqu’à mardi, il a dû subir deux lavements de ses bronches.

Du chalet et du pick-up, il ne reste que peu de choses après le passage des flammes. Crédit photo: DR.

«La cause ne peut être qu’accidentelle»

«On n’est pas passé loin d’une tragédie: je ressens avant tout une grosse fierté, lâche le miraculé. J’ai bien sûr eu peur pour mon fils, la situation était extrêmement critique. Mais cette peur m’a poussé en avant, décuplant ma force physique: elle m’a permis d’avoir les gestes qui ont fait que nous avons eu la vie sauve.»

Court-circuit électrique, braises du gril soufflées par le vent, voire incendie criminel? Dirigée par la procureure Marie-Line Voirol Revaz, l’enquête sur les causes du sinistre n’en est qu’à ses balbutiements. «Pour moi c’est un pur accident, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire différemment», poursuit le travailleur social, qui n’avait allumé aucune source de chaleur dans son chalet en cette nuit glaciale, pas même la cheminée. Ces prochaines semaines, la priorité pour Mathias et sa compagne sera de retrouver un logement.

* Prénom d’emprunt

Créé: 22.04.2019, 08h54

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