«On ne peut pas compter sur l’école pour apprendre le français»

VotationZurich vote sur l’enseignement des langues en primaire. Le système actuel n’est pas bon jugent des parents francophones.

L'initiative «Davantage de qualité – une langue étrangère à l’école primaire» veut supprimer l'enseignement du français ou de l'anglais dans les petites classes.

L'initiative «Davantage de qualité – une langue étrangère à l’école primaire» veut supprimer l'enseignement du français ou de l'anglais dans les petites classes. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Etablie dans le canton de Zurich depuis une vingtaine d’années, Dominique Constantin pose un regard sévère sur la qualité de l’enseignement du français à l’école primaire zurichoise. Cette Franco-Valaisanne, qui préside une association francophone à Winterthour et donne des cours privés de français, ne manque pas d’exemples pour étayer son point de vue. Comme cette traduction confuse déclamée un jour par un enseignant devant la classe de l’un de ses trois enfants: «Elle pond la trousse sur la table.» Son jugement est sans appel. «L’enseignement du français est très mauvais. Il faut changer quelque chose.» Elle n’est pas la seule à le penser. Mais la solution prévue par l’initiative cantonale «Davantage de qualité – une langue étrangère à l’école primaire» lui reste en travers de la gorge.

Les Zurichois sont appelés à se prononcer dimanche sur ce texte qui vise à repousser les cours d’un second idiome «étranger» au secondaire. Objectif des trois syndicats d’enseignants à l’origine de la proposition: soulager des écoliers «surmenés» par l’apprentissage de deux langues en plus de l’allemand. Et de citer les résultats d’une évaluation réalisée en 2015 en Suisse centrale selon laquelle de nombreux élèves n’atteignent pas les objectifs fixés en français à la fin de la scolarité obligatoire.

En cas de oui le 21 mai, le Conseil d’Etat devra choisir si c’est l’anglais ou le français qui passe à la trappe. La ministre de l’Education Silvia Steiner (PDC) a déjà fait son choix et dit son attachement à la langue de Molière.

Désintérêt pour le français
Au sein de la communauté francophone de Zurich, l’initiative n’en est pas moins perçue comme une attaque à peine voilée contre le français. «C’est évident que c’est celui-ci qui est visé», affirme Philippe Clemmer, président du Cercle francophone. Comme d’autres Romands, ce Neuchâtelois retraité, installé depuis une trentaine d’années dans le canton, remarque avec regret le désintérêt croissant des Zurichois pour le français au profit de l’anglais. Il ne lit toutefois pas dans le projet de réforme un rejet de sa langue maternelle. «A mon avis, si les Zurichois acceptent l’initiative, ce sera par pragmatisme. Ils estiment avoir davantage besoin de l’anglais.»

Dominique Constantin, elle, est entrée dans une colère noire en tombant sur une affiche de campagne des initiants. On y lit le terme «Frengzöslisch». La contraction vise à souligner la confusion que susciterait l’enseignement simultané de l’Englisch et du Französisch. «A mes yeux, c’est surtout ce dernier qui est visé. Les Anglophones ne vont sûrement pas se sentir attaqués.»

La Franco-Valaisanne y voit un affront au plurilinguisme helvétique. Elle reste convaincue de l’importance de l’enseignement précoce de langues étrangères malgré les failles observées pour le français. Ces lacunes, elle les impute en grande partie au corps enseignant. «En primaire, de nombreux professeurs – il y a des exceptions, bien sûr – n’ont pas les compétences nécessaires. C’est la conséquence notamment d’un manque de moyens.»

«A mon avis, ce sont les enseignants qui sont surchargés, pas les élèves», poursuit Philippe Clemmer, dont les enfants ont suivi leur scolarité à Zurich. Et qui tient à souligner: «Au gymnase, le niveau d’enseignement est excellent.»

«Même avec deux parents francophones, si on veut que son enfant sache écrire le français, puisse le lire, on ne peut pas compter uniquement sur l’école publique»

Julie (prénom d’emprunt) et son mari tenaient absolument à ce que leur fille maîtrise correctement leur langue. «Même avec deux parents francophones, si on veut que son enfant sache écrire le français, puisse le lire, on ne peut pas compter uniquement sur l’école publique. Les professeurs ne sont pas motivés. Et l’apprentissage commence tard comparé à l’anglais.»

Arrivé sur les bords de la Limmat il y a 20 ans, le couple vaudois a donc investi quelque 2000 francs par année pendant près de quatre ans pour des cours privés. «On aurait pu mettre notre fille au Lycée français, mais je suis attachée à l’école publique.»

Au Lycée français de Zurich, justement, on observe depuis plusieurs années une hausse du nombre d’élèves. La proportion d’écoliers possédant un passeport suisse augmente elle aussi, atteignant aujourd’hui 10%. Le signe d’un mécontentement vis-à-vis de l’enseignement du français en public? «Nous ne pouvons pas tirer cette conclusion», répond Corinne Colin, responsable communication. Laquelle souligne cependant une nouvelle tendance: des élèves inscrits en public qui prennent une année sabbatique ou quelques mois pour consolider leurs connaissances en immersion dans l’établissement privé.

Besoin de cours privés
Présidente de l’association Cours FLAM, qui donne des cours de langue et de culture d’origine à des jeunes francophones jusqu’à la 6e primaire, Sylvie Boutard Conoscenti reçoit des demandes d’élèves souhaitant renforcer leurs connaissances avant de passer l’examen d’entrée au gymnase. «Nous ne sommes pas les seuls. La concurrence est féroce dans ce domaine. Si le français est relégué au secondaire, les parents devront sans doute dépenser plus d’argent en cours privés.» (24 heures)

Créé: 18.05.2017, 07h08

Elles aiment la langue de Molière, mais pas leur prof

«Alors, on parle en allemand ou en français?» Rires suivis d’une réponse un peu gênée: «En allemand ce serait mieux.» Emina et Abi, deux adolescentes zurichoises de 15 ans, ont cinq années de cours de français derrière elles. Mais il est difficile pour elles de converser dans la langue de Molière. Elles s’en sont encore rendu compte voici quelques jours lors d’un camp d’une semaine en Suisse romande – une première incursion de l’autre côté de la Sarine pour Emina.

«A l’école, on nous apprend la grammaire, mais pas assez à nous exprimer spontanément», avance cette dernière. Devoir apprendre le français et l’anglais dès la 5e a-t-il joué un rôle? Etait-ce trop? «Pas du tout», répondent les deux jeunes filles, étonnées. Et tout à fait opposées à l’initiative visant à n’enseigner qu’une langue étrangère en primaire. «C’est la méthode qui ne va pas. Et notre prof. Le français est une belle langue, mais je n’aime pas notre enseignante actuelle. En primaire, j’aimais mieux le français car notre prof était bien!» dit Abi. «Notre maîtresse nous décourage», confirme Cléo, 15 ans, pourtant meilleure élève de sa classe en français. L’adolescente a un avantage: ses parents sont Romands. Si elles trouvent l’anglais plus facile, Abi et Emina ont aussi de bonnes notes en français. Toutes sont conscientes de l’importance de maîtriser une autre langue nationale. D’autres, dans leur école, ne pensent pas de même, rapportent les adolescentes: une majorité d’élèves sondés a dit son souhait de ne devoir suivre que des cours d’anglais en dernière année de secondaire.

Emina, 15 ans

Abi, 15 ans

Cléo, 15 ans

Articles en relation

Le français d’abord! Ce n’est pas négociable

Editorial Plus...

«Vivre dans un pays plurilingue est un cadeau»

Suisse La linguiste Claudine Brohy est favorable à l’enseignement précoce des langues. Elle revient sur le débat actuel. Plus...

La Thurgovie défie Alain Berset

Guerre des langues Le Grand Conseil a accepté l’idée de biffer le français de la grille scolaire. Le canton avait pourtant mis de l’eau dans son vin. Plus...

Menace sur le français en primaire à Zurich

Enseignement Une initiative populaire demande à ce qu’une seule langue étrangère soit enseignée aux écoliers. Plus...

La Suisse alémanique s’enflamme sur la guerre des langues

Enseignement Les commentateurs alémaniques se montrent très critiques sur le projet Berset d’imposer le français au primaire. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.