Passer au contenu principal

«On peut s'attendre à un exode de l'innovation»

Bruno Studer, de l’EPFZ, revient sur l’arrêt de la Cour de justice de l’UE, pour qui les nouvelles techniques sur le génome sont des OGM

Pour Bruno Studer, ces nouvelles techniques peuvent permettre d’améliorer la résistance aux maladies de cultures génétiquement complexes, comme le blé.
Pour Bruno Studer, ces nouvelles techniques peuvent permettre d’améliorer la résistance aux maladies de cultures génétiquement complexes, comme le blé.
KEYSTONE

Ce mercredi, la nouvelle a surpris beaucoup de monde. La Cour de justice de l’Union européenne (UE) a décidé dans un arrêt que les organismes issus de nouvelles techniques (dites de mutagénèse dirigée) sont des organismes génétiquement modifiés, des OGM. Contrairement aux OGM classiques, ces fruits, céréales ou autres légumes sont obtenus sans insertion d’un ADN étranger. Mais leur matériel génétique est bel et bien modifié.

Pour les juges européens, les risques sont les mêmes qu’avec les OGM classiques et les règles ne doivent donc pas être différentes (par exemple en termes d’étiquetage, de surveillance ou de règles d’autorisation). Cette décision est saluée par les anti-OGM. Elle crée en revanche l’incompréhension chez de nombreux scientifiques. Bruno Studer, professeur au département des sciences environnementales de l’EPFZ, est de ceux-là. Spécialisé dans la sélection végétale et membre du Forum Recherche génétique de l’Académie des sciences naturelles, il répond à nos questions.

----------

A lire aussi : Les juges européens mettent le holà aux «nouveaux OGM»

----------

Quelles sont les conséquences de la décision européenne?

La recherche fondamentale n’est pas directement affectée par ce jugement. Dans ce domaine, nous utilisons déjà largement ces nouvelles technologies, comme celle appelée Crispr/Cas9. Par contre, ce jugement a un réel impact sur la possibilité de transposer les innovations issues de la recherche sur le terrain, pour créer de nouvelles variétés végétales. Or, il y a un besoin urgent de développer ces innovations, par exemple pour améliorer la tolérance à la sécheresse et la résistance aux maladies. A plus long terme, on peut certainement s’attendre à un exode de l’innovation vers les Etats-Unis ou la Chine.

Quitte à prendre des risques? Les scientifiques disent que les changements induits par ces techniques peuvent se produire dans la nature. Est-ce vraiment le cas pour toutes les applications?

Non. La technique Crispr/Cas9 peut être utilisée pour créer une mutation simple. De telles mutations se produisent au quotidien dans la nature et sont à la base de l’évolution et de notre existence. Mais cette technique permet aussi d’introduire des gènes extérieurs, qui appartiennent à la même espèce ou à une autre espèce. Ce deuxième cas relève clairement de la loi actuelle sur le génie génétique. Dans ce débat, il faut faire une distinction. L’important n’est pas la technologie elle-même mais son application, qui doit faire l’objet d’une évaluation des risques et, si nécessaire, d’une réglementation.

Avez-vous des exemples d’utilisation de cette technique, sans recourir à des gènes extérieurs?

Pour la Suisse, certaines approches sont intéressantes. Elles permettent d’améliorer la résistance aux maladies de cultures génétiquement complexes, comme le blé ou les pommes de terre, ou de cultures qui sont relativement difficiles à contrôler par la sélection traditionnelle, comme les pommes. Aux Etats-Unis, on a déjà une longue liste de produits, telle qu’une variété de maïs résistant à la sécheresse pour ne donner qu’un exemple d’actualité.

Comprenez-vous la méfiance du public?

Absolument. Depuis plus de 20 ans, la population est mise en garde sur les dangers que les OGM font courir à nos plantes, et cela de façon très émotionnelle. Ces images sont profondes et il faudra du temps pour que l’opinion publique change.

----------

A lire aussi : Edito : Les Suisses ne voudront pas des nouveaux OGM

----------

Peut-être a-t-elle aussi raison de se méfier de la science...

Il y a une évolution inquiétante. Avec les médias modernes, tout le monde est expert en tout. Ajoutez-y les fake news, et le mélange devient dangereux. Du coup, une question se pose pour le public: où trouver des informations fiables à l’avenir?

Selon vous, c’est une question de temps pour que cette opinion change?

Le temps va jouer un rôle, mais aussi l’annonce que des produits intéressants ont été obtenus avec ces nouvelles techniques.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.