Pfister heurte les bastions progressistes du PDC

Ligne politiqueLe parti tente à nouveau de muscler son profil. Son président veut le définir comme social-conservateur. Réactions mitigées.

Le président du PDC Gerhard Pfister défend une ligne conservateur-social.

Le président du PDC Gerhard Pfister défend une ligne conservateur-social. Image: Keystone

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De tous les partis qui siègent à Berne, il est celui dont le spectre politique est le plus large. Dire que le PDC est tiraillé entre ses ailes sociale et libérale relève de l’euphémisme. Un déchirement qui n’aide pas le parti à stopper son érosion permanente. En accédant à la présidence du parti, Gerhard Pfister avait promis de clarifier sa ligne.

L’épreuve de force commence samedi à Genève. Devant le congrès du parti, le Zougois présentera les grands contours de sa réforme «PDC 2025». Un point suscite déjà des crispations. En qualifiant la nouvelle politique du parti de «sociale-conservatrice», Gerhard Pfister fait hérisser le poil de plusieurs élus. D’autant plus que dans une interview au Tages-Anzeiger, il dit renoncer à prendre position sur certains sujets de société, comme le mariage pour tous. Un point pourtant défendu par une partie du PDC.

Serait-ce le retour des démocrates-chrétiens dans le giron du conservatisme? A Berne, on murmure que le très influent et autoritaire Gerhard Pfister tente d’imposer sa marque au parti. Son objectif: durcir la ligne pour tenter d’un côté de se différencier du PLR et de l’autre de séduire l’électorat UDC.

De quoi inquiéter les sections les plus progressistes du parti. «On est clairement contre cette vision, tranche Bertrand Buchs, président du PDC Genève. Ici, le terme conservateur passe mal. Avec les autres sections romandes, nous l'avons expliqué à Gerhard Pfister. J’avais l’impression qu’il avait compris. Aujourd’hui, nous nous sentons mis devant le fait accompli. Cette proposition va faire débat au congrès. C’est dommage pour l’image du PDC.»

Sensibilités différentes

«Le sujet peut devenir délicat, reconnaît Claude Béglé (PDC/VD). Selon lui, il y a une différence de sensibilité entre la Romandie – arc lémanique en tête – et la Suisse orientale et centrale. «C’est le cas dans la plupart des partis et pas seulement au PDC. Nous sommes des zones urbaines avec des universités et des multinationales qui induisent un brassage de population. D’où nos visions progressistes et plus ouvertes, et nos positions plus sociales.»

Le Vaudois ne minimise pas la portée de cette dénomination. «Les mots entraînent des conséquences. Si conservateur veut dire bourgeois, favorable à la responsabilité individuelle et au sens entrepreneurial, je peux m’y reconnaître; mais si ce terme est synonyme de repli, alors cette vision peut me poser problème. Je souhaite que ce point soit clarifié.»

Les Femmes PDC, dont la ligne est aussi qualifiée de progressiste, sont moins alarmistes. «Ce papier de position n’est pas fermé. J’attends de voir l’écho que lui donneront les délégués, répond Anne Seydoux (JU).» La sénatrice tient toutefois à relever que le terme «social» reste. «C’est essentiel, car c’est lui qui nous différencie des autres partis de droite». Pour le reste, elle a du mal à évaluer la portée de cette nouvelle ligne. Je me sens plus proche de la vision «libérale sociale» développée à l’époque par Lucrezia Meier-Schatz et Jacques Neirynck.»

La timidité de Gerhard Pfister sur les questions de société n’est pas perçue comme un manque de courage. «Nous devrons de toute façon y faire face, explique la Jurassienne. En Allemagne, Angela Merkel a dû se positionner très vite sur le mariage pour tous. Je préfère que Gerhard Pfister dise qu’il s’agit d’une question personnelle, plutôt qu’il impose une ligne qui ne reflète pas nos différentes sensibilités. Ça montre qu’il existe un espace de dialogue.»

Dédramatiser

Face aux craintes, le président dédramatise. «Ce que nous proposons est le résultat d’un processus où tous les groupes intéressés ont pu donner leur avis. Je me réjouis d’un débat, mais il ne faut pas voir cette étiquette comme un changement radical.» Et de préciser l’emploi du terme conservateur: «L’idée est de conserver les valeurs qui font la Suisse, à l’image du compromis sur l’AVS. L’équilibre social est une de ces valeurs.»

Gerhard Pfister se défend aussi d’un pas en arrière sur les questions de société. «Ce sont des décisions qui sont intimement liées à la conscience de chaque élu. Au PDC, nous sommes tous d’accord sur le principe de la dignité de l’homme. Mais cette dignité peut se traduire de plusieurs façons.»

Créé: 24.08.2017, 19h12

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