La pharma brandit la menace d’une pénurie de médicaments

SantéBerne veut réduire la facture des génériques. Le débat sera vif cette fin de semaine en commission du Conseil national.

Producteurs de génériques et pharmaciens craignent une réduction des marges si un prix de référence est fixé.

Producteurs de génériques et pharmaciens craignent une réduction des marges si un prix de référence est fixé. Image: KEYSTONE

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L’approvisionnement de nos pharmacies sera-t-il encore davantage mis sous pression si le prix des génériques baisse en Suisse? La question est posée alors que la Commission de la santé du Conseil national va débattre, en cette fin de semaine, des mesures envisagées pour réduire la facture de ces médicaments, qui coûtent en moyenne deux fois plus cher que dans nos pays voisins.

Pour réduire cet écart, le Conseil fédéral propose d’introduire un prix de référence. Avec ce système, un montant maximal remboursé par l’assurance est fixé pour les médicaments dont le brevet est échu et qui contiennent la même substance active. Son calcul est fondé sur les tarifs pratiqués à l’étranger. Et si le prix d’une pilule dépasse cette somme, l’assuré doit payer la différence. Des économies de 300 à 500 millions de francs par an sont espérées.

Marges insuffisantes

Les opposants au projet, parmi lesquels on trouve les producteurs de génériques et les pharmaciens, brandissent le risque de pénurie. Selon PharmaSuisse (la Société suisse des pharmaciens), 3223 médicaments ont été en rupture de stock l’an dernier, contre 1515 en 2016. Pourquoi le problème s’aggraverait-il avec le prix de référence? «Il y aurait un risque que de plus en plus de médicaments, dont certains sont vitaux, soient retirés du marché; en effet, leur commercialisation deviendra plus difficile pour les fournisseurs de génériques et les pharmacies, en raison de l’insuffisance des marges», affirme Christoph Herzog, responsable de la communication de l’entreprise de génériques Mepha Suisse SA.

L’association des entreprises génériques du pays, Intergenerika, est sur la même longueur d’onde. Selon son directeur général, Axel Müller, la branche subira des pertes si les prix européens sont appliqués. Il ajoute que ces médicaments ne peuvent pas simplement être importés d’Europe: ils sont réalisés pour la Suisse – avec des approbations et des études particulières ainsi que des productions en petites quantités. Bref, notre marché est spécial et engendre des coûts supplémentaires.

Enea Martinelli, membre du comité de direction de PharmaSuisse, conclut qu’en cas de pénurie internationale la Suisse pourrait être laissée de côté. «Les premiers servis seront ceux qui offriront les meilleures perspectives de profit, c’est-à-dire les grands pays à forts chiffres d’affaires, ou des pays qui rapportent bien, parce que les médicaments sont chers. Inutile de dire que nous ne faisons pas partie des grands pays.» Son organisation regrette en outre que la pression ne se fasse pas d’abord sur les médicaments les plus chers et pour motiver les gens à utiliser encore plus de génériques.

Un risque de pénurie? L’argument fait bondir les partisans du changement. «Ce problème n’est pas lié au prix de référence mais au système de production, centralisé et en flux tendu, ainsi qu’aux marges excessives qu’en attend la pharma», argumente Yannis Papadaniel. Responsable santé à la Fédération romande des consommateurs (FRC), il reproche en outre aux entreprises d’avoir créé la situation actuelle «en centralisant la production pour augmenter les marges».

Du côté des assureurs, SantéSuisse ajoute que 80% des principes actifs de ces médicaments proviennent d’Asie. Et que les problèmes d’approvisionnement se posent aussi bien en Suisse que dans des pays qui ont introduit un système de prix de référence.

«À la limite du chantage»

Le débat s’annonce chaud à Berne, où des élus considèrent que les arguments des producteurs sont «à la limite du chantage». «Ce n’est pas une menace, réplique Thomas de Courten, conseiller national (UDC/BL) et président d’Intergenerika. Pour rester sur le marché, les entreprises doivent gagner un peu d’argent.»

Pierre-Yves Maillard (PS/VD), qui ne croit pas au risque de pénurie, s’étrangle. «Si le problème décrit par les opposants au projet devait se poser, ce serait l’aveu que les producteurs créent la pénurie volontairement quand les marges cessent d’être excessives. Une autorité ne peut pas accepter cela.» Pour le socialiste, les pouvoirs publics devraient dans un tel cas réfléchir à la possibilité de produire de façon indépendante ces médicaments.

Philippe Nantermod (PLR/VS), qui s’oppose lui aussi aux producteurs, avance une autre solution. Pour lutter contre les interruptions dans les livraisons, il préconise d’abolir les barrières administratives aux importations parallèles. «Pour les génériques, les achats dans l’Espace économique européen sont autorisés. Mais ils sont soumis à des règles, comme la nécessité de changer l’emballage pour avoir les informations dans les trois langues nationales. La Suisse est un pays ouvert. Rien ne justifie une approche différente pour le seul marché des médicaments.»

Créé: 19.02.2020, 17h24

300

En millions de francs par an, il s’agit du montant minimal des économies espérées par le Conseil fédéral avec l’introduction du prix de référence des génériques.

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