La photo qui rapporte 400'000 francs au Jura

InsoliteUn féru d’histoire prouve, grâce à un livre déniché dans une brocante, que l’armée a pollué le sol jurassien en 1915. Elle a donc payé.

Ce cliché, saisi durant la Première Guerre mondiale sur les hauteurs de Delémont, prouve que l’armée suisse a pollué le sol avec ses tirs, notamment d’obus.

Ce cliché, saisi durant la Première Guerre mondiale sur les hauteurs de Delémont, prouve que l’armée suisse a pollué le sol avec ses tirs, notamment d’obus. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est l’histoire d’une trouvaille qui a rapporté gros. Grâce à une photographie noir-blanc dénichée dans une brocante par un collaborateur passionné et «travaillant en dehors des heures de bureau», l’État jurassien a pu prouver que l’armée suisse avait engagé des troupes et pollué un stand de tir à Delémont, il y a plus d’un siècle. Ce cliché inédit, datant de 1915, a permis que la grande muette délie les cordons de sa bourse à hauteur de quelque 400'000 francs pour assainir le site.

«C’est une très belle anecdote et j’en suis particulièrement fier, s’enhardit Patrice Eschmann, le chef de l’Office jurassien de l’environnement. Cette photo ancienne dégotée par un collègue désormais retraité et passionné par l’histoire de la capitale est un petit miracle.»

Le fonctionnaire jurassien met en avant une succession de hasards et de discussions informelles. «Parfois, même à la pause, ça discute de tout et de rien, s’amuse-t-il. Car tout le monde ne connaît pas les dossiers des collègues. Et notre amateur d’histoire ne connaissait pas du tout le détail de tous les sites à assainir. Il s’est simplement dit: «Je vais vous montrer quelque chose de beau et d’inédit.» En l’occurrence, un ouvrage consacré à la Première Guerre mondiale. À l’intérieur, une image de soldats rassemblés dans un champ.

Cet endroit s’avère être la butte de tir du Bambois, sur les hauteurs de Delémont. Soit l’un des douze sites que le Jura a décidé de dépolluer dès 2009. Pas moins de 3,8 millions de francs ont dû être injectés dans ces travaux sur l’ensemble du territoire cantonal, pour évacuer au total plusieurs dizaines de tonnes de plomb et d’antimoine. Opération délicate, car les buttes les plus sensibles se trouvent à l’intérieur des zones de protection de captages d’eau potable. Et l’assainissement le plus complexe et coûteux concernait justement le stand de tir à 300 mètres du Bambois (1,5 million de francs).

Facture allégée

Deux fragments d’obus y avaient été découverts en 2011, ce qui pouvait laisser entendre que l’armée avait utilisé le site en dehors des séances de tirs obligatoires. Encore fallait-il une preuve irréfutable pour que les instances militaires fédérales sortent le porte-monnaie. Différentes recherches historiques ont été menées dans ce but, en vain.

C’est donc la «miraculeuse» photographie de la 5e compagnie du Bataillon de carabiniers 2, commandé jadis par un certain Henri Montandon, qui a fini par débloquer la situation. La participation confédérale au coût des travaux est passée de 601'000 francs à 995'000 francs, la plus-value de 394'000 francs devant être couverte par le Département fédéral de la défense. L’histoire a ainsi trouvé le plus heureux des épilogues pour les autorités jurassiennes: l’argent de la Berne fédérale a été versé à la fin du mois de mai dernier.

Créé: 17.06.2019, 19h59

Articles en relation

Il reste 45 sites pollués dans le canton de Vaud

Environnement Un tiers des sites contaminés doit encore être assaini sur le territoire vaudois, vingt ans après la mise en œuvre de l’ordonnance fédérale sur les sites pollués. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.